De l'urgence d'une politique de diversité et d'inclusion économique sous l'ère Macron II, l'appel

De l'urgence d'une politique de diversité et d'inclusion économique sous l'ère Macron II, l'appel

Par Hanan Ben Rhouma le 26/04/2022

Et si Emmanuel Macron devenait « un président champion de l’inclusion économique » et de la diversité pour son second mandat ? C'est le vœu formulé par Mohammed Colin et Fatine Layt dans une tribune appelant au renouvellement du « Deep State » et à la création d'un Small Business Act à la française. Des mesures qui visent à « relancer une espérance et apaiser les colères », en particulier parmi les habitants des quartiers populaires et des banlieues périurbaines.

Il est directeur de la publication de Saphirnews.com et de Salamnews. Elle est une femme d’affaires qui s'est fait un nom dans le très redoutable monde de la finance. Mohammed Colin et Fatine Layt ont signé une tribune appelant le président aujourd’hui fraîchement réélu à adopter urgemment une politique de renouvellement des corps de l’Etat d’une part, et une politique d’inclusion économique puissante d’autre part.

« Il est impératif que la diversité et l’inclusion constituent aujourd’hui une priorité soutenue par un vrai projet d’intégration économique », lit-on dans l’appel paru dans La Croix vendredi 22 avril, avant le second tour de la présidentielle. La tribune n’en demeure pas moins d’actualité ; elle s’adresse aujourd'hui à Emmanuel Macron et à ses équipes.

Diversité et inclusion, des sujets ô combien essentiels mais qui sont éclipsés au profit de « faux combats qui n’ont fait qu’affaiblir notre cohésion nationale », s’offusquent-ils, citant la question de l’islam en exemple, « un chiffon rouge pour tous ceux qui ne sont pas musulmans, et un ciment bien fragile pour les "islamo-identitaires" qui n’ont plus que ce cheval de bataille pour exister », alors même que « l’islam est vécu paisiblement et personnellement par des millions de citoyens ».

« Imprimer la diversité au sein du Deep State »

« Arrêtons l’escalade ! Après 70 ans d’échecs, il est temps de changer de méthode ! Il est urgent et vital d’enrichir nos élites de nouveaux profils, de nous ouvrir au monde et non l’inverse », plaident les initiateurs de la tribune, qui souhaitent voir « débloquer notre système méritocratique ».

Dans les années qui ont précédé et suivi les émeutes urbaines de 2005, tout le monde s’accordaient à dire que nos élites n’étaient pas suffisamment représentatives de la composition socio-culturelle de notre pays. Un constat qui reste toujours vrai en 2022, notamment dans le champ médiatique. « S’il nous paraissait intuitivement nécessaire de placer sous les feux des projecteurs des "gens de couleurs", ce que les pays anglo-saxons ont fait des décennies avant nous, ce n’était pas suffisant pour bousculer les représentations, tient à préciser Mohammed Colin en marge de la tribune. Les complexes de transfuge de classe et le sentiment d’insécurité culturelle qui ont habité les bénéficiaires de cette forme de discrimination positive n’ont pas facilité les choses, alors que des journalistes et cadres séniors évoluant dans les industries de l’information, non issus de la diversité mais conscientisées par les problématiques de l’inclusion, ont pu faire bouger les lignes ».

Bien qu’il reste encore bien du chemin à parcourir dans ce secteur, des avancées ont pu être enregistrées. Il en va autrement de la haute fonction publique. « Le poisson pourrit par la tête : c’est donc aussi l’État qui doit donner l’exemple en imposant de la diversité au sein du "Deep State", car nous sommes encore loin du compte », constate-t-il avec la dirigeante d'une banque américaine à Paris, déplorant entre autres les nominations de « supernovas de façade "issues de la diversité", placées en tête de ministères qui, en réalité, n’opèrent aucun changement, en restant bien "uniformes culturellement" ».

Le changement est plus que jamais nécessaire. « Cette évolution permettrait par exemple de jeter les bases d’une diplomatie culturelle puissante et attractive capable de neutraliser le sentiment antifrançais savamment entretenu dans une Afrique mondialisée. » Un exemple parmi d'autres car, nous assure-t-on en coulisses, « des exemples qui pâtissent d'une administration insuffisamment représentatives de notre corps social sont trop nombreux ».

Pour un Small Business Act à la française

A rebours des préjugés auxquels un rapport de Hakim El Karoui s’est notamment attaqué, « les quartiers sont des espaces de créativité et d’entrepreneuriat mais ne trouvent pas les débouchés adéquats », rappellent Mohammed Colin et Fatine Layt, qui souhaitent voir émerger un « Small Business Act » visant « à créer du rééquilibrage positif pour nos territoires en difficulté sociale ». Cette proposition s’inspire d’une loi américaine votée en 1953 favorisant les PME dans l’octroi de certains marchés publics. Comme aux Etats-Unis, il faut « encourager les entreprises de très grande taille à sous-traiter des missions à plus forte valeur ajoutée auprès d’entreprises issues des territoires fragilisés ».

Il est « grand temps de s’engager à conduire des politiques inclusives sur les volets sociétaux et économiques pour relancer une espérance et apaiser les colères. On ne veut plus d’un "président des riches et des grands patrons". Terminé aussi, les faux combats, les affichages qui ne trompent personne. Nous voulons un président champion de l’inclusion économique. Et le reste suivra, l’islamisme retombera et la délinquance diminuera. Ainsi chacun, gilets jaunes ou enfants d’immigrés, retrouvera de la dignité », déclarent-ils. Avant de conclure : « Il y a urgence à désinstrumentaliser la montée de l’aigreur, du ressentiment et de la défiance qui fragilisent chaque jour notre modèle républicain. »

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