Avec Eric Geoffroy, le Divin se conjugue aussi au féminin en islam (vidéo)

Avec Eric Geoffroy, le Divin se conjugue aussi au féminin en islam (vidéo)

Par Hanan Ben Rhouma le 08/03/2020

« Allah au féminin. » Ce titre, qui peut sembler osé au premier regard, est celui du dernier ouvrage signé des mains d'Eric Geoffroy. Ce spécialiste du soufisme y explique la force du Féminin en islam, sujet auquel il consacre ces dernières années des écrits et des conférences. A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée tous les 8 mars, Saphirnews vous convie à l'une de ses interventions.

« Nous sommes des femmes en ce qu'il fait naître en nous. Louons Dieu, il n'y a pas un seul homme (rajul) dans l'univers. Les hommes (rijala) ainsi désignés par l'usage, ce sont des femmes. C'est mon être, c'est mon espoir. »

Ces phrases inspirantes sont d'Ibn Arabi, un grand maître soufi (1165-1240) que chérit particulièrement l'islamologue Eric Geoffroy. Ce spécialiste reconnu du soufisme s'applique à valoriser l'enseignement islamique sur le Féminin.

Reconnaissant l'apport d'Ibn Arabi ou encore de l'émir Abdelkader en la matière, Éric Geoffroy entend élargir la réflexion sur la force du Féminin - au-delà du féminin biologique - en islam afin, dit-il, de « de conjoindre davantage les deux polarités masculine et féminine que chaque humain porte en lui/elle ».

C'est en sens qu'il a écrit « Allah au féminin » paru en mars chez Albin Michel.

Un livre qui sort des sentiers battus

Cet ouvrage, fort instructif, aborde plusieurs sujets, à commencer par l'androgynie primordiale. L'auteur s'emploie ainsi à expliquer en quoi l'Adam primordial est androgyne, avant de développer les grands traits de la métaphysique du sexe en islam pour expliquer la primordialité métaphysique du féminin.

Eric Geoffroy en vient ensuite à exposer les signes récurrents du caractère féminin de Dieu, allant ainsi « à l'encontre de la misogynie ordinaire qui traverse tous les milieux sans épargner les plus "éveillés" ». Ce point, il en consacre un chapitre dans lequel il n'épargne pas les soufis anciens. « Le soufisme, pris dans sa globalité, ne saurait constituer une panacée contre la mentalité (machiste ambiante) qui a prévalu dans les cultures musulmanes », écrit-il.

Rien de mieux pour les lecteurs que de voir égrener des exemples pour appuyer l'argumentaire. Ainsi, toute une partie du livre est consacrée à exposer des exemples de la sainteté conjuguée au féminin à l'instar de Marie, mère de Jésus, ou encore, dans une autre catégorie, de Rabi'a al-Adawiyya (VIIIe siècle). Parmi les personnalités singulières qui ont tant apporté au soufisme, il citera, parmi d'autres, Eva de Vitray-Meyerovitch (XXe siècle).

Éric Geoffroy s'emploie aussi à présenter des figures féminines actuelles qui se distinguent en tant que théologiennes, imames et guides spirituelles comme, respectivement, la Libanaise Nayla Tabbara, les Françaises Kahina Bahloul (projet Fatima), Anne-Sophie Monsinay et Eva Janadin (projet Simorgh), la Turque Nur Artiran.

Allah au féminin est résolument un livre important qui sort des sentiers battus. Eric Geoffroy introduit de nombreux éléments de son ouvrage lors de diverses conférences, comme ce fut le cas lors la Journée internationale des femmes 2019.

Voici, à l'occasion de la sortie de Allah au féminin, de larges extraits d'une conférence organisée par la fondation Conscience soufie qu'Eric Geoffroy préside, en partenariat avec Saphirnews.