Procès des attentats du 13-Novembre : « L’islam qu’ils prônent n’est pas le mien et ne le sera jamais »

Procès des attentats du 13-Novembre : « L’islam qu’ils prônent n’est pas le mien et ne le sera jamais »

Rédigé le 28/10/2021
Benjamin Andria (avec AFP)

Le procès des attentats du 13-Novembre se poursuit avec les témoignages poignants des parties civiles devant la Cour d'assises spéciale installée dans le Palais de justice de Paris. Un sexagénaire de confession musulmane, qui a perdu son fils au Bataclan, a adressé, mardi 26 novembre, un vibrant message aux accusés parmi lesquels figure Salah Abdeslam, qui n’a pas exprimé jusqu’ici le moindre regret.

Le témoin, qui a souhaité gardé son identité anonyme, s’est présenté comme « un “beur de la deuxième génération” », issu d’une famille d’immigrés algérienne de huit enfants, marié à une femme catholique. « Je me suis souvent interrogé sur comment et pourquoi des jeunes Français et des jeunes Belges, élevés en Europe, qui ont été formés dans nos écoles, qui connaissent parfaitement nos modes de vie et nos coutumes en Occident, ont-ils pu être enrôlés, manipulés et galvanisés par l’idéologie de l’État islamique, et commettre l’irréparable », a-t-il déclaré. « Ces actes de violence barbare, intolérables, inqualifiables et leur allégeance à une idéologie et à une organisation islamiste, prétendant agir au nom de l’islam et du Coran, me donnent la nausée. »

« Je veux dire (aux accusés), en tant que fils d’immigré algérien, de confession musulmane, que l’islam qu’ils prônent n’est ni le mien, et ne le sera jamais, ni celui de mes parents, ni celui de mes voisins, ni celui d’un milliard et demi de musulmans dans le monde », a-t-il signifié. «  Les premières victimes de votre croisade sont les musulmans eux-mêmes. (...) Je refuse qu’on puisse faire l’amalgame entre des va-t-en-guerre, des paumés de notre société, des inadaptés sociaux, des tueurs sanguinaires et les musulmans qui n’ont qu’une seule envie : vivre en paix et en harmonie, dans une communauté humaine ouverte et respectueuse de chacun. »

« Les musulmans n’ont rien à voir avec ces gens qui prétendent défendre une religion qu’ils ne connaissent probablement pas. Ont-ils seulement lu le texte sacré du Coran ? Savent-ils seulement faire la différence entre les musulmans et les Arabes ?  »

« Il existe un islam des Lumières et c’est dans celui-là que je me reconnais »

« Je voudrais encore leur dire que par leurs actes abjects et barbares, ils prennent en otages tous les musulmans. Ils donnent du grain à moudre aux groupes extrêmes qui créent et entretiennent une confusion entre islamisme et islam, entre réfugiés, immigration et terrorisme afin de fragiliser encore davantage les étrangers », a-t-il ajouté.

« Vous reportez la faute sur les autres, sans jamais vous remettre en cause. Vous n’êtes qu’un groupe de malfrats en quête d’un territoire, d’une reconnaissance et d’un pouvoir. Vous ne représentez aucunement l’islam, vous n’avez d’ailleurs aucune légitimité, aucun pays. Vous êtes prêt à tuer toute personne ou groupes de personnes qui ne pensent pas comme vous, qui ne partagent pas vos idées. »

« La haine des autres vous habite, vous aveugle et vous rend fou et celle des femmes vous hante et finira par vous tuer. Je vous méprise. (…) Nous n’accepterons jamais de plier face aux fanatismes, à la barbarie et aux tueurs sanguinaires que vous êtes », a fait savoir le père endeuillé. « Vous avez cru que cet acte barbare allait nous pétrifier et nous anéantir, mais vous avez eu tort, car il nous a galvanisé, il nous a rendus encore plus forts et plus déterminés que jamais à défendre la liberté, la démocratie et l’envie de vivre ensemble dignement et dans la paix ».

« Vous trouverez toujours sur votre route des hommes et des femmes qui feront barrage à vos idées et à votre idéologie meurtrière. Il existe un islam des Lumières et c’est dans celui-là que je me reconnais. »

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