Attaque à Paris : le comportement héroïque de l'homme pris pour le « deuxième suspect » salué

Attaque à Paris : le comportement héroïque de l'homme pris pour le « deuxième suspect » salué

Rédigé le 27/09/2020
Lina Farelli

Youssef avait un temps été présenté comme le « deuxième suspect » de l’attaque perpétrée devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, à Paris, avant d’être lavé de tout soupçon et libéré sans charge dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 septembre. Et pour cause : cet ouvrier algérien âgé de 33 ans, qui avait été pris à tort pour un éventuel complice de l’attaque à l’arme blanche, a fait de son mieux pour tenter d’arrêter l’assaillant.

« Je voulais être un héros et je me suis retrouvé derrière les barreaux », a raconté Youssef au Monde le lendemain de sa libération.

« Youssef était au niveau du boulevard Richard-Lenoir, il entend le cri d’une femme, puis d’un homme et voit quelqu’un partir avec un couteau et qui fait tomber ce couteau à l’entrée de la bouche de métro. Mon client, qui a fait cela plusieurs fois dans sa vie, se met à lui courir après pour l’arrêter. Il se dit qu’il a dû agresser une femme, sans se douter du caractère terroriste de l’affaire », a déclaré son avocate, Me Lucie Simon, qui a salué le « comportement héroïque » de son client.

Il veut témoigner, il est arrêté

L’ouvrier, qui travaillait non loin des anciens locaux du journal satirique, a choisi de ne pas poursuivre l’assaillant après que celui-ci a pointé un cutter en sa direction. Se sentant menacé, il a laissé l’homme prendre le métro vers Bastille, où il a été arrêté par les forces de l'ordre. Youssef décide alors de revenir sur ses pas pour voir les victimes et témoigner auprès des policiers.

Mais arrivé sur les lieux, il est interpellé car, entre-temps, il a été vu par des caméras de vidéosurveillance en train de suivre l’assaillant. Pris pour un complice, il est menotté et ses yeux bandés. « J’en entends un qui dit en chuchotant : "On l’a chopé." Je lui réponds : "Vous m’avez pas du tout chopé, c’est moi qui suis venu pour témoigner !" », déclare-t-il.

Conduit dans les locaux de la police judiciaire, dans le 17e arrondissement, il est placé en cellule. « C’était la première fois de ma vie. Heureusement, il y avait un policier qui était là depuis le début et qui me parlait, lui j’avais confiance en lui. Il m’a dit : "Youssef, t’inquiète pas, on va juste te questionner, tu as fait un truc bien, on fait juste notre travail." Lui, je le remercie. » Néanmoins, « j’avais peur, s’ils n’avaient pas attrapé la personne, s’ils m’avaient gardé à la place… On imagine plein de choses  ! » Youssef est finalement libéré au bout de longues heures de garde à vue, sans que son domicile ne soit perquisitionné. Un vrai soulagement.

Une naturalisation en vue ?

« Nous savions qu'un ouvrier avait couru pour attraper le terroriste contre Premières Lignes Télévision. Nous ne savions pas qu'il était soudain devenu le "deuxième suspect" exposé partout comme "Algérien". Il s'appelle Youssef. Merci pour votre courage, Youssef », a fait savoir Paul Moreira, le co-fondateur de l'agence pour laquelle travaille les deux collaborateurs blessés lors de l'attaque.

Cette histoire fait écho à celle de Lassana Bathily. Celui qui fut employé à l’Hypercacher au moment des attentats de janvier 2015 a été un temps considéré comme un suspect avant d’être unanimement reconnu comme un héros. Le Malien avait alors bénéficié d’une naturalisation française. Youssef, qui est titulaire de la carte de séjour de 10 ans, bénéficiera-t-il du même traitement ? De nombreux appels en ce sens ont d’ores et déjà été lancés afin que le héroïsme de cet Algérien soit reconnu au sommet.

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