Belgique : pourquoi Ihsane Haouach démissionne en tant que commissaire du gouvernement

Belgique : pourquoi Ihsane Haouach démissionne en tant que commissaire du gouvernement

Par Lina Farelli le 12/07/2021

Ihsane Haouach a annoncé sa démission du poste de commissaire du gouvernement belge auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. La jeune femme, dont le court mandat n'a pas été de tout repos, s'en est expliquée.

Elle a été une éphémère représentante du gouvernement mais son passage n'est pas passé inaperçu. Ihsane Haouach, désignée fin mai au poste de commissaire du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEHF), a annoncé avec surprise sa démission vendredi 9 juillet.

Le soutien qu'elle a bénéficié auprès du parti Écolo n'a pas suffi à la jeune femme pour faire face aux pressions politiques de toutes parts liées à son choix (privé) de porter le voile, débouchant notamment dernièrement sur des accusations à son encontre selon lesquelles elle entretiendrait des liens supposés avec les Frères musulmans.

Une interview qui passe mal

En outre, Ihsane Haouach était, depuis plusieurs jours, au coeur d'une polémique pour des propos sur la séparation de l'Église et de l'État tenus lors d'une interview au journal belge Le Soir.

« La discussion n'est pas "Est-ce qu'on remet en cause la séparation de l'Église et de l'État ?", c'est "Comment la décline-t-on avec un changement démographique ?" », a-t-elle déclaré début juillet, affirmant aussi que l'interdiction du port de signes religieux, dans le débat sur la neutralité de la fonction publique, est « discriminatoire ». Elle a aussi souligné que les principes fondateurs de l'État n'étaient pas mis en danger par l'apparence mais par la montée des réactions d'extrême droite.

Les remous ont été tels qu'ils ont obligé le Premier ministre, Alexander De Croo, à intervenir en séance plénière du Parlement pour lancer un avertissement à Ihsane Haouach : « Le gouvernement n’acceptera pas que cette impartialité soit bafouée. Cela veut dire que la séquence qu’on a connue dernièrement ne doit pas être répétée. Il n’y a plus de marge pour de nouveaux incidents ou de nouvelles controverses dans ce domaine. »

Après cette interview, la commissaire a donc tenté d'éteindre la polémique en regrettant des propos tenus « à titre personnel » qui ont été « mal compris, mal interprétés et, malheureusement, instrumentalisés ».

« Que les choses soient claires : je n’ai jamais voulu remettre en question le principe de la séparation des Églises et de l’État ni l’application de ce principe. Ce principe est un fondement de notre démocratie, au même titre que la liberté de conscience, l’égalité des citoyen-ne-s devant la loi et la neutralité de l’État. Ces principes sont les boucliers de nos libertés. Le fait même qu’on doute de mon adhésion à ce principe heurte la démocrate que je suis », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux. Regrettant l'usage du mot « démographie », « mon propos n’a donc jamais consisté à remettre en cause ce principe ni son application, mais à préciser – peut-être maladroitement – que ce principe pouvait se décliner différemment selon les contextes ».

Se préserver face aux attaques nombreuses

Peu après ces explications, l'annonce de sa démission a été rendue publique. « Depuis ma nomination, je fais l'objet de violentes attaques personnelles qui n'ont été qu'en s'amplifiant. Indépendamment de ma nomination, le débat sur la neutralité est légitime, mais il ne peut se faire dans une volonté de nuire », a-t-elle fait savoir dans une lettre adressée à la secrétaire d'État à l'Égalité des chances, Sarah Schlitz (Ecolo).

« Aucun débat constructif ne peut émerger de pareils actes. Ce contexte de défiance et de violence à mon égard rend impossible l'exercice de ma fonction de manière efficiente », souligne la trentenaire.

Parce que « trop attachée au rôle essentiel de l'IEFH pour accepter que son action soit affaiblie par des mises en cause et des attaques personnelles incessantes », elle a décidé de présenter sa démission pour, dit-elle, « me préserver du cyberharcèlement que je subis, préserver mes proches ainsi que l'institution et le combat qu'elle porte ».

Néanmoins, « cette démission ne signe pas la fin de mon engagement pour l'égalité et les droits fondamentaux que je continuerai à défendre sous d'autres formes. En attendant, je veux prendre le recul nécessaire attaques personnelles incessantes ».

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