Nuit du Destin - Laylat al-Qadr : quand le Coran vient à nous

Nuit du Destin - Laylat al-Qadr : quand le Coran vient à nous

Par Amara Bamba, le 27/04/2022

Chroniques du Ramadan

La 27e nuit du Ramadan, an 610, fut une nuit bénie, une nuit qui vaut mille mois. C'est elle qu'on honore ce soir, celle où un homme, Muhammad ibn Abdallah, est devenu Muhammad Rassul Allah. Il commença sa journée en paisible père de famille, il finit la journée en dernier né de la famille des Messagers. Que la paix de Dieu et Sa miséricorde le comblent, sa famille, ses successeurs, nos maîtres spirituels.

La nuit du Destin, Laylat al-Qadr, accouche d'un monde nouveau. Un scénario dans la Tradition où l'ange trouve le Prophète dans sa retraite pieuse. Il lui enseigne les ablutions, lui présente un écrit et lui demande de lire. Le Prophète répond : « Je ne sais pas lire ! » Bénis sois-tu Muhammad, l’illettré qui nous laisse de la Lecture en héritage. Un homme qui ne sait ni lire ni écrire mais qui pense à faire écrire des paroles qu'il reçoit et qu'il ne comprend pas toutes. Pour moi, quand on parle de génie, là commence le génie prophétique, de générosité et de partage.

Notre esprit analytique à l'épreuve

L'ange serre encore plus fort : « Je ne sais pas lire », répète-t-il. Avant de dire : « Que dois-je lire ? » « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l'humain d'une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble, Qui, par la Plume a enseigné. Il a enseigné à l'humain ce qu'il ne savait point. » (Sourate 96)

Bénis sois-tu Ô noble Coran, qui fait l'éloge de la Plume, l'éloge de la culture, l'éloge de la science à un homme sans science, sans culture, sans plume. Tu le trouves sans science et la connaissance est ce que tu lui offres. Car il a foi en un Seigneur unique, Celui qui a créé l'humain.

Dieu choisit le Messager qu'Il veut. Un esprit conscient mais vierge d'instruction. Un esprit libre des formatages de son temps. Ils diront qu'il a perdu la tête, qu'il est habité par des djinns. Plus tard, les juifs, ses voisins, se moquent. Eux sont lettrés, savants et attendent leur Prophète depuis bien longtemps.

Parvint le message suivant : « Noun ! Par le Qalam et ce qu'ils écrivent ! Par les grâces de ton Seigneur, tu n'es certes pas un possédé. Pour sûr, tu jouis d'un solde ininterrompu. Et tu es certes d'un caractère noble. Observe, qu'ils observent, celui de vous deux qui est possédé. » (Sourate 68) Ce serment suffit à intriguer l'adversaire. Un illettré qui déclare « Noun ! », une lettre de l'alphabet. Un inculte qui jure par la Plume qu'il ne sait tenir entre ses doigts. Un Arabe de ces Arabes qui se vante de la noblesse de son caractère par les grâces de son Seigneur !

« Noun ! » C'est intriguant. Un défi hors temps qui demeure jusqu'à ce jour. « Noun ! », dit-il, dit le Coran comme pour nous narguer, mettre notre esprit analytique à l'épreuve. Il a dit « Noun ! », et à nous d'y trouver du sens. Nous y spéculons encore et encore depuis 1 500 ans bientôt ! Déjà la mission est ouverte, Rassul n'a plus de doute. Mais il y a cette vision d'ange, ce phénomène paranormal qui le terrifie. Des acouphènes de clochettes qui le perturbent. Il a froid et se couvre de son manteau quand ça commence. Début de mission. D'autres messages arrivent. Il faudra s'y faire !

