« Génocide en cours, sauvons les Ouïghours ! » A Paris, une mobilisation ferme contre le régime chinois

« Génocide en cours, sauvons les Ouïghours ! » A Paris, une mobilisation ferme contre le régime chinois

Par Gianguglielmo Lozato, le 08/12/2022

Une marche a été organisée, samedi 3 décembre, par l’Institut ouïghour d'Europe et sa présidente, la sociologue Dilnur Reyhan. Celle-ci a su organiser un événement grâce à son investissement de tous les instants pour la cause ouïghoure.

En deux temps, les Ouighours ont pu capter l'attention du public parisien dans le but de le sensibiliser sur les faits reprochés à l'Etat chinois en matière de respect des droits de l'Homme. Une marche similaire avait été organisée en automne 2021, avec un itinéraire différent, par l’Institut ouïghour pour « briser le silence complice de la communauté internationale et exiger ensemble la reconnaissance et la condamnation des crimes commis à l’égard des Ouïghour·e·s et autres minorités turciques par le régime chinois ».

De l’identité à la culture : un génocide en cours

Parmi les éclaireurs de cet automne ouighour parisien figurait Erkin Ablimit, qui a organisé et présidé le tout récent congrès ouighour international dans la capitale. L'actuel président du gouvernement ouighour en exil, un des plus hauts représentant de la communauté avec Rebiya Kadeer et Dilnur Reyhan, avait pu mobiliser des intellectuels et des politiciens pour la circonstance.

L'approche de la manifestation du 3 décembre se voulait empreinte de détermination. C'est autour de la défense de l'identité culturelle que se sont beaucoup orientés les esprits pendant cette marche. Comme à son habitude, l'eurodéputé Raphaël Glucksmann était présent. A noter également, la présence de l’eurodéputé Yannick Jadot d’Europe Ecologie-Les Verts, d'Olivier Faure du Parti socialiste, de la figure militante Omer Alim, qui reste sans nouvelles de sa famille depuis 2017, ou encore d’Irfan Anka, anciennement important journaliste avant son départ pour l'exil.

Mais le rôle déterminant revient à l'universitaire Dilnur Reyhan. Une femme à l'allure discrète mais caractérisée par l'immensité de son talent oratoire au service de son peuple. Une personnalité intellectuelle qui insuffle la dignité comme fil conducteur de la manifestation, en mettant l'accent sur l'urgence de la tragédie. La fermeté du principal slogan du jour en est le reflet : « Génocide en cours, sauvons les Ouïghours ! »

Des Ouïghours attentifs pour sensibiliser à leur cause

De Bastille à la Place de la Nation, l'événement du week-end a été parfaitement organisé, avec une réelle symbiose entre service d'ordre privé et encadrement policier strict mais bienveillant. Une impression confirmée par un fonctionnaire de police en civil, qui nous a affirmé : « Le plus important est d’accomplir mon travail, quelle que soit la mission. Mais quand c'est pour une cause comme celle d'aujourd'hui, c'est une satisfaction d'y être. L'objet de la manifestation est vital. Avec les Ouighours, ça se passe très bien, mais restons vigilants quand même, comme pour tout sujet sensible. »

Le cortège discipliné mais convivial s'est caractérisé par l’aspect hétéroclite des manifestants. Les ressortissants ouighours avaient la mine grave mais étaient avenants envers leurs interlocuteurs qui prenaient la peine de les questionner sur la situation tragique au Turkestan oriental. Parmi les marcheurs extérieurs à la diaspora, on pouvait trouver des membres de la communauté tibétaine ou encore de la péninsule indochinoise.

Un échantillon représentatif varié

Des manifestants non originaires d’Asie étaient aussi présents à la marche comme Stéphane et Sandrine, tous deux « choqués par ce qui est en train de se passer, mais aussi par l'indifférence pendant des années » au sort des Ouïghours.

Anis, journaliste indépendant d'origine algérienne, a pris sur son temps pour participer au défilé tout en recueillant des impressions. Kyane, elle aussi Française d'origine algérienne, a mis un point d'honneur à braver le froid pour « défendre les Ouighours mais aussi un peu tout le monde, la dignité humaine en général », précisant être « venue malgré les mises en garde de nombreuses amies contre...le froid ! Ça prouve que les gens ont encore du chemin à faire pour prendre vraiment conscience de ce que vivent les Ouighours en Chine ».

Une analyse qui rejoint celle de Marion, vendeuse, qui a délaissé son commerce quelques instants au passage du défilé, pour soutenir momentanément le mouvement. La jeune fille explique ses motivations ainsi : « Je suis Italienne du Latium par mon père et Marocaine par ma mère. Donc ce qui arrive aux Ouighours me choque d'autant plus que j'ai une vraie double culture familiale. Le manque de tolérance en Chine est dégueulasse, surtout avec leurs méthodes. »

Nation comme destination finale

Place de la Nation. Terminus du convoi anti-génocide. Après le choix de la Place de la République l'an dernier, c'est une autre place qui recueille les honneurs de la délégation et ses doléances envers un appareil gouvernemental chinois inique. L'occasion d'une mise à jour sur la situation des Ouïghours en rappelant les dernières nouvelles scandaleuses comme l’incendie d'un immeuble survenu fin novembre et qui a coûté la vie à plusieurs occupants dont des enfants à Urumqi. Un très triste épisode qui a été rendu possible par des restrictions excessives appliquées pour bloquer toute sortie des habitations sous prétexte de recrudescence de la Covid-19 en territoire sino-turcophone. Des éléments magistralement expliqués par Dilnur Reyhan dont les talents oratoires servent sa communauté, basés aussi bien sur ses compétences indéniables que sur l’émotion palpable d’une sociologue qui ne prépare pourtant que peu souvent ses discours, dit-elle.

Tout comme l'an passé à la même saison, une place a été le lieu de conclusion d'une marche, celle de La Nation. Après le symbole de La République pouvant faire penser à la République française si liée originellement à la protection des droits de l'Homme. A la République chinoise anti-démocratique avec qui un bras de fer doit s'engager. A la République du Turkestan oriental qui veut recouvrer sa liberté, son indépendance.

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Gianguglielmo Lozato est professeur d'italien et auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société. Il est auteur de l'essai Free Uyghur (Editions Saint-Honoré, mai 2021).

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