« Un pays qui se tient sage », un documentaire autour des violences policières qui rappelle à l'ordre

« Un pays qui se tient sage », un documentaire autour des violences policières qui rappelle à l'ordre

Par Myriam Attaf, le 16/09/2020

Ni le reportage ni l’enquête n’ont de secrets pour lui. Le 30 septembre sortira en salles « Un pays qui se tient sage », le dernier documentaire du journaliste et réalisateur David Dufresne. Récompensé lors de l’édition 2019 des Assises du journalisme pour « Allô Place Beauveau », son travail d’enquête sur les violences policières, l’auteur récidive et nous propose d’observer les mécanismes à l’œuvre dans les rapports de force entre la police et la population en France. Sa loupe ? Le smartphone. Ses pièces à conviction ? Des images brutes tournées par des manifestations et des témoignages édifiants.

Après Allô Place Beauveau, le journaliste David Dufresne signe la réalisation d'un nouveau documentaire choc. Un pays qui se tient sage est un long métrage composés souvent d’images brutes tournées pendant les manifestations des Gilets jaunes, mêlées de témoignages de policiers, de journalistes, d'avocats et de victimes de violences policières. S’ajoutent à leur voix celles de sociologues ou encore d'historiens afin d'offrir aux spectateurs une vision d'ensemble sur l'état des rapports police-population.

Ce documentaire vise avant tout à interroger la notion de violence, sa légitimité et sa légalité dans un pays républicain et démocratique. Pendant 86 minutes, le réalisateur alterne entre les interventions presque silencieuses et placides sur fond noir de ses différents interlocuteurs, et le tumulte des vidéos tournées par les manifestants lors des protestations de Gilets jaunes. Un choix loin d’être innocent : le spectateur se laisse entraîner par la rage et l’indignité avant d’être ramené (littéralement) à la raison par le décryptage sociologique et historique d’experts.

Questionner les violences policières, c'est déjà débattre du fameux « monopole de la violence physique légitime » que revendique l'Etat et autour duquel le film s'articule, mais aussi remettre « les violences sociales » à l’ordre du jour. « Violences sociales » c’est ainsi que Mélanie, une assistante sociale des quartiers nord d’Amiens, également mère de famille, frappée à la tête par la police lors d'une marche, nomme la baisse des aides aux logements, et plus largement les difficultés auxquelles sont confrontée une grande partie des Français.

Les rouages de la toute-puissance de l'Etat en question

« Diriger un pays, ce n’est pas se tenir en haut de la verticalité que vous aimez tant » ; « La police, c’est le pompier de l’Etat » ; « Maintenir l’ordre, c’est protéger les institutions »... Plus que de mots, les intervenants assènent des phrases coup de poing, aussi percutantes que les images montrées sur grand écran.

« L’idée n’était pas, au fond, de mettre mal à l’aise le spectateur mais plutôt de bien lui faire prendre conscience de l’extrême dureté des violences, de leur caractère soudain, aléatoire, injuste », explique le réalisateur. Mais face à ces constats implacables et aux accès de colère, le mur de l’impunité semble ne pas céder.

Du non-lieu confirmé pour le gendarme responsable de la mort de Rémi Fraisse en 2014 à l’affaire Adama Traoré, en passant les soubresauts de l'affaire Benalla lorsqu'il avait usurpé la fonction de policier et tabassé des manifestants en 2018, David Dufresne revient sur ces épisodes médiatiques qui ont fragilisé les relations entre l’Etat et sa population.

De fait, le réalisateur rappelle que protester contre l’impunité policière, c’est avant tout remettre en cause la puissance de l’exécutif. Un constat illustré par l’échange entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron au sujet des violences policières en France et que le journaliste a intégré à son documentaire. Une puissance qui ouvre la voie à des dérives, de celles qui provoquent l'indignation comme l'interpellation, en décembre 2018, de dizaines de lycéens à Mantes-la-Jolie (Yvelines) que les policiers ont forcé à se mettre à genoux. Un policier, derrière son casque, un sourire dans la voix, avait alors déclaré : « Voilà une classe qui se tient sage. »

Cette phrase, David Dufresne ne l’a pas oublié. Et il a souhaité qu’on ne l’oublie pas non plus car elle révèle sans doute des fractures sociales, des inégalités et une réalité trop souvent omise : la liberté et la justice ne sont jamais acquises, même en République.