L’Afghanistan passé aux mains des Talibans vingt ans après leur chute

L’Afghanistan passé aux mains des Talibans vingt ans après leur chute

Par Lina Farelli le 16/08/2021

Kaboul est tombée. Les Talibans sont tout près d'une reprise totale du pouvoir en Afghanistan après la reconnaissance, dimanche 15 août, de leur victoire par le président en personne, en fuite, au plus grand désarroi de leurs opposants.

La conquête de l’Afghanistan par les Talibans a été d’une rapidité éclair. En une dizaine de jours, ils ont pris le contrôle d'une quinzaine de capitales provinciales avant de parvenir, dimanche 15 août, à faire tomber la capitale Kaboul.

Vingt ans après la chute de leur régime, le mouvement islamiste radical, dirigé par Haibatullah Akhundzada depuis 2016, est plus fort que jamais. La déroute est non seulement totale pour l’armée régulière ; elle l’est aussi pour les Etats-Unis.

Quelques jours plus tôt, alors que les Talibans enchaînaient les victoires, Joe Biden, qui s’était engagé durant sa campagne à retirer l’intégralité des forces armées américaines du sol afghan, a déclaré lors d’un point presse à la Maison Blanche ne pas regretter sa décision, qu’il entend faire respecter d’ici au 31 août. Il a assuré que ses forces ont formé et équipé l’armée afghane à coups de centaines de milliards de dollars tout au long de ces deux dernières décennies. L’échec est patent.

Aucun espoir d’un lendemain meilleur n’a été laissé aux Afghans opposés aux Talibans par Ashraf Ghani. Si tôt les insurgés aux portes de Kaboul, le président afghan a choisi de quitter le pays pour une destination encore inconnue en reconnaissant la victoire au mouvement. Il a déclaré, dimanche 15 août, avoir pris la fuite pour éviter à son pays un « bain de sang ». « Les Talibans ont gagné et sont à présent responsables de l'honneur, de la possession et de l'auto-préservation de leur pays », a ajouté Ashraf Ghani dans un message diffusé sur Facebook. Le ministre de l’Intérieur, Abdul Sattar Mirzakwal, a promis, de son côté, un « transfert pacifique du pouvoir ».

Les ressortissants étrangers évacués, les Afghans en panique

Des responsables talibans ont indiqué à l’AFP que leurs troupes se sont emparés du palais présidentiel, tandis que d’autres ont signifié à Reuters qu'il n'y aurait pas de gouvernement de transition en Afghanistan et qu’ils s'attendent à une passation complète du pouvoir.

« Nous voulons un gouvernement islamique inclusif, ce qui signifie que l'ensemble des Afghans seront représentés dans ce gouvernement », a déclaré à la BBC Suhail Shaheen, un porte-parole des Talibans basé au Qatar dans le cadre d'un groupe engagé dans les négociations. « Nous voulons travailler avec tous les Afghans, nous voulons ouvrir un nouveau chapitre de paix, de tolérance, avec une coexistence pacifique et une unité nationale pour le pays et le peuple afghan. »

Au regard de l’idéologie portée par le mouvement et de son passé (encore récent) sanglant, ces paroles sont encore très loin de rassurer le monde. Alors que les évacuations des ressortissants étrangers vers leur pays d'origine sont organisées à la hâte, la panique s’est emparée de très nombreux Afghans, qui craignent d’être la cible de représailles de la part des extrémistes religieux. Des images de foules amassées dans l’aéroport de Kaboul ou encore devant des ambassades sont largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Une situation sécuritaire « très préoccupante » pour la France

La France, qui a déplacé son ambassade à l'aéroport de Kaboul face à l'avancée des Talibans, a déployé des renforts militaires aux Emirats arabes unis afin de faciliter l'évacuation de ses ressortissants. L'Élysée, qui suit « la dégradation très préoccupante de la situation », a affirmé à l'AFP que « la priorité immédiate et absolue dans les prochaines heures est la sécurité des Français, qui ont été appelés à quitter l'Afghanistan, ainsi que des personnels sur place, français et afghans ».

« La France est l'un des rares pays à avoir maintenu sur le terrain les capacités de protéger les Afghans qui ont travaillé pour l'armée française, ainsi que des journalistes, des militants des droits de l'Homme, des artistes et personnalités afghanes particulièrement menacées », a aussi ajouté la présidence. Selon les autorités, 625 Afghans employés dans les structures françaises présentes en Afghanistan et leurs familles ont été accueillis depuis mai. Paris a aussi suspendu depuis juillet les expulsions de migrants afghans déboutés de leur demande d'asile. Emmanuel Macron compte s’exprimer sur la situation ce lundi 16 août à 20h.

Mise à jour : La France entend continuer à « lutter activement contre le terrorisme islamiste sous toutes ses formes », a indiqué le chef de l'Etat lors de son allocution télévisée dédiée à la situation en Afghanistan, qui « ne doit pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu'il a été ». « Les défis auxquels les Afghanes et les Afghans seront confrontés dans les prochaines semaines et les prochains mois sont terribles, immenses. Le peuple afghan a le droit de vivre dans la sécurité et le respect de chacun. Les femmes afghanes ont le droit de vivre dans la liberté et la dignité. »

Le président a appelé à « une réponse internationale responsable et unie » et à « une action politique et diplomatique », signifiant à cet égard que « nous ferons tout pour que la Russie, les États-Unis et l'Europe puissent efficacement coopérer, car nos intérêts sont les mêmes ».

Emmanuel Macron a également assuré que tout sera mis en oeuvre pour aider les Afghans qui se sont mis au service de la France, notamment les personnels civils qui ont travaillé pour l'armée française ainsi que leurs familles : « C'est notre devoir et notre dignité de protéger ceux qui nous aident : interprètes, chauffeurs, cuisiniers et tant d'autres. » Dans le même temps, il a déclaré vouloir protéger l'Europe « des flux migratoires importants ».

« Le destin de l’Afghanistan est entre ses mains mais nous resterons, fraternellement aux côtés des Afghanes en disant très clairement à ceux qui optent pour la guerre, l’obscurantisme et la violence aveugle qu’ils font le choix de l'isolement et d'une misère sans fin », a-t-il affirmé.