Little Palestine, chronique d’un état de siège entre résignation et espoir

Little Palestine, chronique d’un état de siège entre résignation et espoir

Par Edwy Malonga, le 11/01/2022

En pleine révolution syrienne, le régime de Bachar Al-Assad imposait un siège brutal à Yarmouk. Celui qui était le plus grand camp de réfugiés palestiniens en Syrie s'était alors retrouvé isolé. Un réalisateur natif de ce quartier de Damas a pris sa caméra pour témoigner des privations quotidiennes dans « Little Palestine ». Un hommage bouleversant au courage des enfants et des habitants du quartier. Intense et poétique.

Little Palestine s'ouvre sur l'image d'Abdallah Al-Khatib, réalisateur et personnage principal du documentaire, en train de jeter l'éponge : il montre son badge de l'ONU en revendiquant haut et fort quitter l'organisation, écœuré par l'inaction de celle-ci quant au devenir des habitants de Yarmouk, pris entre deux feux : celui de Bachar Al-Assad et de Daesh. S'ensuit la chronologie d’un siège implacable imposé par le régime syrien entre 2013 et 2015.

« La plus redoutable prison de l’assiégé, c’est le temps »

Abdallah Al-Khatib, qui vit aujourd’hui en Allemagne, semble prendre sa caméra comme pour tuer le temps, mais c’est justement le temps qui finit par tuer. Le narratif est poétique et percutant. « Au début, on n’y croyait pas, mais quelque chose a fini par nous faire comprendre que la tranquillité du feu de joie avait disparu pour toujours », raconte-t-il.

Pour le réalisateur, une journée en état de siège ne commence pas avec le lever du soleil, ni ne se termine lorsqu'il se couche. Ce qui marque le temps qui passe, c'est l'heure à laquelle les habitants peuvent enfin se dégoter quelque chose à se mettre sous la dent. Et cette terrifiante situation où les habitants manquent de nourriture, d’eau, d’électricité et de médicaments va s'éterniser durant deux longues années dans une sorte de huit clos glaçant.

« Tuez-nous avec vos missiles. Ainsi, on ne mourra pas de faim. On ne mourra pas sans dignité ! », clame même un assiégé après un bombardement. Les pénuries provoquées par cet oppressant état de siège sont telles que les habitants se résolvent par exemple à manger des cactus vendus par un marchand vantant le goût de cette plante une fois qu’elle est bouillie. Autre exemple, celui de ces enfants se nourrissant avec des herbes et prospectant la moindre graine comestible parmi les gravats. Bouleversant.

Une chronique de la solidarité

Avec Little Palestine, le spectateur est confronté à la guerre. Mais il ne s’agit pas d’un film de guerre au sens trivial du terme, car les scènes des méfaits militaires ne font guère légion. Ce sont plutôt les conséquences du conflit sur des habitants aspirant à retrouver la paix qui sont mises en exergue.

Abdallah Al-Khatib, à l'image d'un reporter de guerre armé de sa seule caméra, met surtout en lumière des témoignages forts des Palestiniens en ayant une attention toute particulière envers les personnes âgées et les enfants. Une chronologie où le passé et l'avenir se chevauchent, incarnée par les individus les plus vulnérables dans une telle situation. Le film est une chronique de la solidarité, celle qui se met en place entre les familles pour faire face à l’adversité du mieux possible. Car en dépit des drames quotidiens et des tensions régulières très compliquées à éviter, la population demeure soudée dans l'ensemble.

« Aucune mort ne ressemble à la mort en état de siège, car l’amertume attise chez l’assiégé le désir de justice le plus extrême », peut-on entendre à la fin du film. Little Palestine est un film poignant mais qui témoigne d’une volonté ardente des habitants d'avoir des projets de vie et des rêves parmi lesquels figure celui de retourner sur les terres de Palestine, en paix.