Le contrat de la salat en islam

Le contrat de la salat en islam

Par Amara Bamba, le 16/04/2022

Chroniques du Ramadan

On connaît la salat comme obligation divine. Un acte quotidien qui exige un état de pureté rituelle, les ablutions, une direction (qibla), des horaires, une gestuelle, la Fatiha... Le rituel est bien codé.

Avec ce codage fort strict, la salat se prête mal au sens du mot « prière ». Pourtant, elle comporte une part de prière même si l'aspect rituel de la salat semble l'emporter sur sa dimension de prière.

En islam, la du'a convient au mot « prière », au sens de libre présentation de doléances. De même que la répétition du dhikr est bien une « prière méditative ». L'analyse montre que la du'a et le dhikr sont des types de prières qui se retrouvent dans la salat, la prière rituelle de l'islam.

C'est pourquoi, la pédagogie de la salat privilégie le rituel sur le contenu. Les horaires, le nombre de rakaat et autres données techniques comme la réparation des erreurs sont mis en avant. On aborde peu la nature de cet acte d'adoration. Evoquons alors ici la symbolique de la gestuelle pour ensuite situer la salat dans sa dimension de contrat spirituel singulier.

La salat, une chorégraphie bien huilée expliquée

Les maîtres expliquent la gestuelle de la salat comme une communion de l'être humain en position d'intermédiaire du cosmos pour s'adresser à Dieu. On se fonde sur les trois positions de base de la salat : le qiyam, la station debout, le ruku, l'inclinaison, et le sudjud, la prosternation.

Pour devenir une conscience accomplie dotée du libre arbitre, un humain passe par le stade minéral avant incarnation. Une fois l'âme incarnée, l'humain passe une phase végétative au sein de sa mère. Il expérimente ensuite l'état du règne animal avant sa prise de conscience, pour être responsable.

Dans la chorégraphie de la salat, la stabilité du qiyam symbolise une communion avec le monde minéral et le ruku une évocation du règne animal. Quant au sudjud, le front contre le sol fait référence au monde végétal où les plantes, se nourrissant par les racines, ont la tête plantées dans le sol.

Ainsi, dans la symbolique de la salat, le fidèle fédère non seulement l'ensemble des règnes mais il se pose en « porte-parole » avec les versets divins de la salat. Dans la symbolique de la salat, cela rappelle l'honneur fait à notre Père Adam (PBSL) comme premier calife de Dieu sur Terre. L'approche symbolique est à corréler avec la nature de la salat. Car si on sait pourquoi la salat est instaurée, il est bon de se rappeler ce qui est fait durant la salat, ce pour quoi elle existe.

La salat, un contrat bilatéral important et exigeant

Cette « nature de la salat » remonte à la treizième année de la Prophétie, lors du Miraj, l'ascension nocturne au cours de laquelle le Prophète est reçu en hauts lieux, dans les Cieux. Pourquoi ?

Le Coran est essentiel en islam. Une guidance. Une information dont le flux va de Dieu vers l'humain. Sa révélation se fait par l'intermédiaire de l'Ange Gabriel. Par contre, la nature de la salat exclut un intermédiaire car elle est une cérémonie de signature de contrat !

La salat me paraît un contrat bilatéral de type spécial. Un pacte entre le Créateur et sa créature. Un contrat important et exigeant qui nécessite la « rencontre » et des négociations entre les signataires et des engagements des partis. C'est pourquoi, dit le Prophète, « Pas de salat sans sourate Al-Fatiha ».

Sur les plus de 6 000 versets dans le Coran, les sept versets de sourate Al-Fatiha sont les seuls obligés. Car, en réalité, les termes du contrat de la salat sont inscrits dans la sourate Al-Fatiha. C'est tout l'objet de « Le pacte de la Fatiha » où je démontre les clauses de ce pacte spirituel de l'islam.

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Amara Bamba, président du collectif Muhammad Hamidullah, est enseignant, diplômé en anthropologie (EHESS-Paris). Il est l'auteur de Muhammad Hamidullah, un intellectuel musulman de France, à paraître.

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