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Elections européennes : les listes d’extrême droite et les Verts mettent fin au bipartisme

Par Lina Farelli le 27/05/2019

Un nouveau paysage politique se dessine au Parlement européen après les élections organisées du 23 au 26 mai à travers les 28 Etats membres de l’Unions européenne. Avec un taux de participation bien plus élevé en France que ce qui avait été craint (50,1 %),* la liste du Rassemblement national (RN, ex-FN) menée par Jordan Bardella a caracolé en tête du scrutin avec 23,3 % des voix, contre 22,4 % pour la liste de la majorité présidentielle (LREM-Modem) menée par Nathalie Loiseau.

Le RN intégrera donc l’hémicycle avec 22 eurodéputés, renforçant ainsi le groupe Europe des nations et des libertés (ENL) rassemblant depuis 2015 plusieurs formations d’extrême droite au Parlement européen.

Les territoires d'Outre-mer ne sont pas épargnés par la montée de l'extrême droite. A Mayotte, La Réunion ou encore en Guyane, le RN est même arrivé en tête avec respectivement 45,5 %, 31,2 % et 27,5 % des suffrages. Dans le même temps, ces territoires sont marquées par un bien plus fort taux d'abstention qu'en métropole (86,6 % en Guyane, 85,6 % en Martinique et 84,8 % en Guadeloupe).

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A l’exception d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) qui a surpris en obtenant une belle troisième place (13,4 %, 12 à 13 sièges), c’est l’hécatombe du côté des partis de gauche en France, qui tiennent le président Emmanuel Macron pour responsable de la victoire de l’extrême droite en s’engageant lui-même dans ce bras de fer. La liste de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon n’a obtenu que 6,3 % des suffrages (6 sièges) tandis que le Parti socialiste maintient de justesse sa présence au Parlement européen (6,1 %, 5 à 6 sièges). Même constat du côté des Républicains avec seulement 8,4 % des suffrages collectés (8 sièges).

La fin du bipartisme européen

A travers l’Europe, les partis populistes ont été contenus par les forces europhiles mais ont indéniablement gagné du terrain, contribuant à mettre fin au bipartisme qui a longtemps régné en maître au Parlement européen entre les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) et les socio-démocrates. Ces derniers ne peuvent en effet plus obtenir la majorité à eux seuls et devront composer, pour ce faire, avec de nouvelles forces.

En Italie, la Ligue de Matteo Salvini est arrivée largement en tête avec 32,42 % des voix (28 sièges), appuyant de tout son poids le groupe ENL avec le RN qui passe de 36 à 57 eurodéputés. En Hongrie, le parti souverainiste de Victor Orban, qui avait été suspendu du PPE, enregistre un score de 52,3 %.

« La poussée de nos alliés en Europe et l'émergence de nouvelles forces sur tout le continent (...) ouvre la voie à la constitution d'un groupe puissant au Parlement européen », a indiqué le Rassemblement national. Mais ces listes, malgré de nombreux points communs, auront bien du mal à constituer un bloc au Parlement européen.

L'intérêt plus marqué des sociétés européennes vis-à-vis de l'urgence écologique s'est traduit dans les urnes. Outre la France, les Verts ont obtenu dans plusieurs pays de très bons résultats, contribuant eux aussi à la fin du bipartisme européen. C'est le cas de l'Allemagne où la liste écologistes ont récolté 20,9 % des voix, soit plus du double qu'en 2014. Le groupe des Verts devraient, au total, obtenir 69 sièges contre 52 en 2014.

« C'est une vague verte européenne dont nous sommes les acteurs. Nous voulons que l'écologie devienne la matrice qui fasse vivre, évoluer, grandir, prospérer notre société », s'est félicité Yannick Jadot, tête de liste EELV.

A noter, la Grande-Bretagne a participé aux élections européennes mais, une fois le Brexit entériné, aucun des 73 eurodéputés élus ne siégera. 27 sièges seront redistribués entre les Etats membres, dont cinq pour la France qui passera de 74 à 79 représentants.

* Les élections européennes ont été marquées par une plus forte mobilisation des électeurs qu'en 2014. Pas uniquement en France puisque certains pays ont enregistré un taux de participation record comme en Pologne, passé de 23,8 % en 2014 à 43 % en 2019, ou encore en Espagne passée de 43,8 % en 2014 à 64,3 % en 2019, rapporte Le Monde. Plus d’un citoyen sur deux en âge de voter s’est déplacé aux urnes, s'est ainsi réjouit le Parlement.

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