Birmanie : deux musulmans élus sous l'étiquette du parti d'Aung San Suu Kyi, silence sur les Rohingyas

Birmanie : deux musulmans élus sous l'étiquette du parti d'Aung San Suu Kyi, silence sur les Rohingyas

Rédigé le 10/11/2020
Hanan Ben Rhouma

La Birmanie ne comptait pas un seul parlementaire de confession musulmane depuis 2015, date à laquelle le pays avait alors organisé ses premières élections libres. Le Parlement en compte désormais deux à l’issue du scrutin législatif organisé dimanche 8 novembre.

C’est sous l’étiquette de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d'Aung San Suu Kyi, qui a revendiqué une « victoire écrasante » aux élections, que Sithu Maung a été élu. L’homme âgé de 33 ans a récolté 80 % des suffrages dans sa circonscription du centre-ville de Rangoun, la capitale économique du pays. Il était l'un des deux seuls musulmans présentés par la NLD sur plus de 1 100 candidats.

Deux élus musulmans dans un pays traversé par des discriminations

Dans un pays à majorité bouddhiste où les fidèles de l’islam représentent 4 % de la population, Sithu Maung a promis de se battre pour les plus faibles dans un pays où les discriminations contre les minorités sont fortes dans tous les domaines de la société. « Je travaillerai pour les personnes de toutes les religions, en particulier celles qui sont victimes de discrimination et opprimées ou privées de leurs droits », a-t-il indiqué à l’AFP.

Sithu Maung a attendu cinq ans avant d’obtenir son investiture par la NLD. « Il y a eu beaucoup de désinformation à mon égard. Des gens m'ont traité de terroriste, d'autres prétendaient que je voulais imposer l'apprentissage de l'arabe à l'école », a-t-il raconté. « Même chez les musulmans, certains m'ont critiqué: je ne priais pas assez, j'étais athée, j'étais anticonformiste. »

Le nouveau parlementaire rejoint Daw Win Mya Mya. Cette femme musulmane âgée de 71 ans a remporté haut la main son siège dans la région de Mandalay. Comme Sithu Maung, Daw Win Mya Mya n’avait pas été choisie en 2015 pour représenter le parti d'Aung San Suu Kyi pour lequel elle a dédié sa vie depuis sa création en 1988.

Silence sur les Rohingyas

« Nous n'avons pas été choisis parce que nous sommes musulmans », a-t-elle déclaré à The Irrawady après sa victoire. « Nos dirigeants nous ont choisis parce qu'ils croient que nous pourrons travailler pour le pays, car nous nous sommes dévoués et sommes fidèles à notre parti. »

« Personnellement, je n'ai jamais été victime de discrimination pour être musulmane. Je n'ai fait face à l'oppression qu'à cause de mes convictions politiques », a-t-elle également affirmé.

Aucun mot n’a été prononcé concernant la terrible situation des Rohingyas dans une Birmanie accusée, sous l’ère d'Aung San Suu Kyi, de mener un génocide contre cette minorité musulmane apatride et, en conséquence, dans l'incapacité de prendre part à la vie politique birmane. L'image de l'ancienne prix Nobel de la Paix est ternie sur la scène internationale mais demeure populaire en Birmanie où l'évocation même du terme Rohingyas est tabou.

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