Commentaires

F
François Carmignola
le 12/05/2019 à 10:36
Contrairement à ce qui est avancé ici un peu rapidement (on peut être amené à faire des jeux de mots inappropriés par manque de culture), Al islam (la soumission à Dieu) n'a bien sur rien à voir avec Al Salam, la paix, qui est d'ailleurs utilisé comme un autre nom de Dieu. La confusion entre les deux termes n'est pas que grammaticale (une attitude, par rapport à un état) ou factuelle (la soumission totale à une autorité sans partage étant bien sur une manière d'instaurer la paix), elle est voulue et fait partie d'une propagande destinée à déguiser aux yeux des mécréants ce qui les attend dans un monde futur; si bien sur cette paix là s'instaure un jour... Car il faut savoir que la pratique de la grande religion de paix dans sa zone d'origine n'est pas hélas associée à l'absence de guerre...
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Vivifions la Journée internationale du vivre ensemble en paix !

Par Eric Geoffroy, le 11/05/2019

Conscience soufie

Le 8 décembre 2017, l’ONU a adopté à l’unanimité des 193 Etats membres la résolution de célébrer, chaque 16 mai, la Journée internationale du vivre ensemble en paix (JIVEP). Cela s’est fait à l’instigation du cheikh Khaled Bentounès, personnalité de l’islam et du soufisme impliquée depuis longtemps dans l’enseignement et la diffusion de la paix. La paix intérieure bien sûr, mais celle-ci doit rayonner dans le monde, n’y a-t-il pas urgence ? Le vivre-ensemble, en effet, ne nous y trompons pas, concerne et implique toute la chaîne du vivant.

Au nom du principe d’Unicité (Tawhid), l’islam reconnaît et affirme l’interdépendance qui tisse une trame de solidarité, non seulement entre les humains mais, au-delà, entre toutes les créatures. L’infinie complexité de la vie est possible grâce à l’Unicité : « Ma miséricorde embrasse toute chose. » (Coran 7 : 156) La rahma est cette matrice divine qui permet d’englober et de protéger toutes les possibilités créaturelles. Soit nous vivrons tous sous l’égide du Vivant (le Nom divin al-Hayy), soit cette humanité partira.

Osons une définition en plein, et non en creux, de la paix

Nous formons un seul corps, et on ne peut plus le nier face à l’enseignement de la physique depuis un siècle, et de la révolution informatique qui a « mondialisé » notre planète : « Vous venez tous d’Adam, disait le Prophète, et Adam vient de la Terre. » Être égoïste, à l’échelle de l’individu, du groupe ou d’un État, est donc devenu maintenant une pure aberration. Que nous le voulions ou non, il nous faut passer de la culture du « je » à celle du « nous ».

Qu’est-ce que la paix ? Ce n’est pas l’absence de conflit, c’est un état d’être, de conscience. Osons une définition en plein, et non en creux, de la paix. Nous devons habiter, incarner, le Nom divin al-Salam. « Islam » signifie avant tout « entrer en paix ».

Vivons cette parole du Prophète : « Semez la paix, aidez le nécessiteux, fortifiez les liens entre vous, et veillez la nuit quand les gens dorment. » Ce conseil visait les nouveaux croyants musulmans de Médine, mais le Prophète avait évidemment en vue toute l’humanité à venir. Il nous faut désamorcer toute volonté d’hégémonisme, d’où qu’elle vienne. Le penseur algérien Malek Bennabi disait en ce sens : « Le musulman n’a pas besoin d’un État pour dominer le monde, mais d’une conscience pour participer au drame de ce monde. »

Quelques propositions

Tout passe par l’éducation. « Nous avons créé des académies militaires, mais pas d’académies de la paix », note le cheikh Khaled Bentounès. Si une part minime des budgets militaires de chaque pays était consacrée à la paix, cela changerait la vie de tous les humains.

L’éducation agit d’abord par la psychologie : comment désamorcer les pulsions qui nourrissent la violence et la guerre ? Pulsions qui proviennent de la peur, de l’ignorance, et du manque d’amour.

L’éveil des humains passe par le développement de la spiritualité, qui seule est à même de susciter une conscience unitive, à ouvrir à l’universel : « Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu. » (Coran 2 : 115) Je ne peux exclure personne, aucune « face ». Il passe également par la conscience écologique : à cause de l’égoïsme des humains, chaque jour des espèces animales et végétales disparaissent. Il passe encore par l’harmonie entre les sexes. La place du féminin - et pas seulement de la femme biologique - doit prédominer dans l’humanité actuelle pour contrebalancer la masculinité dévoyée que nous connaissons depuis la modernité européenne, à partir du XVIIe siècle.

Il y a un malaise profond dans la civilisation humaine actuelle, qui transparaît aussi bien dans le capitalisme éhonté, dans le scandale des rapports Nord-Sud, et celui des migrants, que dans le post-humanisme et la manipulation accélérée du génome humain.

Engageons-nous concrètement dans une action, ou dans la diffusion de ce message de paix, car il nous concerne tous sans exception. Un site est dédié à l’événement du 16 mai, vous y retrouverez toutes les manifestations liées à cet événement ici.

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Président de la Fondation Conscience soufie, Éric Geoffroy est islamologue, spécialiste du soufisme, professeur à l‘université de Strasbourg. Il travaille également sur les enjeux de la spiritualité dans le monde contemporain. Auteur d’une douzaine d’ouvrages, il a notamment publié L’islam sera spirituel ou ne sera plus (Le Seuil, 2016) ; Un éblouissement sans fin – La poésie dans le soufisme (Le Seuil, 2014) ; Le Soufisme (Eyrolles, 2013).

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