Face à la forte sécheresse, les mosquées de France appelées à organiser des prières pour la pluie

Face à la forte sécheresse, les mosquées de France appelées à organiser des prières pour la pluie

Par Lionel Lemonier le 10/08/2022

Face à la sècheresse extrême, le gouvernement prend des mesures d’urgence. Tandis que les mosquées sont appelées à organiser des prières pur la pluie, des responsables politiques soulignent, de leur côté, le manque de cohérence règlementaire et appellent à des mesures efficaces.

La France traverse un épisode de sècheresse qualifié d’historique par Matignon vendredi 5 août. Élisabeth Borne annonçait alors l’activation d’une cellule interministérielle de crise sur le sujet. « Cette sècheresse est la plus grave jamais enregistrée dans notre pays » et « les prévisions météo laissent présager que la situation pourrait perdurer sur les quinze prochains jours, voire devenir plus préoccupante encore », indique-t-on par voie de communiqué.

Les services de la Première ministre précisent en outre que cette sécheresse exceptionnelle « prive d'eau de nombreuses communes et est un drame pour nos agriculteurs, nos écosystèmes et la biodiversité ». L’absence de pluie « est aggravée par l'accumulation de vagues de chaleur successives qui viennent renforcer l'évaporation et les besoins en eau ».

A ce jour, 95 départements font l’objet de restrictions dans l’utilisation de l’eau et 67 d'entre eux sont considérés « en crise », le niveau d’alerte le plus élevé. Un nombre record. Alors que la menace pèse notamment sur l'approvisionnement en eau potable de centaines de communes françaises, les arrêtés préfectoraux se multiplient avec, selon la gravité de l'épisode de sécheresse, « des mesures exceptionnelles, graduelles et temporaires de limitation ou de suspension des usages de l’eau non prioritaires pour les particuliers et les professionnels, selon quatre niveaux de gravité (vigilance, alerte, alerte renforcée, crise) ». Des conseils sont également relayés par le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires (voir encadré).

La situation ne laisse personne insensible. L’Union des mosquées de France (UMF), elle-même, s'est alarmée, à l'occasion de la nouvelle année musulmane, de « la sècheresse que connait notre pays et ses conséquences dramatiques sur nos ressources humaines et naturelles ». La fédération a appelé en conséquence les musulmans de France « à multiplier tout au long de ce nouvel an, les prières dites de l’istisqa, recommandées par notre Prophète dans pareilles circonstances. »

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les musulmans sont invités par une organisation religieuse à célébrer la prière consistant à implorer Dieu d’offrir une pluie. Lors des fortes chaleurs observées en été 2019, l'UMF avait lancé un appel similaire. En 2011, Dar Al-fatwa, le département des avis religieux de Musulmans de France (l’ex-UOIF) en faisait de même.

Mise à jour vendredi 12 août : Un vendredi de prières pour la pluie dans les mosquées, l'appel

La polémique autour de l'arrosage des golfs

Alors que la sécheresse fait rage, la situation est paradoxale, voire proprement scandaleuse. Les golfs français profitent ainsi d’une dérogation qui leur permet d’arroser leurs greens. Leur consommation est certes limitée mais cela choque. Dès le 30 juillet, Eric Piolle, le maire (EELV) de Grenoble, s’interrogeait : « Pourquoi peut-on arroser les greens de golf quand tout le monde manque d'eau ? On peut dire que ça n'a pas tellement de sens », soulignait l’élu qui a récemment adressé une lettre à la secrétaire d'État chargée de l'Écologie, Bérangère Couillard.

Plusieurs élus à l’Assemblée nationale ont appelé à modifier la règlementation. Manuel Bompard, député (LFI) de Marseille, a appelé à « planifier un juste partage de l’eau », traitant les dérogations dont profitent les golfs de « décision de classe inacceptable ». Un autre député du même bord, Hendrik Davi, a souligné le décalage entre les privatisations demandées aux citoyens ordinaires et les avantages dont profitent les joueurs de golf : « Il est interdit de remplir les piscines, de laver sa voiture, d’arroser son potager, mais les golfs, eux, doivent simplement réduire leur consommation. Un 18 trous a besoin de 5 000 m3 d’eau par jour, soit la consommation de 12 000 habitants. »

Sans compter les conséquences néfastes pour l’environnement de cette activité sportive, rappelle Reporterre : plus de 18 kg de pesticides sont pulvérisés par hectare et par an sur un green. « À comparer aux 2,5 kg utilisés par l’agriculture. Dans le golf, seuls les greens sont verts. »


Comment gérer l’eau en période de sécheresse ? En période de sécheresse, soumis ou non à des mesures de restrictions, chacun d'entre nous peut agir en adoptant les bons réflexes.

Particuliers ?
• J’évite de laisser couler l’eau ;
• Je limite les arrosages de mon jardin ;
• J’utilise mes appareils de lavage à plein ;
• J’installe des équipements économes en eau.

Collectivités ?
• Je réduis les fuites dans les réseaux de distribution d’eau potable ;
• J’ai une connaissance détaillée des volumes d'eau consommés ;
• Je distribue des kits hydro-économes dans les foyers ;
• J’optimise l’arrosage des espaces verts et du nettoyage des voieries.

Industriels ?
• Je recycle certaines eaux de nettoyage ;
• Je mets en place des circuits fermés ;
• Je modifie certains modes opératoires et process pour économiser l’eau.

Agriculteurs ?
• Je mets en place des tours d’eau pour l’irrigation ;
• J’utilise un matériel d’irrigation hydro-économe ;
• J'opte pour des cultures qui exigent moins d'eau.

L’eau est une ressource rare, alors économisons-la.