Des hommages nombreux à Jean Courtaudière, pilier du dialogue islamo-chrétien en Seine-Saint-Denis, mort

Des hommages nombreux à Jean Courtaudière, pilier du dialogue islamo-chrétien en Seine-Saint-Denis, mort

Par Hanan Ben Rhouma le 17/02/2021

Figure du dialogue islamo-chrétien en Seine-Saint-Denis, le prêtre Jean Courtaudière est décédé, mercredi 10 février, à l'âge de 71 ans. Un catholique « très attaché, malgré toutes les difficultés de notre réalité, à dresser toujours des ponts entre les hommes pour se rapprocher et converger vers ce qui les unit », fait-on savoir parmi les musulmans, nombreux à lui rendre hommage.

C’est un grand ami des musulmans, un pilier du dialogue islamo-chrétien en Seine-Saint-Denis, qui s’en est allé rejoindre son Créateur. Le père Jean Courtaudière est décédé, mercredi 10 février, à l'âge de 71 ans, en sa 45e année de sacerdoce. Ses obsèques auront lieu, samedi 20 février, à la basilique de Saint-Denis, a-t-on appris mercredi 16 février.

Jean Courtaudière a été ordonné prêtre en juin 1976 à Bobigny, pour le diocèse de Saint-Denis, et n’a depuis jamais quitté les terres séquano-dyonisiennes. Depuis 1998, il était devenu délégué diocésain pour les relations avec les musulmans. A l’initiative de très nombreuses rencontres islamo-chrétiennes ces deux dernières décennies, l'homme, très apprécié des personnes qui l'ont côtoyé, n’avait de cesse de vouloir concourir au vivre comme au faire ensemble au travers d'une fraternité vivante et active nourrie par un engagement sincère pour l’autre par-delà ses différences.

Après les attentats islamophobes de Christchurch en mars 2019, cette figure de paix assurait auprès de Saphirnews « de la compassion et de la prière des communautés chrétiennes pour toutes les victimes du massacre de Nouvelle-Zélande » en appelant de ses vœux « Que Dieu nous vienne en aide quand la haine s'abat aveuglément sur des innocents, qui plus est en prière. Qu'il nous donne la force de continuer avec ténacité à créer des ponts et non des murs entre les humains, ses créatures ».

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L’homme derrière un dialogue interreligieux fécond initié dans le 9-3

« La mort de Jean affecte l’ensemble de notre diocèse où il était bien connu des uns et des autres par les missions qui lui avaient été confiées. Nous perdons un frère et nous sommes unis dans la prière pour le confier à Dieu », a fait savoir au lendemain de son décès l’évêque Pascal Delannoy dans un message, indiquant au passage que le prêtre était « confronté à l’épreuve de la dépression » depuis plusieurs mois. « En cette heure difficile pour nous tous, soyez assurés de mon amitié fraternelle. »

Dès l’annonce de sa mort par le diocèse de Saint-Denis, plusieurs témoignages de respect ont fleuri, à commencer par le Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC), qui a remercié le prêtre pour ce qu’il a apporté « dans la construction d’un dialogue fécond entre les catholiques et les musulmans ».

L’Institut européen des sciences humaines (IESH) de Saint-Denis où Jean Courtaudière était bien connu a aussi exprimé sa tristesse. « Jean était un homme de foi, d’amitié et de dialogue. Il était très attaché, malgré toutes les difficultés de notre réalité, à dresser toujours des ponts entre les hommes pour se rapprocher et converger vers ce qui les unit », indique l’institut de formation islamique dans son message de condoléances diffusé vendredi 12 février. « Nous gardons de lui cette tendresse, cette amitié débordante et le sens de l’humilité. Jean était un homme touchant qui exprimait spontanément un amour pour ses interlocuteurs et qui se souciait de leurs difficultés. »

« La disparition de Jean Courtaudière est une grande perte pour le dialogue, mais gardons l’espoir que tous ceux qui l’ont côtoyé et qui ont admiré son engagement continueront à œuvrer sur le chemin du dialogue et de la fraternité. Que Dieu nous enveloppe tous de Sa miséricorde », conclut l’IESH.

Un homme d’une grande lucidité « dans l’accueil de la différence de l’autre »

« Nous le savions très fragilisé depuis quelques mois, mais sa disparition est un choc brutal pour nous tous », fait savoir la section francilienne de la Mission ouvrière dans laquelle Jean Courtaudière œuvrait en tant que délégué diocésain depuis 2012. « Dans ces différentes responsabilités, Jean a eu un grand souci de la reconnaissance des laïcs dans la vie diocésaine. Il portait une attention particulière à chaque membre du conseil diocésain, pour qu’il prenne sa place et puisse exprimer toute la vie et les interrogations dont il était porteur. Il soutenait, stimulait chacun avec le désir de rassembler dans les moments difficiles et les tensions », indique-t-elle.

La Mission ouvrière, qui est une institution de l'Église Catholique regroupant les acteurs de l'évangélisation du milieu ouvrier et des quartiers populaires, a aussi salué l’œuvre d’un délégué diocésain pour les relations avec les musulmans « qui a mené, avec ténacité, un travail considérable de dialogue et de concertation interreligieuse ». « Jean a accompli ce service avec une grande lucidité sur l’importance de la rencontre de l’autre, dans l’accueil de sa différence et de son désir de partage », signifie-t-on.

Même son de cloche du côté de l’Action catholique d’Ile-de-France, qui présente Jean Courtaudière comme « un prêtre qui a consacré son ministère à l’émancipation des "petits" et un homme qui recherchait le meilleur pour celles et ceux qu’il croisait ».

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