Une révélation consolidée par Al-Fatiha, un bijou spirituel

Quand il ressent la présence de nouveau, cet ange, cette voix de nulle part, il se fait couvrir d'une bien chaude couverture. Il faut bien supporter cette énergie inhabituelle, l'énergie du Coran. Or, même là, sous sa couverture, il se fait repérer et le message lui est donné, non sans une dose d'humour! « Ô toi sous les draps ! Lève-toi et prie l'essentiel de la nuit. Sa moitié, sinon un peu moins ; ou peut-être un peu plus. Et psalmodie le Coran. Lourde est la parole que nous allons te confier... » (Sourate 73) Le processus est en cours, il va durer 23 ans en tout. Un monde nouveau se construit !

Le Messager de Dieu est en place. Le message est là, en langue arabe pour le monde entier. A nous de l'entendre de le méditer au-delà de son véhicule. Dès lors, jusqu'à la fin de ses jours, Muhammad est notre maître. Que la paix et la bénédiction de Dieu le comblent, lui et tous nos maîtres.

La quatrième révélation est dans la sourate 74 : « Ô toi, l’emmitouflé, lève-toi et prêche ! Magnifie ton Seigneur ; purifie tes vêtements et de toute transgression, éloigne-toi. Donne sans espérer davantage que tu ne donnes. Et tiens-toi, endurant pour ton Seigneur... » La consigne est claire. Car Rassul sait qu'il doit obéir. Sa mission est lancée. Le matériau disponible est faible à ce stade. Mais il va se consolider avec la cinquième révélation qui est certainement celle que je trouve la plus populaire ; il s'agit de la sourate Al-Fatiha. Toute une histoire !

Rassul sort de chez lui quand il ressent la présence de l'ange. De peur, il se sauve instinctivement. Et quand il finit par se faire conseiller, qu'il accepte d'écouter cette voix d'ailleurs, il reçoit d'un coup la sourate Al-Fatiha. Sept versets. Un bijou spirituel qu'on n'a pas fini de méditer au quotidien.

L'anniversaire du Coran invite à honorer ceux qui ont la capacité de nous situer dans notre ignorance

Depuis la première révélation que reçoit Rassul dans sa retraite en l'an 610, l'islam a fait du chemin. Le Coran est entré dans nos cœurs. Sa lettre est mémorisée, son message est vécu chacun selon ses capacités. Car « Lourde (et importante) est la Parole que nous allons te confier », dit-il verset 5, sourate 73.

Nous l'entendons ainsi. Car la Parole du Créateur à Sa créature est précieuse. Une Source infinie, le message l'est aussi. Il n'y a pas mieux que le Coran pour parler de lui-même. Parfois avec humilité, sinon avec défi. Mais surtout le Coran nous met en garde contre notre suffisance d'humain.

En ce jour d'anniversaire, pour lui rendre honneur, il me plaît de citer Al-Imran que le lecteur doit savoir garder à l'esprit quand il ouvre ce Livre : « C'est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : s'y trouvent des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre. D'autres versets peuvent prêter à interprétations diverses. Les gens qui penchent vers l'égarement mettent l'accent sur ces versets à équivoque. Ils cherchent la dissension en essayant de leur trouver une interprétation. En vérité, nul n'en connaît l'interprétation en dehors de Dieu... »

C'est pourquoi comprendre le Coran est signe de grande arrogance. Parler d'un Coran clair est d'une grande ignorance. L'un dans l'autre, mon admiration va à celles et ceux qui y travaillent, consacrent leur vie à étudier et enseigner ce Livre dont ils n'auront jamais une maîtrise totale.
L'anniversaire du Coran invite à honorer nos maîtres. Ceux qui connaissent le chemin. Ceux qui ont la capacité de nous situer dans notre ignorance. Ils nous disent où se ternir. Puis ils s'en vont et nous laissent ici continuer sur nos propres chemins.

Que Dieu bénisse nos maîtres. Puisse-t-Il les guider loin de la polémique, dans la lumière de la guidance. Celle que le Livre annonce : « Une guidance pour les pieux. » (verset 2, sourate 2)

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Amara Bamba, président du collectif Muhammad Hamidullah, est enseignant, diplômé en anthropologie (EHESS-Paris). Il est l'auteur de Muhammad Hamidullah, un intellectuel musulman de France, à paraître.

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