Après le Ramadan, choisissons la compassion dans nos assiettes pour l'Aïd

Après le Ramadan, choisissons la compassion dans nos assiettes pour l'Aïd

Par Mimi Bekhechi , le 02/05/2022

Le Ramadan s'achève, l’heure de tourner son attention vers la fête basée sur le partage et la réflexion qu’est l’Aïd-el-Fitr, après un mois entier de charité et d’introspection.

Il est traditionnel de mettre l’accent sur des actions bienveillantes et charitables durant et après le Ramadan et de faire en sorte d’aider son prochain. Ce Ramadan a coïncidé avec des crises qui chamboulent le quotidien d’innombrables personnes, d’une élection présidentielle qui a mis l’accent sur la forte division au sein de notre pays à une guerre qui dévoile toute l’inhumanité possible de personnes en position de pouvoir sur les plus vulnérables.

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Plus que jamais, cet Aïd al-Fitr est l’occasion de faire tout notre possible pour contribuer au bien-être de toutes et tous plutôt qu’à la cruauté et au préjudice que nous constatons autour de nous. Portons un regard poussé sur le rôle que nous pouvons jouer, chacune et chacun de nous, au travers de nos choix au quotidien. Cette phrase vous surprendra peut-être, mais tout peut commencer dès l’assiette. Laissez-moi vous expliquer ce que je veux dire par là.

Faire le choix d’inclure dans notre considération les milliards d’animaux exploités

Bien qu’ils soient des êtres sensibles et intelligents, qui tiennent à leur vie et entretiennent des liens forts avec leurs proches, tout comme nous, les animaux élevés et tués pour finir dans nos assiettes souffrent de manière épouvantable et on ne leur accorde ni pitié, ni charité, ni une once de compassion. Confinés à vie dans de petites cages ou des hangars insalubres, ils subissent des mutilations, des privations et des séparations déchirantes, avant d’être conduits à l’abattoir. Dans l’industrie du lait, on insémine des vaches de force et on leur arrache chacun de leurs veaux pour que le lait leur étant destiné soit vendu à des humains.

Rien de cela n’est en adéquation avec la valeur fondamentale à toutes les grandes religions qu’est la compassion. Le Coran proscrit notamment la cruauté envers les animaux et le prophète aurait enseigné que : « Pour (le bien fait à) chaque cœur humide (chaque animal), il y a une récompense. » Selon lui, les animaux seraient aussi « des communautés » et un récit le voit reprocher à l’un de ses compagnons d’avoir pris un bébé poussin à sa mère en détresse.

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Etant végane et militante animaliste et pour la justice sociale, je constate que tous les combats se recoupent – et qu’agir pour un groupe victime de souffrances n’enlève rien à un autre, bien au contraire, la compassion est un muscle qui se renforce à mesure qu’on le met en pratique. Tous les préjugés, dont le spécisme – qui établit une hiérarchisation arbitraire entre les différentes espèces – reposent sur la même fausse notion de supériorité d’un groupe vis-à-vis d’un autre. Et c’est tout cela qui doit et peut être démantelé.

Le massacre que nous soutenons lorsque nous achetons de la viande, des œufs ou des produits laitiers n’a tout simplement pas lieu d’être. Nous pouvons faire un acte charitable et de compassion à chaque fois que nous nous mettons à table ! Qui plus est, le choix d’une alimentation végane est l’une des principales manières de combattre le réchauffement climatique (une crise de plus qui nous met tous en danger) et est bien meilleur pour notre santé et celle de notre famille.

Alors ce que je demande, en cet Aïd al-Fitr, c’est qu’en conjonction d’actes de bonté envers nos proches, envers les victimes humaines de guerre et notre lutte contre d’autres injustices, que nous faisions le choix d’inclure dans notre considération les milliards d’animaux exploités comme s’ils n’étaient que de vulgaires produits de consommation, tout simplement en les laissant hors de nos assiettes, en cette fête et tous les autres jours de l’année.

Contribuer à un monde meilleur pour tous

Bien heureusement, de nombreux plats traditionnellement servis à l’Aïd al-Fitr sont déjà végans ou peuvent très facilement le devenir, du daal aux samosas en passant par le couscous, le harira, les tajines sant viande, les plats de freekeh, diverses galettes aux légumes et zaatar, sans oublier les desserts, dont le seviyan et les baklawas.

En tant qu'individus, nous n'avons certes pas le pouvoir à notre échelle de mettre fin aux guerres, à la famine, à tous les préjudices et divisions sociales, mais nous pouvons épargner une souffrance quotidienne et une mort effroyable à environ 200 animaux par an, simplement en choisissant de manger végan.

Il est facile – et délicieux – d’accorder nos gestes à nos principes en ce moment sacré en choisissant, à chaque fois qu’on se met à table, de faire preuve de compassion envers autrui et de contribuer ainsi à un monde meilleur pour toutes et tous.

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Mimi Bekhechi est directrice des programmes internationaux de PETA.

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