« Séparatisme islamiste » : dans les rangs de la gauche, des tirs à boulets rouges contre Macron

« Séparatisme islamiste » : dans les rangs de la gauche, des tirs à boulets rouges contre Macron

Par Lina Farelli le 04/10/2020

Le discours d’Emmanuel Macron contre « le séparatisme islamiste » n’a pas manqué de faire réagir les partis politiques, tous bords confondus. A gauche, elles ont été particulièrement critiques. Petit tour d’horizon des réactions.

A l'issue de son discours contre « le séparatisme islamiste », Emmanuel Macron aura réussi à faire une quasi unanimité contre lui dans les rangs de la gauche, chacun en des termes plus ou moins critiques.

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Le mouvement Nous Demain, constitué d’anciens marcheurs a souligné le risque de stigmatisation envers les musulmans et s’est interrogé sur « la nécessite d'une telle loi alors que I'urgence devrait être de répondre a la crise sociale et à l’explosion de la pauvreté dans notre pays ». Il a déploré « des mesures coercitives et juridiquement fragiles, peu opérationnelles, potentiellement dangereuses pour les libertés et surtout inopportunes au vu de I'urgence sociale à laquelle nous sommes confrontés ».

« Le premier séparatisme en France est social »

« S'il existe bien "un séparatisme islamiste" qui s'exprime dans une radicalité et une violence contre lesquelles il faut absolument lutter, il existe bien d'autres formes de séparatismes qui divisent notre société », souligne le mouvement, citant l'extrême droite « dont les discours haineux gangrènent le débat public et médiatique ».

« Surtout, n'oublions pas que le premier séparatisme en France est social. Dans les quartiers populaires la pauvreté explose, nos concitoyens les plus fragiles sont de plus en plus nombreux à sombrer dans la spirale de la précarité », ce qui fait aussi « le terreau de la violence, de la défiance et de la fracturation sociale », fait aussi part Nous Demain, qui s’engage à être vigilant lors de la présentation du texte de loi au Parlement.

Même son de cloche du côté du Parti socialiste, à la différence notable que son Premier secrétaire, Olivier Faure, a jugé qu’Emmanuel Macron a su, par son discours, « éviter le piège de la stigmatisation de toute une religion ».

« La France n’éradiquera durablement l’islamisme sans traiter le mal dès la racine. Sortir du jeu les séparatistes mais aussi réparer les humiliations. Reconnaître la diversité des parcours, le métissage de notre pays qui est aussi sa richesse. Se tenir aux côtés de tous les enfants de la République, tenir la promesse de liberté, d’égalité et de fraternité pour chacun : là est la clé de la réconciliation des Français avec eux-mêmes », a-t-il expliqué sur Twitter.

De l’urgence de s’attaquer « aux problèmes de fond »

Pour Europe Écologie-Les Verts (EELV), « il ne s'est agi que de stigmatiser la communauté musulmane, sous la pression de l'extrême droite et de certains éditorialistes ayant fait de ce sujet leur fonds de commerce ».

Si « le danger terroriste est réel », « un tournant de la lutte contre ces "séparatismes" ne saurait se contenter de cibler de la sorte une seule population » car « l'Etat de droit impose la prise en compte de toutes et tous afin d'assurer l’égalité, la liberté et la fraternité dans la nation ».

« Ce "séparatisme" que le président dénonce est en réalité le fruit de la politique néolibérale dont il est le digne héritier. (…) Attaquons-nous aux problèmes de fond : pour une meilleure coordination des services européens de lutte contre le terrorisme, un suivi approfondi des flux de financement des réseaux terroristes et mafieux qui s'en nourrissent, le renforcement des services publics (…) et mettre toutes nos forces sur l'école comme moyen de développer le vivre ensemble dans le respect des différences », conclut EELV.

La lutte contre le seul « séparatisme islamiste », « une faute »

Pour le Parti communiste français (PCF), Emmanuel Macron s'est engagé « sur une pente dangereuse » en prenant « le risque d'encourager les amalgames entre l'islam, les musulmans, l'intégrisme ultra-réactionnaire, le terrorisme, la délinquance, les quartiers populaires ».

« Le fondamentalisme fanatique, qui pousse aux replis communautaires et prétend substituer la loi divine à celles de la République, existe dans la plupart des religions. Il doit être combattu sans réserves. S'il se manifeste au sein de l'islam, il n'en est pas moins extrêmement minoritaire parmi nos compatriotes de confession musulmane. C'est pourquoi c'est une faute de réduire l'action publique au seul "séparatisme islamiste" », a fait valoir le PCF.

« Ni des lois de circonstance bousculant l'État de droit, ni des dispositifs bricolés à la hâte à des fins électoralistes ne permettront une action efficace », estime-t-on. « Pour faire reculer l'obscurantisme et l'intégrisme, l'urgence est d'abord à la reconstruction du lien social et des liens de la citoyenneté dans notre pays. »

Un « tam-tam » inutile et dangereux

« Non seulement la politique de Macron aggrave le "terreau" qu’il dénonce dans son discours mais la loi permet déjà de lutter contre les obscurantismes. Plutôt qu’une nouvelle loi et des postures sur la République, donnons-lui les moyens de sa concrétisation réelle », a estimé Adrien Quatennens, coordinateur de La France insoumise.

Le leader du parti, Jean-Luc Mélenchon, qui a fustigé l’absence du président du Conseil européen qui s’est tenu vendredi 2 octobre, a dénoncé « une mise en scène dramatisante et inutile » d’Emmanuel Macron. « La loi telle qu’elle est aujourd’hui permet de réprimer les actes délictueux, (…) de dissoudre les associations qui n’agissent pas en conformité avec la loi. Alors pourquoi faire ce tam-tam ? C’est pour des raisons étroitement politiciennes. Il s’est agi pour le président d’épouser une seule opinion dans le pays qui pense que tous les problèmes viennent de l’islam. C’est une attitude absolument négative et mauvaise, qui divise notre peuple », a-t-il martelé.

« Amalgamant sa supposée lutte contre le separatisme à la pratique du culte musulman, Macron déploie une stratégie mortifère, anti-laïque et antirépublicaine qui légitime l'islamophobie, pour préparer son duo rêvé avec l'extrême droite à la présidentielle 2020 », a lâché, de son côté, la députée LFI Danièle Obono.

Une « islamophobie d’Etat revendiquée »

« Alors que pas un jour ne passe sans une nouvelle attaque islamophobe, qu’elle soit physique (…) ou verbale (…), Macron n’a même pas employé une seule fois le terme "islamophobie". Pire : son discours et les mesures annoncées vont renforcer encore un peu plus la stigmatisation et les discriminations contre les musulman·e·s », a dénoncé le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA).

Celui-ci a condamné, pour sa part, une « islamophobie d’État revendiquée » par le gouvernement, signifiant son refus de voir se renforcer « des discriminations et des attaques contre les musulman·e·s ». « Nous ne nous laisserons pas diviser face à ce gouvernement au service des riches qui pave chaque jour un peu plus la voie à l’extrême droite », conclut le NPA.

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