Avant la fête de l'Aïd, parfaire son Ramadan avec la zakat al-Fitr

Avant la fête de l'Aïd, parfaire son Ramadan avec la zakat al-Fitr

Par Amara Bamba, le 01/05/2022

Chroniques du Ramadan

La parole prophétique dit que « Dieu nous a donné deux fêtes meilleures » aux fêtes traditionnelles musulmanes. En l'occurrence, il s'agit des deux fêtes de l'Aïd : la fête commémorant le sacrifice d’Abraham et la fête qui marque la fin du Ramadan.

A ces deux fêtes canoniques, notre évolution adjoint bien d'autres célébrations comme Mawlid et l'Achoura qui font régulièrement polémique. Ces disputes saisonnières n'ont jamais porté sur la célébration de l'Aïd al-Fitr.

Après un mois de jeûne et de piété, l'Aïd ne célèbre pas le retour à la table de déjeuner. Cette fête est avant tout un jour de célébration marqué par une réunion de prière. Un jour de réjouissances aussi qui exprime la joie d'accueillir le Coran, une guidance éternelle qui montre la voie à suivre.

Les réjouissances liées à l'Aïd al-Fitr sont, selon les cultures des peuples, diverses et variées. L'essentiel a pour objet le réconfort après l'effort du jeûne. C'est pourquoi une singularité qui marque cette fête de l'Aïd est la zakat al-Fitr qu'il faut distinguer de la zakat al-Maal.

Deux raisons majeures à la zakat al-Fitr

La zakat al-Maal est l'aumône rituelle obligatoire que l'on cite en « pilier de l'islam ». C'est « la part de Dieu dans les biens des hommes », dit le Prophète. Une aumône technique qui a effet de taxe et de don. Il en va autrement de la zakat al-Fitr à payer aujourd'hui. L'impératif répété sur ce sujet est de payer cette aumône avant la fête. C'est ainsi qu'elle apparaît au point d'en oublier les raisons qui sont de deux ordres. Des raisons spirituelles et des motivations sociales.

Du point de vue spirituel, la zakat al-Fitr a pour effet symbolique de combler nos manquements dans la pratique du jeûne. Car le jeûne est une privation globale ; jeûner en actions, en émotions et même en pensée. Si on peut contrôler ses gestes, on ne peut taire ses envies, ses rêveries d'affamé !

L'intention du jeûneur étant intacte, son jeûne reste valide. Mais le Prophète recommande vivement de combler ces aspérités éventuelles avec un don symbolique de nourriture. La pratique prophétique est d'offrir « une mesure » de céréales par personne à charge en plus de lui-même.

Du point de vue social, la zakat al-Fitr est une couverture du Pauvre en ce jour de fête. Car le jeûne du Ramadan incombe aux riches autant qu'aux pauvres. « Préservez-les de la mendicité ce jour-là », a dit Rassul. D'où l'insistance particulière à donner cette aumône avant de célébrer la prière de l'Aïd.

Dans mes souvenirs d'enfant, en Afrique, on se lève tôt le jour de l'Aïd pour aller distribuer des colis de céréales que les parents préparent, au sortir de la prière de sobh. Car, en priorité, la zakat al-Fitr est distribuée dans le proche voisinage. De préférence, elle revient à des jeûneurs, donc musulmans.

Un don librement consenti sans autre attente que d'honorer la voie indiquée par le Prophète

De l'avis général, on peut la donner la veille de l'Aïd, exceptionnellement deux jours avant. Comme la polémique est un cancer qui ronge les os de l'islam, d'aucuns se demandent si on peut l'envoyer à l'étranger ou si on peut la donner à des non-musulmans plus pauvres... A chacun ses réponses.

Cependant, l'on n'a pas besoin d'être riche pour payer la zakat al-Fitr. Celui qui sa subsistance du jour doit la payer. Même s'il n'a que son repas du jour, il doit offrir son surplus à plus pauvre que lui. Telle est la teneur de cette aumône rituelle qui accompagne le mois de Ramadan.

En ce jour de fête, à la suite d'un mois de jeûne, ce tout juridique islamique peut être pesant. Et il est heureux qu'en France, nos maîtres soient d'accord pour payer la zakat al-Fitr en argent à raison de 7 € par personne. Le père, seul avec deux enfants à charge, paye ainsi 3 fois 7 €, soit 21 € minimum.

Il s'agit ici d'aumône à offrir. Un don librement consenti sans autre attente que d'honorer la sunna, la voie indiquée par le Prophète. Et Rassul donnait d'une main sans informer l'autre. En cela, le fidèle est invité à donner avec joie, seule manière de donner à Dieu, Celui qui n'a besoin de rien.

Bonne fête de l'Aïd al-Fitr à toutes et à tous.

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Amara Bamba, président du collectif Muhammad Hamidullah, est enseignant, diplômé en anthropologie (EHESS-Paris). Il est l'auteur de Muhammad Hamidullah, un intellectuel musulman de France, à paraître.

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