Il nous reste les mots : un hymne au dialogue lancé par deux pères endeuillés du 13-Novembre

Il nous reste les mots : un hymne au dialogue lancé par deux pères endeuillés du 13-Novembre

Par Hanan Ben Rhouma, le 17/01/2020

Reçu à Saphirnews

L'un est le père d'une des victimes des attentats du 13-Novembre, l'autre est le père d'un des assaillants du Bataclan. Ces deux hommes, que le drame aurait pu opposer à jamais, ont su livrer l'un à l'autre leur histoire, leur peine et leurs espoirs. Ces échanges empreints d'humanité ont débouché sur l'écriture d'un livre poignant, « Il nous reste les mots », qui sort quatre ans après la tragédie.

C’est un dialogue rare, aussi inattendu qu'émouvant que nous livrent Georges Salines et Azdyne Amimour dans Il nous reste les mots. Ces deux pères de famille ont vu leur vie et celles de leurs proches basculer lors des attentats du 13 novembre 2015. Le premier a perdu sa fille, Lola Salines, au Bataclan ; le second est le père de l’un des assaillants, Samy Amimour, abattu par la police le soir de l’attaque terroriste. Lola comme Samy avaient 28 ans.

Il nous reste les mots est le fruit d’une série de rencontres qui a débuté entre les deux hommes en février 2017, à l'initiative d'Azdyne Amimour alors que Georges Salines était le président de l'association de victimes 13onze15 : Fraternité et Vérité.

Pour ce médecin de profession qui milite, depuis les attentats, pour la prévention de la radicalisation, il n’a pas été évident d’accepter le dialogue avec le père d’un des terroristes. Toutefois, sa curiosité l'a piqué au vif : il n'avait « a priori pas de raison de faire porter au père la faute du fils », d’autant qu’il a vite appris à apprécier Azdyne Amimour, qu’il décrit comme « un personnage touchant (...) qui frappe autant par son humanité, son amour de la vie et sa tolérance ».

Un dialogue pour « faire abattre les murs » de la haine

Le livre fut, explique Georges Salines, « une extraordinaire opportunité de montrer qu'il nous était possible de parler » et de « faire abattre les murs de méfiance, d'incompréhension et parfois de haine, qui divisent nos sociétés ». « Favoriser la fraternité et le dialogue avec les musulmans est pour moi d'une importance capitale et cette position n'est en rien naïve », écrit-il encore dans le livre, en prenant le soin de ne pas réduire Azdyne Amimour à son statut de « musulman ».

On découvre, en effet, au fil de la lecture, le parcours de vie peu ordinaire de ce Drancéen, qui nourrit un rapport singulier à l’islam – Azdyne est croyant mais non pratiquant – et qui a voulu laisser ses enfants « libres de leurs choix » en matière religieuse.

Les Amimour, comme bon nombre de parents de jihadistes, n’ont rien vu de la radicalisation de leur fils, parti en septembre 2013 en Syrie, « du jour au lendemain », pour y faire « le jihad ». Azdyne Amimour avait alors fait le déplacement jusqu’en Syrie pour tenter de ramener son fils en France, à la raison. En vain. C’est quelques jours après les attentats du 13-Novembre que sa famille apprend l’indicible sur Samy dont elle n’avait pas de nouvelles depuis des mois. Son acte, son père ne lui pardonne pas, confiant avec peine qu'il aurait préféré le savoir mort en Syrie. Le destin en fut autrement.

Pour Azdyne Amimour, qui se considère aussi comme une victime, sa démarche est de l’ordre d’une « thérapie » dont il avait besoin pour faire face à la tragédie dont la seule évocation est totalement taboue dans sa famille. Ce livre était sa façon à lui « de s'associer à la douleur des parents de victimes » comme Georges Salines dont Azdyne salue à diverses reprises le courage.

« Par le dialogue, c'est ensemble qu'ils ont cherché à comprendre pour prévenir, au-delà de la haine », signifie-t-on dans l’avant-propos d’un livre émouvant, joliment conclu par une lettre d'Azdyne Amimour à Lola et une autre de Georges Salines à Samy.

Ce dialogue, aussi puissant qu’il est animé d'un profond respect et d'un fort désir de paix, est un hymne à s'engager dans la voie de la rencontre avec l'autre, à depasser les préjugés et les différences, pour être mieux armé face au piège des divisions dans lequel veulent tant nous faire tomber les terroristes et les semeurs de haine et de mort.

Présentation de l'éditeur

Georges Salines a perdu sa fille Lola dans l'attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan. Elle avait 28 ans.

De sa rencontre avec Azdyne Amimour, père de l'un des assaillants, a émergé un dialogue inédit. Georges Salines porte la mémoire de sa fille et de nombreuses autres victimes, tandis qu'Azdyne Amimour cherche à comprendre comment son fils a pu commettre des actes qu'il condamne sans appel. Poussés par une curiosité mutuelle, tous deux se racontent et déroulent le récit de « leur » 13-Novembre.

Au fil de cette conversation, un profond respect est né entre ces deux pères que tout aurait pourtant dû opposer. Leur témoignage nourrit une réflexion apaisée sur la radicalisation, l'éducation et le deuil. Parce que s'il reste les mots, il reste aussi l'espoir.

Les auteurs

Georges Salines a présidé l’association de victimes 13onze15 : Fraternité et Vérité et milite pour la prévention de la radicalisation. Il est l’auteur de L’Indicible de A à Z (Le Seuil, 2016). Azdyne Amimour a exercé plusieurs métiers, dans le commerce, le sport ou le cinéma. Il est le père de Samy Amimour, l’un des trois terroristes du Bataclan.

Georges Salines et Azdyne Amimour, Il nous reste des mots, Robert Laffont, janvier 2020, 216 p., 18 €