A Seattle, juifs et musulmans unis sous un même toit pour rénover une ex-école juive devenue mosquée

A Seattle, juifs et musulmans unis sous un même toit pour rénover une ex-école juive devenue mosquée

Par Myriam Attaf le 01/06/2021

A Seattle, plusieurs associations de cette ville du nord-ouest américain se sont réunies autour d’un même projet unissant juifs et musulmans : restaurer un bâtiment centenaire qui, après avoir été tour à tour une école juive puis une école musulmane, abrite une mosquée, en vue d'y faire vivre plusieurs activités culturels. Zoom sur une initiative interreligieuse qui fait chaud au cœur.

Ce qui fut d'abord une école juive, la première de Seattle, puis une école musulmane puis une mosquée est bientôt en passe de devenir un centre multiconfessionnel rassemblant juifs et musulmans de la capitale de l'Etat de Washington. C’est l’ambition des membres du collectif Cherry Street, qui rassemblent aujourd'hui Salaam Cultural Museum, Dunya Theater Productions, Kadima Reconstructionist Community, et Middle East Peace Camp. Ensemble, elles comptent faire du bâtiment un espace cultuel et culturel fédérateur.

Si la collaboration entre les deux communautés de foi de la ville s’illustre parfaitement au travers de cette initiative, les liens étroits entre juifs et musulmans s'incarnent aussi jusque dans l’histoire du bâtiment. Au départ, l'édifice a été construit à la fin des années 1920 pour y abriter l'école juive du Seattle Talmud Torah. Après la dissolution de la structure en 1962, le bâtiment a été vendu en 1980 à l'école islamique de Seattle, elle-même dissoute en 2012 pour laisser place à la mosquée Cherry Street.

Une grande restauration nécessaire

Aujourd’hui, le bâtiment est en mauvais état : son toit fuit, ses pièces sont inondées et la moisissure a envahi l'intérieur de l’actuelle mosquée, rapporte Times of Israël. Face à sa détérioration évidente, les responsables du lieu de culte ont décidé de se battre pour sauvegarder l’édifice. Un projet malheureusement trop lourd à porter pour les responsables du Cherry Street à eux seuls. Alors, en novembre 2020, un collectif du même nom que celui de la mosquée a lancé une collecte de fonds pour restaurer, dans un premier temps, le toit du bâtiment.

Pour le moment, 40 000 dollars (38 000 €) ont été réunis. Les porteurs de l'initiative comptent, dans un second temps, rassembler 70 000 dollars (57 000 €) pour enlever la moisissure, réparer le plafond, remplacer les revêtements de sol endommagés, installer un ascenseur et améliorer la rampe d'accès pour fauteuils roulants. La chef de projet du Cherry Street Village, Koloud Tarapolsi, voit très grand. Célébrer les Bar Mitzvah comme les nuits du Ramadan, loger des artistes, faire louer des chambres, abriter des services sociaux... « Nous avons beaucoup de projets », a-t-elle assuré. « La seule chose qui nous retient, c’est notre imagination. »

Juifs et musulmans unis par une vision progressiste de leurs traditions religieuses

La rénovation du lieu permettra ainsi d’abriter les projets des différentes organisations porteuses de l'initiative, avec un objectif commun en partage : venir en aide à des communautés historiquement dotées de peu de services. En ce sens, et en plus de la salle de prière musulmane, Kadima Reconstruction Community, qui loue une église faute de place pour ses activités, souhaiterait y loger une école juive, Dunya Productions voudrait rassembler ses créations en un endroit, et Salaam Cultural Museum, y exposer sa collection de pièces issues des cultures nord-africaines, explique-t-on dans la vidéo de présentation du projet.

Un point a largement facilité les échanges entre juifs et musulmans : les responsables de Kadima comme de Cherry Street incarnent une vision libérale et progressiste de leur religion respective. Ainsi, l'école islamique de Seattle a été fondée par cinq femmes américaines qui souhaitaient y mettre en place un enseignement inspiré de la pédagogie Montessori. Aujourd'hui, le lieu de culte emploie une femme imam, fait encore très rare. Kadima peut, de son côté, se targuer d'avoir adopté un programme de justice sociale et de solidarité avec les Palestiniens, ce qui met cette structure à l'écart d’influentes organisations juives américaines.

« Cet aspect du positionnement progressiste est un connecteur important », déclare un membre de Kadima auprès de The Cholent. « Je pense que la plupart d’entre nous partageons le point de vue selon lequel nous grandissons et comprenons mieux nos traditions lorsque nous discutons avec des gens d’autres traditions. Les problèmes que nous souhaitons aborder nécessitent de larges coalitions. »

Pour Jonathan Rosenblum, impliqué à Kadima depuis 20 ans, « lorsqu'on regarde tous les conflits en cours, pas seulement à Seattle mais dans le monde, la chose la chose la plus importante que nous puissions faire pour la jeune génération est de montrer comment nous devrions nous comporter les uns envers les autres ».