Burkini : face aux critiques visant le maire de Grenoble, des organisations féministes en soutien

Burkini : face aux critiques visant le maire de Grenoble, des organisations féministes en soutien

Rédigé le 06/05/2022
Lionel Lemonier

« Il y a une lepénisation et une zemmourisation du débat. Ça m’attriste mais on est là sur un sujet qui ne devrait pas en être un. On a des gros sujets, sociaux et environnementaux. Là, ce n’est qu’un sujet social d’accès au service public. » Depuis plusieurs jours, Eric Piolle refait parler de lui. Le maire de Grenoble souhaite en effet autoriser le port du burkini dans les piscines municipales de Grenoble. « Demain, dans nos piscines, je veux que chacun puisse se rafraîchir vêtu·e ou dévêtu·e comme il/elle veut, tant que la loi (l'hygiène et la sécurité) est respectée », a-t-il fait savoir mardi 3 mai sur ses réseaux sociaux.

Un souhait qui a immédiatement été critiqué par Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, lequel l'accusait sur BFMTV de « compromission avec l'Islam politique et de communautarisme » pour « acheter des voix ». Il a ensuite brandi la menace de supprimer des subventions régionales aux projets grenoblois si la municipalité autorise le burkini à la piscine.

Eric Piolle est bien décidé à le faire. « Le seul objet, c'est de supprimer les interdits qui ont été introduits il y a une dizaine d'années et qui n'ont rien à voir avec l'hygiène et la sécurité », a-t-il déclaré sur RTL.

Avant, le maire écologiste a envoyé une lettre, vendredi 29 avril, à Emmanuel Macron. Il présente son contenu dans une autre vidéo ci-dessous. Le président de la République doit, entre autres, « cesser de jouer avec les valeurs de l’extrême droite pour revenir aux fondamentaux du mode de vie à la française : la loi de 1905 et celle de 1901 », dit-il, ajoutant que « les atteintes qui ont été portées à la liberté d’association avec le contrat d’engagement républicain, sont des atteintes incroyables à la liberté d’association. La désobéissance civile sera maintenant sanctionnée par une obligation pour les collectivités d’arrêter de financer ces associations ».

Des associations féministes en appui au changement des règlements

Eric Piolle estime avoir « bien vu ce jeu (du gouvernement) autour du voile et de la laïcité qui consistait à utiliser la loi de 1905 comme cheval de Troie contre les musulmans notamment, mais en fait une atteinte plus large à la société ». Conclusion du maire écologiste : Emmanuel Macron doit « revenir, dans ce début de mandat, sur ce socle qui nous permet de vivre ensemble et qui nous permet d'être à la hauteur de l’enjeu majeur, social et climatique, que nous avons devant nous ».

Pour mémoire, le contrat d’engagement républicain (CER) est issu de la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » est plus connue sous le nom de « loi contre le séparatisme ». Son décret d’application stipule que toutes les associations et fondations bénéficiant de subventions publiques ou d’un agrément de l’État, doivent s’engager à respecter les lois de la République mais aussi « à s'abstenir de toute action portant atteinte à l'ordre public ». Les opposants au CER dénoncent les atteintes aux libertés associatives.

Autoriser le burkini dans les piscines municipales saurait-il être considéré comme une atteinte au « respect des principes de la République » ? Pour rappel, le port d'une telle tenue est un droit et son interdiction ne peut se fonder que sur des raisons sanitaires, d’hygiène et de sécurité. En soutien à Eric Piolle et au syndicat des femmes musulmanes qui lutte pour l'accès aux piscines municipales de Grenoble, « service public dont elles sont exclues par le règlement intérieur », une centaine d'organisations féministes et antiracistes ont appelé, mercredi 4 mai, au changement des règlements des piscines dans une tribune. Avec un mot d'ordre : « Nous avons le droit de disposer de nos corps comme nous le voulons ! »

« Le règlement des piscines participe activement à cette marginalisation et à l'humiliation sociale des femmes musulmanes portant le foulard », fait-on savoir, appelant les élus de Grenoble « qu'ils et elles prennent leurs responsabilités en votant pour le changement des règlements des piscines lors du prochain conseil municipal le lundi 16 mai. Nous n'attendrons pas un été de plus pour que les piscines soient ouvertes à tous ».

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