Antisémitisme : six mois de prison avec sursis requis contre l’imam de Toulouse

Antisémitisme : six mois de prison avec sursis requis contre l’imam de Toulouse

Rédigé le 30/06/2021
Myriam Attaf

Mardi 29 juin, le parquet de Toulouse a requis six mois de prison avec sursis contre Mohamed Tataiat, imam de la Grande Mosquée de Toulouse. Ce cadre religieux, renvoyé devant la justice en janvier dernier, était jugé pour « provocation à la haine raciale ». Il lui est reproché d'avoir relayé en arabe un hadith qui inciterait les musulmans à tuer les juifs, lors d'un prêche datant de décembre 2017.

« Les propos sont sortis du contexte », s’est à nouveau justifié l’accusé devant le tribunal, cité par France 3. « Le sens est différent de celui qui a été compris. Il s'agit d'une prophétie présente dans la littérature apocalyptique et il faut tenir compte de l'actualité de l'époque : l'ambassade des Etats-Unis a été déplacée de Tel Aviv à Jérusalem. (...) Je ne cite pas le Juif en tant que religion. Il y a plus de choses qui me relient à cette religion que de choses qui m'en séparent. (...) Depuis 1987, je suis en guerre intellectuelle contre l'extrémisme », a-t-il laconiquement défendu, ajoutant en réponse à une question posée par le président du tribunal, qu’« aucun musulman ne reconnaîtra le sens, la signification que vous avez donné à mes propos ».

« Il n'y a pas eu de regrets lors de cette audience »

Des arguments plus que contestables pour Simon Cohen, avocat du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), partie civile dans cette affaire. « Quelle que soit la traduction, les mots restent les mêmes. Et l’interprétation, sauf à déformer les mots, peut les nuancer, peut les présenter de manière plus ou moins flatteuse. De manière, donc, plus ou moins belliqueuse, mais ne peut en changer la substance. "Si tu vois un Juif derrière moi, tue-le" : est-ce que cela mérite d’être interprété ? Non (…) Que l’on se réfère à des hadiths, on peut ! Que l'on se réfère à des pensées doctorales, provocatrices, voire belliqueuses, on peut ! Mais pas devant n’importe quel auditoire. »

Dans ses réquisitions, le parquet de Toulouse a estimé, pour sa part, que l’accusé avait opéré « un glissement sémantique qui conduit à une stigmatisation des juifs. Il ne se borne pas à critiquer l’Etat d’Israël. (...) Cet argument est un prétexte. C’est l’élément constituant à l’exhortation à l’appel à la haine. Les mots ont un sens et sa parole a une portée importante vis-à-vis de son auditoire. Nous sommes à Toulouse où des enfants ont été tués parce que juifs. La provocation à la haine raciale à l’égard de la communauté juive est caractérisée. Il n'y a pas eu de réponse claire. Il n'y a pas eu de regrets lors de cette audience. Je doute de sa capacité à se remettre en question ».

En plus de ces six mois de prison avec sursis, la justice a demandé l’affichage du jugement par la mosquée d’Empalot. L'imam, qui a bénéficié au début de l'affaire du soutien de la Grande Mosquée de Paris et qui était accompagné pour son procès d'Abdallah Zekri, a toutefois bénéficié d’un non-lieu partiel concernant les poursuites liées à la diffusion du prêche sur les réseaux sociaux.

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