Fin du Ramadan 2024 : la zakat al-fitr à 7 €, 9 € ou 15 € ? La diversité des montants fait débat en France

Par Hanan Ben Rhouma, le 04/04/2024

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Aïd el-Fitr 2024

A l’approche de l’Aïd al-Fitr, il est temps pour les musulmans de donner la zakat al-fitr. Mais combien faut-il donner pour le Ramadan 1445/2024 ? Le cœur des fidèles balance au gré des divers montants communiqués par les organisations musulmanes, jusqu’à susciter un début de polémique qui n’a pas échappé à la vigilance de la rédaction. Saphirnews vous explique ici les tenants et les aboutissants du débat.

C’est bien souvent lors des derniers jours du mois du Ramadan que les musulmans pensent à donner la zakat al-fitr, l'aumône légale redevable avant la prière de l’Aïd al-Fitr. Mais à combien se monte-t-elle ? Après sept années au cours desquelles la zakat al-fitr était fixée à 7 euros par personne, plusieurs organisations ont décidé de la revaloriser en 2024 à 9 euros, de même que la fidya, la compensation pour les jours non jeûnés.

C’est le Conseil théologique musulman de France (CTMF) qui a donné le la en informant, en janvier dernier, de cette augmentation. Après « diverses inflations annuelles observées dans le secteur alimentaire » ces dernières années, « la non-réévaluation de cette contribution financière est perçue comme une atteinte à la part revenant aux démunis » selon l’instance, qui s’est basée « sur le prix moyen de 2,5 kilogrammes de riz, correspondant à la valeur du sâ' », soit quatre fois la quantité des deux poignées de mains jointes.

Ses arguments ont été entendus par plusieurs organisations humanitaires de premier plan comme le Secours islamique France (SIF), à l’initiative encore cette année des Tables du Ramadan, à Saint-Denis. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est aussi aligné sur cette recommandation en indiquant, début avril, que la zakat al-fitr est désormais fixée à 9 € car « le montant de 7 € en vigueur depuis plus de 10 ans devait évoluer compte tenu de l’augmentation importante des prix de l’alimentation ces dernières années ».

Une recommandation loin d’être suivie partout en France

« Cette somme est une évaluation approximative et résulte de l’application de la règle religieuse qui tient compte à la fois de celui qui la donne et de celui qui la reçoit », a fait savoir le CFCM, tout en signalant que les évaluations situant la zakat al-fitr entre 7 et 9 € peuvent être considérées comme « légitimes ». Une précision bienvenue car, en effet, de nombreuses fédérations et mosquées en France ont informé leurs fidèles que la zakat al-fitr est maintenue pour le Ramadan 1445/2024 à 7 €.

C’est le cas de la Grande Mosquée de Paris, qui a informé ses fidèles que l’aumône du Ramadan est fixée cette année à 7 € par personne à charge, tandis que la fidya minimum est à 5 € par jour de compensation. « Nous estimons simplement que le niveau de vie n’a pas augmenté, au contraire, et que la zakat comme la fidya peuvent représenter un montant déjà notable pour les personnes ou les familles » qui en sont redevables, nous indique une source à la GMP. A ses côtés dans cette décision, l’on retrouve les organisations Musulmans de France (MF) ainsi que la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA) et Foi & Pratique. Des organisations humanitaires aussi comme Dignité International.

Le Conseil des mosquées du Rhône (CMR) est également partisan de la zakat al-fitr à 7 €. Pour parvenir à cette somme, le Conseil théologique des imams du Rhône (CTIR) a fait une moyenne des prix de divers aliments très consommés en France comme le blé, le riz ou la semoule (voir image plus haut à droite), nous explique son porte-parole Azzedine Gaci.

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« La diversité des montants n’est pas contraire au droit musulman »

Si le recteur de la mosquée de Villeurbanne nous confie son incompréhension de voir la zakat al-fitr être fixée à 9 €, celle-ci est encore plus grande en voyant une partie de ses coreligionnaires « s’invectiver et se déchirer sur les réseaux sociaux » à ce sujet. « Cela fait encore plus mal de voir des imams défendre coûte que coûte leurs positions et se renvoyer la balle », a-t-il signifié dans un message adressé aux imams membres du CTIR et porté à notre connaissance. « Nous aurions dû défendre l’idée que la diversité des montants de la zakat al-fitr n’était pas contraire au droit musulman (fiqh), et ce d’autant plus qu’il n’existe pas une instance unique qui représente les musulmans de France. »

La cause est entendue. Dans cet esprit, cinquante imams officiant à travers la France entière ont signé un texte appelant, mercredi 3 avril, à ne pas voir les divergences et les débats « légitimes » autour du montant de la zakat al-fitr « diviser la communauté musulmane ». « Ces différences sont dues essentiellement à l'évaluation monétaire d'un sa' (unité de mesure) de la nourriture du pays (…) Il est donc important de souligner qu'il n'existe pas de montant fixe pour la zakat al-Fitr. Cette diversité de pratiques reflète en réalité, la richesse de notre tradition et la flexibilité accordée par notre religion. »

« Nous tenons à rappeler à chacun que l'essentiel n'est pas le montant exact, mais l'intention sincère de soutenir les plus démunis de notre communauté, plaident les imams. Que vous choisissiez de donner 7 euros, 9 euros ou plus, chaque contribution est une expression de votre générosité et de votre solidarité envers ceux qui sont dans le besoin. »

« Dans la mesure où ces évaluations se basent sur le prix de la nourriture prise en considération (blé, riz, dattes …) et que ces prix varient d’une manière très importante selon l’aliment et le point de vente choisis, il n’est pas surprenant que les résultats obtenus soient différents, a affirmé, pour sa part, le CFCM. Chacun donnera le montant qu’il estime correspondre à sa conviction et à l’avis de l’institution religieuse à laquelle il se réfère habituellement. »

Le savez-vous ? L’existence d’une diversité des montants de la zakat al-fitr n’est pas nouvelle en France. Si le débat actuel donne l’impression que l’aumône spécifique du Ramadan oscille entre 7 € et 9 € pour l’ensemble des fédérations et des mosquées de France, ce n’est pas le cas. Les discrètes fédérations turques ont, durant plusieurs années, fixé le montant à 10 euros par personne. C’est le cas du DITIB auquel est rattaché le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF). Ce montant, en vigueur depuis 2011, a été réévalué cette année 2024 : en tenant compte, nous dit-on, de la hausse du coût de la vie, ce sera désormais 15 euros que les fidèles du DITIB sont appelés à donner.