Belgique : Bruxelles dit non à l’obligation d’étourdir les animaux avant l’abattage rituel

Belgique : Bruxelles dit non à l’obligation d’étourdir les animaux avant l’abattage rituel

Par Lionel Lemonier le 17/06/2022

L'abattage rituel halal et casher ne sera pas soumise à l'obligation de l'étourdissement préalable des animaux avant leur mise à mort dans la Région de Bruxelles-Capitale. Un vote en ce sens vendredi 17 juin a été adopté par une majorité de députés bruxellois.

Le Parlement bruxellois était invité à se prononcer vendredi 17 juin sur un texte modifiant la façon dont sont tués les animaux destinés à la consommation halal et casher. Faut-il adopter ou pas l'obligation de l'étourdissement des animaux avant l'abattage au nom du bien-être animal ? Une majorité de députés ont rejeté la proposition par 42 voix pour, 38 contre et 8 abstentions, au grand plaisir du président du Parlement, Rachid Madrane.

La proposition d’ordonnance visant à interdire l’abattage sans étourdissement avait été déposée par trois organisations politiques, Défi, Groen et l’Open VLD. Le souhait n'émanait donc pas du gouvernement bruxellois. Elle avait été récemment rejetée par la commission de l'Environnement mais elle devait tout de même être soumise aux parlementaires en séance plénière. C'est désormais chose faite.

Une pétition pour obtenir le maintien de l’abattage rituel à Bruxelles avait obtenu quelque 127 000 signatures, déposées dans la matinée du mercredi 1er juin au Parlement régional. Cette pétition avait été lancée par le Collectif citoyen pour la liberté de culte (CCLC). Me Alexis Deswaef, l’avocat qui représentait le CCLC, expliquait fin mai à la Radio-télévision publique belge (RTBF) que « le collectif rassemble des personnes de confession musulmane et de confession juive (…) qui ont signé une pétition pour le maintien de l’abattage rituel à Bruxelles, dans le respect de leurs convictions religieuses ». Une initiative sans précédent à Bruxelles.

A l'inverse, la décision du Parlement a provoqué la fureur des représentants de l'association de défense des animaux Gaia. « Les hommes et les femmes politiques devraient se fonder sur la science. Or, ce n’est clairement pas le cas. À cause d’eux, des centaines de milliers d’animaux vont encore être abattus dans la pire douleur », dénonce auprès de Belga sa directrice Ann De Greef.

Bruxelles-Capitale à contre-courant

En Belgique, la question a déjà été tranchée en Flandre en 2014 et en Wallonie en 2017, avec l’interdiction de l’abattage sans étourdissement. Depuis, ces interdictions ont été confirmées par la Cour constitutionnelle en septembre 2021. Elle a en effet rendu deux arrêts rejetant les recours en annulation introduits par des organisations musulmanes et juives dont l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) et le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) qui avance notamment l'argument de la liberté de culte.

En 2018, l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement dans des sites temporaires flamandes pour l’Aïd el-Kebir avait été confirmée par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Deux ans plus tard, la même institution judiciaire avait estimé dans un avis important qu'imposer l'interdiction de l'abattage rituel sans étourdissement préalable est possible au nom du bien-être animal sans qu'elle n'entrave la liberté de culte, inquiétant alors les communautés musulmanes et juives à travers l'Europe.

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