Pourquoi le bel agir - al-ihsan - est une source de purification et de bonheur

Pourquoi le bel agir - al-ihsan - est une source de purification et de bonheur

Par Malika ZIRI, le 01/07/2020

Jacques Berque a traduit dans sa traduction du Coran le mot al-ihsan (إحسان) par le « bel agir ».

En effet, si on revient à l’étymologie du mot H-S-N selon Maurice Gloton dans son livre Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, il y a l’idée de beauté et de bonté en soi, d’excellence. Al-mouhsine c’est celui qui agit avec excellence : le bel agissant.

La finalité du musulman, c’est d’atteindre cet état de bonté et de beauté intérieure. C’est une finalité qui guide nos pas chaque jour. Malheureusement, on confond la finalité et les moyens utilisés pour atteindre cette dernière. Les actes d’adoration comme la prière, la zakat, le jeûne, sont des moyens pour nous ennoblir, pour nous amener notamment à maîtriser notre ego (nafs) et améliorer nos caractères : atteindre l’excellence dans le comportement. Telle était une des missions du Prophète : « J’ai été envoyé pour parfaire les caractères et les ennoblir. » Hadith

Être au service de Dieu, c’est aussi être utile à l’humanité tout entière

Al-ihsan, selon la parole du Prophète Muhammad (paix et bénédiction soient sur Lui), « c’est que tu adores Dieu comme si tu Le voyais et si tu ne le vois pas, sache que Lui te voit ». Être conscient que Dieu nous voit en ayant cette conscience que nous ne le voyons pas, mais que nous avons la certitude d’être vu amène forcément à plus de conscience dans nos agissements. Adorer Dieu, c’est être à Son service. Et l’adoration ne s’applique pas qu’aux actes d’adoration.

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Être au service de Dieu, c’est aussi être utile à l’humanité tout entière. Comme cette histoire de l’homme qui sauva un chien de la soif. « Alors qu'un homme marchait sur une route, voilà qu'il ressentit une grande soif. Il trouva alors un puit, y descendit et but l'eau du puit. En remontant, il vit un chien haletant et léchant la terre humide, tellement il avait soif. L'homme se dit : « "Ce chien souffre de la soif autant que j'en souffrais moi-même." Il redescendit dans le puits, remplit sa chaussure, la tint avec ses dents et remonta. Il en abreuva le chien et Allah loua son acte et lui pardonna ses péchés. Ils dirent : "Ô Messager d'Allah ! Avons-nous une récompense pour nos bonnes actions envers les animaux ?" Il dit : "(Pour celui qui fait du bien) à toute créature vivante, il y a une récompense." » Hadith.

La conscience du sacré et du bien pour nous rapprocher de Dieu

Le bel agissant (al-mouhsine) a une conscience de ce qui est sacré. Comme l’histoire de Salomon avec les fourmis : « Quand enfin ils arrivèrent à la vallée des fourmis, une fourmi dit : « Ô vous les fourmis ! Entrez dans vos demeures pour éviter que Salomon et ses armées ne vous écrasent sans en prendre conscience ! Alors Salomon ne peut s’empêcher de sourire, riant de son propos. Et il dit : Mon Enseigneur ! Incite-moi à être reconnaissant du bienfait que Tu m’as accordé ainsi qu’à mes géniteurs, et à agir en être intègre dont Tu es satisfait. Et par Ton Amour rayonnant. Fais-moi entrer parmi Tes serviteurs intègres ». (Sourate 27, verset 18-19)

Avoir cette conscience de l’infiniment petit et du respect qu’il lui est dû participe à une vision qui dépasse notre monde matériel. En effet, nous ne sommes pas seulement des consommateurs. Nous ne sommes pas nées simplement pour manger et pour boire, ou nous amuser. Nous sommes plus que cela. Nous sommes des êtres spirituels. Nous possédons un esprit (ruh) qui tend vers Dieu, mais nous possédons aussi un corps ; un ego (nafs) qui tend vers le monde matériel. Et la conscience qu’Allah nous voit, alors que nous ne le voyons pas participe à cette élévation spirituelle, en ayant une maîtrise de son ego et de son corps.

En étant conscients que nous sommes vus, nous devenons plus présents à ce qui est dans l’instant présent. Cela nous mène donc forcément à tendre vers le bien. À condition que nous ayons conscience que l’essentiel dans cette vie est de faire (le bien).

« Vraiment, Allah ordonne l’équité et l’excellence (i[al-ihsan) et le don aux proches, et interdit la corruption et le blâmable et l’excès. Il vous exhorte. Puissiez-vous vous rappeler ! »]i (Sourate 16, verset 90)

« Et faites circuler les biens dans le chemin d’Allah. Et ne vous jetez pas de vos propres mains dans la perdition. Comportez-vous avec excellence. Vraiment, Allah aime les excellents (al-mouhsinine). » (Sourate 2, verset 195)

Comme on peut le voir, faire le bien est étroitement lié au mouhsine. Et pour être un bel agissant, Dieu nous exhorte à faire le bien, et de nous éloigner de la turpide, des mauvais actes, et de l’injustice qui est en opposition avec le bien. Et de plus, en faisant le bien, nous nous rapprochons d’Allah, en étant aimés par Lui.

Les bonnes actions, source de purification du cœur

Le bel agir n’a pas d’équivalent. Non seulement nous sommes aimés de Dieu, mais de plus elle nous apporte un bonheur incommensurable.

En effet, lorsque nous faisons de bonnes actions, nous en sentons l’effet immédiat. Nous en faisons l’expérience dans notre quotidien : un sourire, une place laissée dans le bus, une donation, un échange amical… A cet effet, lorsque nous faisons du bien autour de nous, c’est à nous-mêmes que nous nous faisons du bien. C’est comme un effet de boomerang : la conséquence de nos bonnes actions nous revient.

Faites-en l’expérience, lorsque vous aidez quelqu’un ne serait-ce que lui tenir la porte, ou laisser la place dans le bus ; ou apporter son écoute, son soutien… Il se passe des choses dans notre cœur, qu’on ne maîtrise pas. C’est une vraie thérapie pour se sentir mieux.

La bonne action nettoie notre cœur. En effet, cette parole du Prophète Muhammad le confirme : « Fais suivre la mauvaise action d'une bonne action, celle-ci l'effacera. »

Le cœur se purifie et nous en voyons les effets. Et nous pouvons sentir, le contraire : une gêne, un mal-être lorsque nos actes ne sont pas en conformité avec les valeurs universelles, la sincérité, la bonté, le respect, etc. Même un enfant lorsqu’il est pris en flagrant délit est gêné. Lorsque notre cœur est sain, nous sentons cette gêne.

Selon un hadith, notre cœur nous informe : « Le mal est ce qui tourmente ta conscience et met ton cœur dans l’hésitation, quoique les gens te donnent un avis contraire et insistent dessus plusieurs fois. » Mais lorsque le cœur est corrompu, nous pouvons ne sentir aucune gêne. C’est le signe d’une bonne santé d’avoir cette conscience qui préserve notre cœur de la corruption et nous amène à être dans le bel agir.

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