Présidentielle 2022 : Oui, barrons la route de Marine Le Pen mais stoppons aussi l'infantilisation !

Présidentielle 2022 : Oui, barrons la route de Marine Le Pen mais stoppons aussi l'infantilisation !

Par Mohammed Colin, le 17/04/2022

Le questionnaire sondage sur le vote du second tour de l'élection présidentielle 2022 réalisé sur Saphirnews.com nous fait observer qu’à peine 11 % de nos lecteurs interrogés voteraient Emmanuel Macron par conviction. Moins de 26 % vont reporter leurs suffrages sur le président sortant dans l’espoir de faire barrage à l’extrême droite.

Seulement 36 % de nos lecteurs pensent nécessaire de faire barrage au Rassemblement National contre près de 20 % d’un lectorat, précisons français et plutôt de cultures musulmanes, qui voterait Marine Le Pen ! Le plus alarmant, ce sont tous les indécis et ceux qui refusent catégoriquement ces deux candidats : ils représentent près de 44 %.*

On se souvient du vote massif au second tour de l'élection de 2012 lorsque 93 % des musulmans pratiquants avaient mis un bulletin Hollande, d’après l’institut de sondage OpinionWay.

Comment ont-ils été remerciés ? Par une proposition d’une loi sur la déchéance de nationalité ! Un fiasco honteux. On aurait aimé d’un président socialiste, sur la question des quartiers en difficulté, la même énergie qui a permis la loi progressiste du mariage pour tous. Sans parler de cette triste anecdote qui se tient en une image révélant ainsi tout le cynisme de la politique non-inclusive.

Cela se passe un samedi 26 novembre 2016 lorsqu’atterrit l’avion de François Hollande pour le sommet de la Francophonie à Antananarivo. Descend sur le tarmac un président au visage défait, certainement à cause de la pression à Paris d’un Manuel Valls le contraignant à ne pas représenter sa candidature totalement démonétisée. Le président socialiste était accompagné d’une cohorte de conseillers élyséens masculins au visage pâle, raie de cheveux bien à droite et… forcément issus de la haute ! Peut-être quelques transfuges de classe bien propres sur eux-mêmes et de toute façon indiscernables. Faouzi Lamdaoui avait alors été débarqué depuis bien longtemps déjà. Seul pixel coloré de la photo : la jeune slameuse malagasy Caylah. Quel contraste saisissant avec la délégation du Premier ministre canadien Justin Trudeau. Du pop art !

Mais revenons aux enjeux de ce scrutin présidentiel 2022. Quand on voit que 7 musulmans sur 10 ont voté Mélenchon selon le sondage iFOP pour La Croix, nous sommes obligés de reconnaître le désaveu cinglant de la politique macroniste. Un quinquennat trop à droite axé sur le sécuritaire et l’immigration.

Certaines dispositions de la loi confortant nos principes républicains étaient importantes pour une meilleure gestion des lieux de culte. Mais la communication au début des débats sur la loi dite contre le séparatisme a été totalement contre-productive. De plus, les fermetures de mosquées ont été mal vécues par l’ensemble des musulmans de France, y compris ceux non pratiquants. Outre la légitimité politique de lutter contre le radicalisme islamiste, ce type de politique devait capter l’électorat d’extrême droite. Au mieux un coup d’épée dans l’eau. Au pire cela n’a fait qu’amplifier les extrêmes de tout bord.

Pourtant, nous reconnaissons à Emmanuel Macron deux mesures courageuses : le dédoublement des classes de CP et CE1 en ZUS et la rupture avec l’islam consulaire en débranchant le Conseil français du culte musulman (CFCM). Deux éléments aussi en sa faveur : la bienveillance de son administration qui a accompagné l’organisation du culte musulman par le bas ayant conduit au Forum de l'islam de France (FORIF) et son refus catégorique d’inscrire dans la loi une quelconque interdiction du port des signes religieux. Ces positionnements contredisent l’arrogance qu’on lui prête mais pas suffisamment pour neutraliser le ressenti négatif si on n’est pas un militant LREM.

Stop à l'infantilisation !

Notre corps social est cependant souffrant de la tête jusqu’aux pieds. Une ambiance crépusculaire d’une démocratie qui va à vau-l’eau.

Alors, il y a les mobilisations citoyennes et surtout les plateformes politiques de la 25e heure issues de l’immigration (du type les Arabes et les Noirs parlent aux Noirs et aux Arabes) qui mettent leur doigt tremblant sur la couture du pantalon et clament représenter les sans-voix, en faveur du candidat sortant. Du personnel politique et militant professionnel qui, après avoir obtenu les positions dorées et surtout non exposées, leur « 06 » ne fonctionnera hélas plus du tout. Allô ? Allô ? ça sonne libre. Oups, le répondeur est plein !

En attentant, on mise tout sur l’effet pavlovien de l’extrême droite. Et sur les vieilles recettes de 1983, date de l’arrivée pour la première fois du Front National dans un exécutif local, à savoir Dreux. Est-ce vraiment sérieux de toujours appliquer les mêmes méthodes concoctées par les tantines et tontons vieux briscards qui ne font que renforcer, à chaque échéance électorale, les populismes, qu’ils soient d’extrême droite, de gauche, sans oublier les islamo-identitaires ?

Devons-nous pour autant céder au désenchantement politique ? Non ! Parce que nous, fondateurs (Mourad Latrech et l’auteur de ces lignes) de ce média, sommes issus de cette ville qui, en 1983, a vu le Front National allié au RPR local renverser Françoise Gaspard - l’une des premières femmes à être maire d'une ville en France - et avons été marqués dans nos chairs par les dégâts occasionnés par la politique de Jean-Pierre Stirbois, bras droit de Jean-Marie Le Pen.

Oui, nous devons tout faire pour barrer la route de l’extrême droite vers le pouvoir. Mais le candidat républicain devra donner des gages beaucoup plus solides qu’une simple photo avec une femme voilée. La mesure annoncée du versement automatique des prestations sociales, qui va dans le bon sens, n’y suffira pas ! Il faut un véritable virage à gauche en s’appuyant sur des mesures fortes qui favoriseront l’inclusion sociale et économique mais aussi la reconquête de soi des plus fragiles, qu’ils soient franchouillards ou basanés aux cheveux crépus. Qu’importe s’il faut appeler cela du gaullisme social. Mais il y a obligation de résultats ! Il faut créer du perceptible dans la vie des gens. Comme en logistique, seul le dernier kilomètre compte et c’est forcément le plus couteux !

*Résultats en date du dimanche 17 avril sur quelque 1 300 lecteurs interrogés en ligne.

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