Rouge : plongée dans un thriller familial, social et écologique palpitant

Rouge : plongée dans un thriller familial, social et écologique palpitant

Par Myriam Attaf le 28/07/2021

Avec « Rouge », Farid Bentoumi réunit à l’écran Sami Bouajila, sacré du César du meilleur acteur pour son rôle dans « Un fils », et Zita Hanrot qui remporte en 2016 remporta le César du meilleur espoir féminin pour le film « Fatima ». C’est donc un duo d’exception qui se retrouve à l’affiche d’un thriller haletant où se mêle drame, amour filial et quête de vérité.

Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué́ syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité́.

La jeune femme, interprétée par l’actrice Zita Hanrot, a dû quitter son travail après avoir involontairement causé la mort d’une patiente et décroche un poste d’infirmière dans l’usine Arkalu grâce à son père Slimane, joué par Sami Bouajila, auréolé du César du meilleur acteur en 2021 pour sa prestation dans « Un fils ». Là, elle tente de faire son travail consciencieusement, lit chaque dossier médical et s’investit personnellement auprès de ses patients. Mais elle se rend rapidement compte qu’au sein de l’entreprise, la santé du personnel est loin d’être une priorité. Les employés eux-mêmes ne s’en soucient pas. « Tu verras, ici, tu seras tranquille ! », lui lance en toussant Polo, l’un des plus vieux collègues de son père. « Je ne suis pas venue ici pour être tranquille », lui répondra la jeune femme.

Faire éclater la vérité à tout prix

Elle ne sera et ne restera pas tranquille. Interpellée par le manque de suivi médical au sein de l’usine et par l’état de santé des 230 employés, elle va se poser des questions et poser des questions. C'est une journaliste nommée Emma, qui mène une investigation sur Arkalu depuis plusieurs années, qui l’entraînera dans une quête de vérité. Elle l'emmènera là où tout a commencé il y a 30 ans : au bord d’un lac rouge, infesté de rouilles et de débris, caché par de hauts sapins. Ici, personne ne voit rien et ne sait rien, excepté Emma, convaincue que les déchets rejetés sont toxiques, et bien décidée à exploiter « sa source » pour faire éclater la vérité.

Sa source, c’est Nour. Car si, au départ, la jeune femme est déchirée entre son amour filial et son devoir moral, elle finira par faire des choix qui mettront en péril l’entreprise et par extension, sa famille.

Pour réaliser ce long métrage, Farid Bentoumi s'est inspiré d’une histoire réelle : celle de l’usine de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, qui rejette ses déchets toxiques dans la Méditerranée. « Cela fait plusieurs années que le gouvernement et la préfecture leur demandent d’arrêter de polluer la mer. Mais cette usine, c’est aussi 500 emplois à la clé́, ce qui n’est pas rien dans un endroit comme Gardanne déjà̀ marqué par le chômage », explique le réalisateur, soulignant la complexité de situations qui opposent des enjeux cruciaux telle que la sauvegarde de la planète et de l’emploi.

Rouge, « un coming of age movie »

Rouge est aussi un film qui parle d’amour. D’amour entre un père et sa fille. D'ailleurs, la relation entre Slimane et Nour occupe une place très importante dans ce long métrage. Car si Nour est déchirée par ses choix, c’est avant tout parce qu'elle aime son père et qu’elle met en péril son poste, son statut, son gagne-pain et les 30 années de sa vie dédiées à Arkalu. Père et filles poursuivent alors des objectifs diamétralement opposés les obligeant à s'affronter.

Farid Bentoumi tenait aussi à montrer sur grand écran un combat émancipateur que tout enfant est destiné à mener un jour. « Il y a beaucoup de "coming of age movies", mais ce que je trouve plus fort encore, c’est quand les parents se rendent compte que leurs enfants sont des adultes, autonomes, qui pensent par eux-mêmes, qu’une confrontation entre adultes est possible », confie le réalisateur, avant de revenir sur la relation entre Slimane et sa fille.

« Elle est vraiment devenue adulte, mais son père la voit toujours comme sa petite fille. Il ne se rend pas compte qu’elle a son propre point de vue, et souvent au cours du film, il lui dit : "Tu ne comprends pas". Mais elle comprend très bien. Elle respecte beaucoup son père pour son travail, son rôle de syndicaliste, mais elle se rend compte qu’il a aussi un aspect plus sombre. »