Le Bangladesh ouvre sa première madrassa pour les transgenres

Le Bangladesh ouvre sa première madrassa pour les transgenres

Rédigé le 16/11/2020
Radjaa Abdelsadok

Au Bangladesh, une madrassa, une école d'enseignement de l'islam, accueillant des transgenres a ouvert ses portes, vendredi 6 novembre. Dans l'école Dawatu Quran Third Gender Madrasa, située dans la banlieue de Dacca, c'est près d'une centaine de ces personnes qui bénéficient désormais à la fois d'une instruction en sciences islamiques et en enseignements généraux comme les maths et l'anglais. Dans ce pays à majorité musulmane, cet établissement islamique pour le « troisième genre », qui peut accueillir jusqu'à 150 personnes sans condition d'âge, est une première.

Les transgenres, dont le nombre serait estimé à près de 1,5 millions de personnes au Bangladesh (moins de 1 % de la population), sont une minorité très souvent rejetée non seulement par leurs familles mais également par tout un système social qui les ostracise, bien que le troisième genre ait été reconnu par le gouvernement bangladais en 2013. Depuis 2019, les personnes transgenres peuvent voter en tant que troisième genre et elles seront comptées comme telles dans un recensement prévu en 2021.

Une initiative contre l'exclusion

Les transgenres, appelés aussi « hijras », n'ont pas la vie facile en raison d'une liberté d'action très restreinte : l'éducation leur est interdite ainsi que l'accès aux mosquées. Pour le fondateur de l'école Dawatu Quran Third Gender, Abdur Rahman Azad, « on condamne souvent les hijras (les transgenres) pour leur supposé mode de vie décadent mais je pense qu'ils ne sont pas ceux à blâmer. Je crois que c'est plutôt la société qui doit l'être. On ne les laisse pas accéder aux écoles, aux séminaires, aux universités. On ne leur laisse même pas avoir l'opportunité d'un travail décent. Que peuvent-ils faire d'autre ? » a-t-il déclaré le jour de la rentrée.

Plusieurs étudiants interrogés par l'AFP sont allés dans son sens. Shakila Akhter, 33 ans, a toujours voulu devenir médecin ou avocat mais a dû abandonner ses ambitions après avoir dû quitter très jeune la maison familiale pour rejoindre une communauté transgenre. « Nous sommes musulmans mais nous ne pouvons aller à la mosquée. (...) Nous ne pouvons même pas nous mêler aux autres membres de la société », a-t-il raconté.

« La société nous traite de la manière la plus détestable qu'il soit. Nous n'avons ni le droit à l'amour, ni au bonheur. On n'a pas le droit de laisser libre court à ce qui nous préoccupe, à notre tristesse : personne ne nous comprendrait. Nous n'avons pas le droit de fréquenter les mosquées. Si l'un(e) d'entre nous y entre, on subit immédiatement toutes sortes d'humiliations. Alors qu'en tant qu'humains et musulmans, je me demande pourquoi nous ne sommes pas autorisés à être partie prenante de la société ? », a également témoigné anonymement une personne.

Pour Niki, 27 ans, cette nouvelle madrassa constitue une réelle opportunité d'évolution : « Après de si nombreuses années, je peux enfin accéder à l'éducation. C'est une immense joie pour moi. Je veux apprendre quelque chose avant d'entrer sur le marché du travail. » « Nous sommes reconnaissants aux religieux de cette belle initiative », a signifié Shakila Akhter.

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