Au Pakistan, un « carnage climatique » dans une quasi indifférence générale, des ONG se mobilisent

Au Pakistan, un « carnage climatique » dans une quasi indifférence générale, des ONG se mobilisent

Par Lina Farelli le 12/09/2022

Qui pour se préoccuper du Pakistan ? Alors que ce pays voisin de l'Afghanistan traverse des inondations exceptionnellement dramatiques, la solidarité à son égard est timide en France et en Europe. Tandis que le secrétaire général des Nations unies appelle le monde à « mettre fin à la guerre contre la nature », des ONG françaises se mobilisent pour venir en aide aux sinistrés.

Après des mois d'une dure sécheresse, les pluies torrentielles de la mousson qui se déversent sur le Pakistan sont dévastatrices. A ce jour, le bilan humain est tragique. Quelque 1 400 personnes ont été tuées depuis le mois de juin et plus de 33 millions d’habitants ont été directement affectés par les inondations.

Pourtant, et alors que le Pakistan a lancé un appel à l’aide humanitaire international, ce drame humain ne retient guère l’attention du monde. Comme pour les inondations meurtrières de 2010, c’est dans une relative indifférence que le drame se joue, alors même qu’il est présenté comme un impact malheureusement concret du changement climatique dans un pays économiquement fragile et politiquement instable.

Du jamais vu

Sensible à la cause, le secrétaire général de l’ONU s’est rendu, samedi 10 septembre, au Pakistan pour constater de lui-même l’ampleur des dégâts. « J'ai vu de nombreuses catastrophes humanitaires dans le monde, mais je n'ai jamais vu de carnage climatique de cette ampleur. Je n'ai tout simplement pas de mots pour décrire ce que j'ai vu aujourd'hui : une zone inondée qui représente trois fois la superficie totale de mon propre pays, le Portugal », a déclaré Antonio Guterres devant la presse, estimant que « les pays riches ont la responsabilité morale d'aider les pays en développement comme le Pakistan à se remettre de telles catastrophes et à s'adapter pour renforcer leur résistance aux impacts climatiques qui, malheureusement, se répéteront à l'avenir ».

« Depuis Islamabad, je lance un appel mondial : arrêtez cette folie. Investissez dès maintenant dans les énergies renouvelables. Mettez fin à la guerre contre la nature », a fait part Antonio Guterres.

Des ONG françaises se mobilisent

Cet épisode doit rappeler les Etats à leurs obligations de lutter contre le réchauffement climatique à travers des mesures fortes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et favoriser les énergies propres. Néanmoins, sur le terrain, c’est de l’aide humanitaire dont les Pakistanais ont avant tout besoin. « Nous avons besoin de vous. Faites un don ! » Alliance Urgences, un collectif de six ONG françaises comprenant Action Contre la Faim, Care France, Handicap International, Médecins du Monde, Plan International et Solidarités International, ont lancé un appel aux dons pour soutenir les sinistrés.

Trois d’entre elles, présentes sur le terrain depuis des années, entendent poursuivre leurs activités auprès des populations locales, chacune à leur manière. Les dons collectés seront répartis à ces ONG à hauteur de 37,4 % pour Médecins du Monde, 32,8 % pour Action contre la Faim et 29,8 % pour Handicap International, signale Alliance Urgences.

De son côté, le Secours islamique France (SIF) se mobilise aussi. « Sur place, le chaos règne : les inondations emportent tout sur leur passage. Barrages détruits, glissements de terrain… Plus de 3 500 km de routes sont hors d’usage et 570 écoles ont été rayées de la carte », informe l’ONG. « Plus de 50 millions de personnes sont désormais des déplacés, forcées d’abandonner toute leur vie derrière elles pour tenter de trouver ailleurs sécurité et ressources nécessaires à leur survie. » « Marqué par la grave crise humanitaire qui se déroule sous ses yeux », le coordinateur de projets au Pakistan en témoigne dans une vidéo.

L’action du SIF consiste principalement à réaliser des distributions alimentaires et de produits essentiels à des familles en détresse dans la province du Balouchistan, dans le sud-ouest du pays, en veillant à ce qu'ils soient faits dans les meilleures conditions, « condition sine qua non pour ne pas provoquer de déplacements qui mettraient en danger les bénéficiaires et les équipes ».

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