Avec la NUPES, l'union populaire qui rassemble toutes les gauches... ou presque

Avec la NUPES, l'union populaire qui rassemble toutes les gauches... ou presque

Par Hanan Ben Rhouma le 09/05/2022

La Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES), célébrée lors d’une convention d'investiture des candidats aux législatives le jour même de l'investiture d'Emmanuel Macron, est le nouveau symbole de l’union des gauches qui marquera l'année électorale. De toutes les gauches ? Non, deux partis ayant décidé de ne pas rejoindre les Insoumis et Jean-Luc Mélenchon.

« Nous sommes en train d’écrire une page de l’histoire politique de la France. » Emmenée par le chef de file de La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, c’est une gauche au visage unitaire qui a été donnée de voir, samedi 7 mai à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), à la convention actant la naissance de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES). Celle-ci, forte des accords conclus entre les Insoumis, battus de peu au second tour de la présidentielle, et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), le Parti communiste (PCF) et le Parti socialiste (PS), est bien décidée à obtenir la majorité lors des législatives de juin et à imposer la nomination de Jean-Luc Mélenchon au poste de Premier ministre dans le cadre d’une cohabitation.

A quelques semaines de cette élection ô combien déterminante pour l’avenir du mandat d’Emmanuel Macron, et malgré quelques fractures observées ici et là au sein des familles socialiste et écologiste, les gauches font désormais front ensemble. Enfin pas toutes car les responsables de deux partis sont absents de la photo de famille de la NUPES : le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (LO), qui ont obtenu respectivement 0,77 % et 0,59 % au premier tour de la présidentielle.

L’accord signé avec le PS ne passe pas pour le NPA

« Les résultats de l’élection présidentielle donnent une responsabilité à l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier et du mouvement social, à la gauche qui refuse le libéralisme et la destruction de nos droits, pour l’unité d’action dans la rue et dans les urnes. C’est dans ce sens que le NPA a souhaité discuter avec l’Union populaire de candidatures communes aux élections législatives », a fait savoir, jeudi 5 mai, le parti représenté par Philippe Poutou.

Mais si « la perspective d’organiser les résistances et d’arracher de nouveaux droits par tous les moyens, doit nous unir », les discussions ont fini par tourner court car « l’équilibre politique de la coalition s’est modifié progressivement » d’abord après l’accord conclu par LFI avec EELV puis, plus encore, avec le PS, « atténuant le caractère de rupture avec les politiques libérales qui faisait (la) force » de l'Union populaire (UP).

« Nous aurions pu nous mettre d’accord avec l’UP, le PCF, et même EELV, mais nous ne pouvons pas valider un tel accord incluant le Parti socialiste », signale le NPA. Les socialistes, qui n’ont obtenu que 1,75 % des suffrages au premier tour de la présidentielle, se voient « octroyer 70 circonscriptions (dont 30 gagnables), soit bien plus que la proposition initiale de l’UP d’une répartition à la proportionnelle entre les différentes forces parties prenantes », déplore le NPA, qui fait savoir que seules « cinq circonscriptions (…) dont aucune n’est éligible, ni ne correspondant à nos implantations militantes » ont été proposées. « A aucun moment, une circonscription n’a été proposée par l’Union populaire permettant (l’élection de Philippe Poutou), ni même sa candidature en Gironde », précise aussi le NPA, qui relève « la faible place de collectifs de quartiers populaires dans l’accord unitaire (…) n’est pas le bon signal donné à celles et ceux qui subissent de plein fouet les politiques antisociales, sécuritaires, racistes et islamophobes ».

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« Dans les faits, l’UP aurait souhaité une participation du NPA à la NUPES, mais sans possibilité d’existence politique réelle en son sein », poussant le NPA à refuser de sceller un accord avec un nouveau mouvement qui « n’assume pas la continuité politique de l’Union populaire qui a conduit, dans le cadre de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon à représenter un espoir de transformation radicale de la situation, ou alors de façon bien ambiguë et contradictoire ».

Pour les législatives, le parti entend appeler à voter et à soutenir « les candidats de gauche de rupture de la NUPES, face auxquels nous ne présenterons pas de candidats ». En revanche, « dans d'autres circonscriptions, là où les conditions sont réunies, le NPA cherchera, face à des candidats labellisés NUPES incarnant une continuité avec le social-libéralisme, à faire entendre une alternative, avec des candidatures unitaires, issues du monde du travail et des quartiers populaires, représentant une gauche de combat, indépendante des institutions et du social-libéralisme ».

Lutte ouvrière fait bande à part

De son côté, et bien loin de la démarche engagée par le NPA, LO tire à boulets rouges sur la NUPES avec qui le parti a refusé toute idée de négocier. « Après les coups bas, peaux de bananes et désaccords à la présidentielle, Mélenchon, Jadot, Roussel, Faure filent le grand amour. C'est dingue ce que peut réaliser l'appel des strapontins de l'Assemblée nationale ! Une comédie aux antipodes des luttes nécessaires », a lâché Nathalie Arthaud samedi 7 mai sur Twitter.

De l’UP à la NUPES, « la marchandise a un goût de déjà-vu et n’a rien d’appétissant », lit-on également dans un billet publié dans le journal de LO. « Les négociateurs qui s’usent nuit et jour à fabriquer un accord et les bonimenteurs chargés de le vendre aux électeurs évoquent un moment historique, une chance unique, et vont même jusqu’à évoquer des enjeux idéologiques. Mais enfin, en coulisse, la principale pierre d’achoppement a été le partage des circonscriptions électorales » avec des garanties « alléchantes ». La NUPES « est d’abord un montage électoral pour garantir un maximum d’élus à ses composantes. Aux travailleurs elle n’offre aucune perspective réelle même au cas où elle aurait une majorité parlementaire ».

Mélenchon, Premier ministre ? « Une telle "alternative de gauche", même dans sa variante recyclée et rassemblée par ce vieux politicien qu’est Mélenchon, ne servira qu’à étouffer la colère et les aspirations populaires dans les urnes en faisant miroiter un avenir meilleur par la vertu du bulletin de vote », lit-on. Plus encore, « l’hypothèse la plus probable » est celle d’une gauche qui « n’aurait pas la majorité parlementaire à l’issue des élections législatives ». Conséquemment, LO entend présenter des candidats « partout en métropole, Réunion et Antilles » pour « faire entendre le camp des travailleurs ». Même pas peur du côté de la NUPES, qui concentre désormais de nouveaux espoirs pour devenir la principale force d'opposition à Emmanuel Macron.

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