In memoriam Roland Michaud

In memoriam Roland Michaud

Par Clara Murner, le 13/06/2020

Il y a des noms mythiques dans mon cheminement spirituel, qui m’ont indiqué la voie, tels des étoiles brillantes, depuis plusieurs décennies : Arnaud Desjardins, Guy Monnot, Anne-Marie Schimmel, Faouzi Skali… Roland et Sabrina Michaud en faisaient partie, dès les premiers pas de ma quête.

Aussi, quelle émotion quand je les ai rencontrés, en chair et en os, à Fès, lors du second Festival des musiques sacrées, où ils exposaient leurs photos. C’était un après-midi paisible, dans un endroit calme, loin de la rumeur de la médina. Ces immenses artistes, ces fabuleux photographes, au travers des images desquels s’était dévoilé à mes yeux un monde grandiose, presqu’irréel, se tenaient devant moi, en toute simplicité, abordables au possible, bienveillants, chaleureux, presqu’étonnés qu’on s’intéresse à leurs œuvres.

Comme le dit le cheikh Al-Alawî, « le vrai chercheur sur son visage porte un signe, sur son front luit une lumière rayonnante. Il est toujours proche, courtois, respectueux, résolu, indulgent envers les censeurs, honorant l’ami véritable ».

Un couple, une personne à deux visages

Quand je pense à Roland Michaud, qui nous a quitté le 26 mai, ma pensée va vers Sabrina, tant il paraît impossible d’imaginer l’un sans l’autre, tant ce couple était un, une seule personne à deux visages. Rares sont les couples d’artistes rayonnant d’une telle authentique grâce que seule peut refléter la qualité des âmes.

La deuxième fois et la dernière fois que je les ai vus, c’était dans un autre festival, le deuxième Festival soufi de Paris. Je les ai retrouvés toujours aussi simplement et chaleureusement. Je me souviens qu’ils me gardaient toujours une place à côté d’eux, aux conférences et aux spectacles. Quel honneur ! Et quel bonheur de partager, dans le secret des cœurs, le même intérêt et le même amour pour ces cultures soufies qu’ils ont tant contribué à faire connaître.

Nous parlions peu, sachant que nous appartenions à un même monde où la lumière est d’autant plus belle que les mots sont rares, mais plein de sens. Le langage des amoureux d’Allah. Il était là, assis à côté de moi, et il est parti dans cet infini de Lumière qu’il a passé sa vie à nous faire voir à travers les merveilles du monde de l’islam, de cet Orient mythique qui nous donne la nostalgie de notre vraie patrie. Puisses-tu, cher Roland, pénétrer dans la Lumière infinie, loin de nos yeux, mais proche, toujours davantage, de nos cœurs.

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