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S
Samaty
le 20/02/2019 à 04:28
Article très vague qui ne donne strictement aucun exemple pour soutenir ses thèses. Se plaint, citique des essais de structuration et ne propose strictement rien.
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Organisations religieuses et communautés musulmanes : chronique d’une arnaque organisée

Par Yasser Louati, le 18/02/2019

Ma dernière chronique avait porté sur la personnalité religieuse, prenant le rôle de l’imam qui la symbolise, lorsqu’elle se range du côté des puissants et contre les faibles. J’avais essayé de mettre en lumière le rôle de certains qui s’accaparent la fonction sans rendre de comptes à celles et ceux qui la lui confient.

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Cette fois, je me suis intéressé aux institutions religieuses, toujours dans l’optique de mettre en lumière les failles qui empêchent l’émergence de leaders, hommes et femmes, courageux, dévoués et légitimes, et celle de communautés musulmanes solidaires, organisées et capables de, non seulement combattre efficacement l’islamophobie, mais aussi de sortir de la posture victimaire dans laquelle on les enferme et capables d’apporter leur contribution à une République française qui ne tient pas ses promesses.

Des masses musulmanes dominées par ceux qui prétendent les représenter

Depuis les années 2000, on a vu une multitude de projets de grandes mosquées et le remplacement de salles de prières insalubres par des mosquées en bonne et due forme… enfin, pas toujours. Des bâtiments sont sortis de terre, des murs ont été érigés et de nouvelles têtes sont apparues pour mener ces projets. Près d’une vingtaine d’années plus tard, on se rend compte que ces têtes sont toujours les mêmes et que les organisations érigées participent elles-mêmes à la domination de celles et ceux qu’on appelle « les musulmans ». Pourtant, on ne cesse d’entendre des appels à l’unité ! Mais tant qu’on confondra unité et hégémonie, on continuera de voir des masses musulmanes dominées par ceux qui prétendent les représenter.

Je le rappelle encore une fois, les communautés musulmanes étant des communautés de foi, le lieu où s’exprime cette foi est d’abord le lieu de culte. Et, pour gérer ce lieu de culte, il y a toujours des organisations composées d’hommes et de femmes… ou plutôt, pardon, des organisations composées d’hommes et quasiment jamais de femmes.

Mais que faire lorsque le centre spirituel de cette communauté n’est pas au service des fidèles mais au service d’intérêts personnels ? Ou, pire encore, lorsque ce centre spirituel devient un centre où l’on tente de pacifier les fidèles à coups de prêches et d’envolées lyriques pour qu’ils acceptent la domination, l’injustice et pour qu’ils s’en accommodent ?

Des arnaques organisées au nom de la religion

N’est-ce pas une calamité de voir un tel accommodement avec l’injustice ? De voir que bien des lieux de cultes, organisations et personnalités religieuses sont en première ligne pour démolir la lutte contre l’islamophobie ou pour torpiller le travail des associations qu’ils ne contrôlent pas ?

Il faut se rappeler que toutes ces organisations tirent leur pouvoir des fidèles. Mais combien d’entre elles sont réellement à leur service ? Pour le savoir, demandez aux fidèles dans chaque lieu de culte s’ils sont consultés lorsque des décisions sont prises, si on leur rend des comptes sur les finances, si la transparence est de mise, si les bureaux de ces associations sont réellement représentatifs de la diversité des fidèles, aussi bien dans leurs opinions, leur genre, leur classe ou leurs origines… Demandez-leur s’ils ont un quelconque contrôle sur ces organisations et s’ils sont capables d’affirmer que l’association apporte une contribution positive aussi bien à leur vie qu’à celle de la collectivité.

Si la réponse est non, ces organisations sont alors une arnaque organisée au nom de la religion. On ne peut pas concevoir qu’une organisation prétendant servir une communauté soit d’abord au service d’une poignée d’hommes et de leur cour ou bien au service d’un État et de ses agents. Ce mode de fonctionnement qu’on maintient à coup de culpabilisation des masses, d’omerta, de chantage émotionnel, de solidarité mal placée et de dévoiement des Textes sacrés, rend impossible toute émancipation de celles et ceux qu’on appelle « les musulmans » qui gravitent autour des lieux de culte.

Une confiscation du pouvoir des fidèles

On en est témoin depuis plusieurs années avec le phénomène des personnes qui quittent les mosquées et ne veulent plus y mettre les pieds, non pas à cause d’un rejet de l’islam mais par rejet de ceux qui l’ont pris en otage, par rejet de ceux qui font des lieux de culte un centre de pouvoir personnel, et par rejet de ceux qui regardent et se rendent complices par leur silence.

