Hanane : « Mon mari me fait ressentir que je ne serais jamais de sa famille, j'en souffre »

Hanane : « Mon mari me fait ressentir que je ne serais jamais de sa famille, j'en souffre »

Par Lalla Chams En Nour, le 17/03/2021

J’ai trouvé votre adresse sur un site internet en recherchant des réponses à mes questions. Voilà maintenant plus de sept ans que je suis mariée à un homme de ma communauté, nous avons ensemble deux enfants qui nous apportent beaucoup de bonheur.

Mon époux est un très bon papa, très attentionné et bienveillant avec la chair de sa chair mais, malheureusement, beaucoup moins avec moi, ne me considérant que comme la mère de ses enfants et une femme parmi tant d’autres. Je souffre beaucoup de cette situation car mon mari ne m’accorde ni le statut ni le respect que mon rôle d’épouse mérite. Je ne me sens pas à ma place, l’impression d’être étrangère à ma propre famille et de ne pas être considérée comme étant sa famille.

Mon mari est un homme très généreux avec ses proches, très bienveillant, toujours là pour aider et faire plaisir, mais il l’est beaucoup moins avec moi. S’il m’offre quelque chose, il se sent obligé de le proposer à sa famille comme si faire plaisir à son épouse n’était pas normal et qu’il ne pouvait rien m’offrir sans subir la même dépense pour sa famille pour une raison « d’équité ».

Il me rappelle sans arrêt les dépenses qu’il subit pour moi comme les courses alors qu’il s’agit surtout des dépenses du foyer. Pourtant, toutes mes dépenses vont pour mon foyer, ma maison, mon mari, mes enfants. Je ne dépense quasiment pas d’argent pour moi, je ne vais pas chez le coiffeur, je ne fais pas mes ongles ni tout ce qui touche à l’embellissement de soi. Il ne m’offre plus de cadeaux pour mon anniversaire ou même sans raison spécifique, volontairement pour me punir de ne pas lui avoir offert de cadeau une fois au sien car le climat était hostile. Pour autant, je lui ai offert un présent quelques semaines plus tard.

Je travaille et j’ai toujours aidé mon époux dans les dépenses du foyer. Malgré mes revenus modestes, j’ai toujours voulu participer. Je n’ai jamais été avare avec lui bien que l’islam incombe à l’époux de pourvoir aux besoins de sa famille à la hauteur de ses moyens et mon époux gagne très bien sa vie mais je n’ai jamais profité de son statut et, malgré cela, il n’a jamais eu de considération pour mon aide dans le foyer...

Je suis une épouse polie et respectueuse, j’essaie de ne jamais lui manquer de respect car je sais combien l’homme peut être blessé dans sa virilité et son statut de chef de famille. J’ai toujours élevé son rang même quand il me dénigrait et me rabaissait avec des paroles très blessantes car je m’en remettais à Allah et je ne veux pas m’en vouloir un jour de l’avoir détruit et blessé bien que mon cœur saigne chaque jour que Dieu fait de cette situation.

Malgré tous mes efforts pour canaliser mon mécontentement et ma colère face à certaines situations, malgré tous mes efforts pour être une bonne épouse, mon mari ne me respecte pas, il ne m’estime pas et me considère comme une moins que rien. Malgré toute ma considération pour lui. Il élève sa famille à un rang et me fait ressentir que je n’aurais jamais ma place ni moi ni ma famille et que je ne serais jamais sa famille. Il est insensible à mon chagrin et je souffre énormément de cette situation.

Je suis une femme pieuse, je prie mes cinq prières à l’heure, j’invoque beaucoup Allah et j’essaie d’inculquer le petit savoir que j’ai à mes enfants, et je prie Allah pour qu’Il apaise mon chagrin. Chaque fois, pour me blesser, il me dit « Mais tu crois que tu es qui ? » et ça me brise le cœur. Mon mari ne prie pas, malgré les rappels que je lui fais. Je n’ose plus lui faire de rappels bien que le rappel profite aux croyants car, même cela, il le prend mal venant de moi. Il a l’impression que je le méprise alors que je veux son bonheur ici-bas et dans l’au-delà. Malgré tout, je lui souhaite tout ce que cette vie et l’autre puisse donner de meilleur mais je me sens lésée dans mon rôle d’épouse.

Je suis une épouse disponible et bienveillante avec mon mari, je n’ai jamais refusé mes obligations. Même dans l’intimité, je n’ai jamais refusé son droit à mon époux sur moi. Et pourtant, plus d’une fois, il m’a refusé mon droit sur lui. Cela a créé énormément de frustrations en moi, puis je me suis éloignée de lui au point de ne plus avoir envie d’aller vers lui tellement ma frustration et mon chagrin sont grands.

Nous avons acheté ensemble une maison, et je suis consciente des tensions que cela peut créer. Je me rends disponible afin de le soulager de toutes les formalités qui peuvent peser afin de nous faciliter au mieux la construction de notre maison et, malgré cela, il dénigre mon investissement et ne s’investit plus en me laissant parfois face à des situations très difficiles à gérer seule.

Je ne sais plus quoi faire. Parfois, j’envisage de quitter le foyer. Puis je pense à mes enfants leur confort chez eux, je pense à mon mari et le chagrin qu’un départ pourrait lui causer s’il ne voyait pas chaque jour ses enfants… Je me rends compte qu’à chaque scénario, je pense au chagrin que cela pourrait lui causer, je pense à lui à mes enfants en bafouant mes propres sentiments. Je pense aux autres sans que personne ne pense jamais à moi et je le vis très mal. Qu’en pensez-vous ? Aimez-moi avec vos paroles et vos conseils.

Lalla Chems En Nour, psychanalyste

Chère Hanane,

Je vous remercie de votre sincérité et de votre courage, et je comprends combien vous ne vous sentez pas aimée. C’est une profonde souffrance de l’âme de se sentir ainsi « l’objet » de l’autre. Comme si votre mari ne pouvait vous considérer que comme le ventre qui lui donne des enfants.

Je suis très triste pour vous et pour lui qui passe à côté d’une femme pleine de sensibilité et de bonne volonté. Mais, lui, que pourrait-il avoir à vous reprocher pour être si manifestement indifférent ? Ou bien est-il, comme de nombreux hommes musulmans, hélas, capté par sa « tribu familiale » d’origine et incapable d’ouvrir les bras à sa femme et de l’introduire dans sa famille, comme il se doit ?

Mais si personne ne pense jamais à vous, est-ce parce que vous vous effacez trop ? Ce serait intéressant pour vous de travailler sur cet aspect de votre caractère. Vous n’ignorez pas que notre comportement exerce une influence sur celui d’autrui. Il s’agit là d’un rapport à soi-même : il est juste spirituellement de considérer l’autre avec générosité, mais certainement pas au détriment de soi. Il y a là un équilibre à trouver en soi entre le respect envers soi-même et le respect dû à l’autre.

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com