SaphirNews.com

L’Union des démocrates musulmans français au défi des élections européennes

Par Amara Bamba le 04/03/2019

C’est une première pour l’Union des démocrates musulmans français (UDMF). Ce jeune parti, qui s’est fait remarquer aux élections municipales de 2014 dans une alliance victorieuse, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), avec l’Union des démocrates indépendants (UDI), il a joué les trouble-fêtes durant les départementales de 2015. Mais aux élections européennes prévues le 26 mai prochain en France, l’UDMF compte s’affirmer en lançant sa liste « Une Europe au service des peuples ».

La grande salle de la Mairie de Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, a accueilli, samedi 2 mars, le meeting de lancement de la campagne européenne de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF). Pour Nagib Azergui, président du parti, le citoyen français mérite une offre politique plus riche pour une Europe sociale et morale. « Une Europe des peuples face à cette Europe qui assiste impuissante à la montée des mouvements identitaires », indique-il à Saphirnews.

Avec un scrutin proportionnel en un tour, les élections européennes sont plutôt favorables aux petites formations. Les listes dépassant 5 % des suffrages obtiennent un nombre de sièges en rapport aux voix recueillies. Une aubaine pour les petits partis. Une occasion de tirer leur épingle du jeu, car les européennes mobilisent peu. Le taux d’abstention s’élevait en effet à 56 % en 2014.

Trois participations aux élections pour l'UDMF

Ce sont les municipales de 2014 qui ont permis à l’UDMF d'accéder à une petite notoriété. Son alliance avec l’Union des démocrates indépendants (UDI) a contribué à la victoire de Stéphane de Paoli à Bobigny. Une place de choix a été accordée au monde associatif sur leur liste pour incarner la diversité de représentants à l’image de la diversité de la population.

Lire aussi : El Yamine Soum : « La théorie selon laquelle les Français ne sont pas prêts à voter pour des candidats de la diversité est fausse »

Le président de l’UDMF minimise la polémique qui a accompagné cette victoire et qui a conduit, plus tard, à une scission du mouvement en 2016. Nagib Azergui retient surtout l’intérêt de savoir choisir ses partenaires. Pour lui, « beaucoup de choses deviennent possible dans une bonne alliance. A Bobigny, notre victoire est historique. Nous avons battu les communistes dans une ville qui était leur bastion pendant 95 ans. C’est cela qu’il faut retenir ».

Avec une identité musulmane assumée, un discours laïc et républicain, ce parti entend offrir une voie d’expression à une population qui ne se reconnaît pas dans l’offre politique traditionnelle. Leurs scores aux Mureaux (4,40 %), à Mantes-la-Jolie (5,90 %) furent parmi les surprises des départementales de 2015. Le scrutin était alors local, mais il s’agissait désormais d’élections nationales.

Une présence nationale revendiquée pour les européennes

A peine six ans après les municipales, cette participation aux européennes est un défi pour l’UDMF. Il lui faut désormais assurer une couverture nationale le 26 mai prochain.

A l’heure du lancement de leur campagne, ce tour de force est en passe d’être réussi avec une liste qui compte déjà 79 personnes. « D’ores et déjà, nous serons présents dans toutes les grandes villes sans exception, explique Nagib Azergui. Il nous reste quelques semaines pour peaufiner notre liste afin que l’on puisse couvrir la totalité du territoire ».

Au-delà de la parité homme-femme réglementaire, le vœu est de constituer une liste à l’image de la diversité de la population française sans tomber dans les clichés. « Mes colistiers ont tous les accents de nos régions, fait-il part. Ils ne sont pas professionnels de la politique. En majorité, ils sont à leur première participation à un parti politique. »

Aux régionales de 2015, avec un budget insignifiant de 7 000 euros, on estime à 13 000 le nombre d’électeurs ayant choisi le bulletin de l’UDMF en Ile-de-France. Pour ces élections européennes, le budget du parti s’élève à 200 000 euros et Nagib Azergui s’attend à obtenir plusieurs centaines de milliers de voix. Pour atteindre cet objectif, « nous devons faire du terrain, expliquer notre projet et mobiliser les gens à s’inscrire sur les listes avant le 31 mars… On a rencontré des gens qui n’avaient jamais voté ou qui ne votaient plus (…) et qui se sont inscrits sur les listes dès qu’ils ont su que nous serons présents ». Après Vaulx-en-Velin, plusieurs meetings de campagne sont ainsi programmés à travers la France d’ici au mois au mai.

L’UDMF en réponse à une instrumentalisation récurrente de l’islam

Ingénieur de formation, Nagib Azergui a grandi dans ce qu’il nomme « les bidonvilles de Nanterre », dans les Hauts-de-Seine. Le cœur ancré à gauche, il assiste impuissant le fait musulman devenir un instrument dont usent les politiques à des fins électorales.

En 2004, en plein débat sur la réforme des retraites, il s’étonne que Jacques Chirac détourne l’attention avec la loi antifoulard. Aux régionales de 2010, il se désole de voir le débat gommé par « l’identité nationale ». Puis, en 2012, il ne supporte pas que les « prières de rues » deviennent un thème de campagne aux présidentielles. La création de l’UDMF fut, pour lui, sa réponse à l’instrumentalisation récurrente de l’islam pour distraire le peuple des vrais débats nationaux.

Créée en novembre 2012, le parti arrive dans l’arène politique onze ans après le Parti chrétien-démocrate (PCD) de Christine Boutin auquel Nagib Azergui aime se référer en réponse à ceux qui accusent son mouvement de faire le lit du « communautarisme » en France. Avec ses ambitions européennes, l’UDMF se présente comme l’exemple le plus abouti d’organisation politique, en France, porteur d’un discours où islam, République, laïcité et citoyenneté s’accordent autour de la démocratie.

Lire aussi :
Législatives 2017 : quels sont les résultats obtenus par les listes musulmanes ?
Des listes musulmanes à l'assaut des législatives sous le feu des critiques
Régionales : une percée électorale encourageante pour l’UDMF