Alors bien sûr, aujourd’hui, la gestion des lieux de culte basée sur le modèle d’un chef autocrate et de sa cour est peu à peu remplacée par un modèle un peu plus sophistiqué. On lance un projet, on le vend aux musulmans comme « projet pour la communauté » puis, une fois le projet financé, il devient une entreprise tenue par les seuls porteurs du projet. Et en retour, les mêmes musulmans qui ont financé ce projet se retrouvent clients de cette entreprise au lieu d’en être les premiers bénéficiaires. Chapeau les artistes, vous avez trouvé la bonne arnaque pour ne pas avoir à rembourser la banque ou rendre de comptes à des investisseurs.

Ce n’est donc pas la religion qui est une escroquerie mais les escrocs qui sont devenus religieux.

Au-delà de cette confiscation du pouvoir des fidèles, comment expliquer que les organisations religieuses ne travaillent que très rarement, si ce n’est jamais, ensemble? J’en ai été témoin pendant l’état d’urgence et le pic des représailles contre les musulmans sous forme de perquisitions et de mises à sac des lieux de culte par la police ou la gendarmerie. Aucun imam ou association parmi ceux qui ont été ciblés n’a pu compter sur la solidarité d’un autre.

Pouvons-nous être surpris ? Absolument pas. Ces organisations religieuses, étant elles-mêmes gérées par des patrons aux ambitions strictement personnelles, se retrouvent donc naturellement rivales entre elles. Il ne peut y avoir de solidarité ou d’action collective avec des organisations gérées comme des entités capitalistes constituées pour servir des intérêts privés.

Quand je dis patrons, je n’exagère en rien. Comment appeler quelqu’un qui collecte des fonds auprès des fidèles au nom de Dieu et de la communauté puis enregistre une SCI en son nom propre pour faire de la mosquée un bien personnel ? Comment appeler un homme qui prend le pouvoir à la tête d’une association et y reste grâce à des élections truquées ou, comme c’est souvent le cas, sans qu’il n’y ait jamais d’élections transparentes ?

Cerise sur le gâteau, après avoir vendu un projet de mosquée pour tout le monde, se rend au consulat de son pays d’origine pour que la mosquée y soit affiliée, ou encore, en fait un centre de pouvoir au service de sa confrérie, Frères musulmans, salafis ou tabligh. Quant aux fidèles qui espéraient un sanctuaire pour eux-mêmes et leurs enfants, ils pourront toujours aller voir ailleurs.

Avec le temps, une sophistication du pire

A titre personnel, je remarque depuis le milieu des années 1990 non pas une évolution vers le meilleur mais une sophistication du pire. Le marché de l’organisation de l’islam de France étant en pleine ébullition depuis la chute de Tariq Ramadan, chacun y va de sa promesse pour représenter ceux qu’on appelle « les musulmans » en jurant « ô Combien ! » il est dévoué à la cause et « ô Combien ! » il est désintéressé. Mon œil !

Il faut être politiquement immature pour croire qu’une révolution aura lieu et que ces arnaques prendront fin grâce au projet d’un seul individu et de sa cour qui ne rendent de comptes à personne. La centralisation est toujours un aveu de soif de pouvoir et le spectacle des entrepreneurs de l’islam de France n’annonce pas l’émancipation des masses musulmanes mais la préservation de leur exploitation, leur domination et, pour citer un ami, « remplacer le paternalisme blanc par le paternalisme basané ».

Pas étonnant que, face à un tel spectacle, l’État se permet encore de choisir ses serviteurs parmi ceux qui veulent représenter les musulmans au lieu que ces derniers imposent leurs propres représentants qui restent sous leur contrôle.

Quelle serait donc la solution ? Tout comme les gens en général sont indisposés à accepter l’injustice, l’humiliation ou de voir leur intelligence insultée, il serait peut être salutaire que les fidèles se révoltent et prennent le contrôle de leurs lieux de cultes, de leurs associations et qu’ils fassent sauter les verrous qui empêchent toute émancipation. Ces lieux et ces organisations, lorsqu’elles parlent en votre nom et se financent auprès de vous, vous appartiennent et à personne.

Si ces organisations et les personnes qui les composent ne vous rendent pas de comptes, vous pouvez être sûres qu’elles en rendront à quelqu’un d’autre. Demandez-vous si ce quelqu’un d’autre a en tête votre intérêt ou celui de vos enfants.

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