Radicalisation dans le sport : la prudence de la ministre des Sports mal accueillie

Radicalisation dans le sport : la prudence de la ministre des Sports mal accueillie

Rédigé le 29/09/2020
Lina Farelli

A l’heure où le phénomène de la radicalisation dans le sport est monté en épingle en cette rentrée après la parution du Livre noir du sport portant sur le sujet signé de Patrick Karam et Magali Lacroze, la ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, a affirmé qu’il manque de « données objectives » pour mesurer le problème.

« Ce phénomène de radicalisation aujourd'hui est basé sur des "on-dit", sur des choses qu'il y a dans des livres qui paraissent, mais il n'y a pas de données objectives pour pouvoir mesurer cette radicalisation », a-t-elle indiqué lundi 28 septembre sur Europe 1. Néanmoins, la ministre a assuré qu'elle prenait le sujet « à bras-le-corps ».

« Nous faisons des contrôles ciblés avec le ministère de l'Intérieur, nous en avons fait à peu près 300 en 2019, sur les 300 il y a eu seulement 5 fermetures et elles n'étaient pas expressément dues à la radicalisation », a-t-elle déclaré. C’est pourquoi « la réalité du phénomène mérite d'être mesuré » pour être bien traitée, a-t-elle insisté.

Une prudence mal accueillie

Cette position n’a pas manqué de faire réagir Patrick Karam, vice-président de la région Ile-de-France. Avec deux autres élus LR, la sénatrice du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio et le député des Bouches-sur-Rhône Éric Diard, il a condamné un « déni flagrant de la réalité qui témoigne de l’absence totale de volonté du gouvernement de lutter réellement contre l’influence de l’islam politique en France ».

Un rapport sur la radicalisation dans les services publics paru en juin signifiait lui-même que « l’ampleur de la radicalisation islamique dans le secteur sportif (…) est difficile à cerner, compte tenu notamment de la difficulté pour les services de renseignement à pénétrer ce milieu ». Mais « les sports les plus concernés par cette dérive sont les sports de combat (la lutte, les différentes boxes, le MMA, le jiu jitsu brésilien…), la musculation, le football, le "foot en salle" ou encore le tir sportif ».

En réponse à ce phénomène, il a été proposé de « permettre la réalisation d’enquêtes administratives, confiées au SNEAS, concernant les éducateurs sportifs », d’« encourager l’État et les collectivités territoriales à utiliser davantage le levier du retrait de subventions aux structures sportives cautionnant ou favorisant la radicalisation de leurs membres » et de « redonner aux préfets la compétence de délivrer l’agrément aux associations sportives, même déjà affiliées à une fédération agréée ».

Pour le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), le phénomène de la radicalisation dans le milieu sportif est « très minoritaire » mais il « constitue néanmoins une réalité contre laquelle le ministère des Sports et le SG-CIPDR avec l’ensemble du gouvernement s’attachent à lutter avec détermination ».

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