Le manager d'un club de basket français qui avait affiché sa foi musulmane mis à la porte

Le manager d'un club de basket français qui avait affiché sa foi musulmane mis à la porte

Rédigé le 05/09/2022
Lionel Lemonier

Ancien joueur de l’Élan béarnais Pau-Orthez, Taqwa Pinero a été promu manager général de ce club de basketball en mai dernier. D’origine américaine, ce joueur de 1,93 mètre a joué un rôle non négligeable dans l’arrivée de la société américaine Counterpointe Sports Group (CSG) dans le capital de l’Élan en 2021. Un renforcement financier qui a évité au club une rétrogradation administrative. Mais les résultats sportifs n’ont pas suivi lors de la saison suivante (2021 - 2022), les finances sont en piteux état et la menace de rétrogradation était toujours d’actualité en fin de saison.

Au cours de l’été 2022, les investisseurs américains décident de jeter l’éponge et revendent leurs parts à plusieurs acteurs français, dont la société Eat4Good dont le dirigeant devient président du club. Jusqu’ici, tout est clair. Mais le 2 août, avant le départ de CSG, un conseil d’administration met un terme à la fonction de manager général de Taqwa Pinero, lequel clame auprès de L'Equipe en avoir été averti par la presse. « D’un point de vue légal, les décisions prises en mon absence sont nulles, et ne peuvent être appliquées », estime l’ancien joueur.

Une péripétie habituelle dans un club sportif qui rencontre des difficultés financières et doit changer son équipe de dirigeants ? Il semblerait qu'une autre raison en soit la cause. Selon Sud Ouest, c’est d’abord pour avoir affiché sa foi musulmane sur les réseaux sociaux en mai que l’ancien joueur – très apprécié dans le club - aurait été sanctionné. « Je suis un exemple vivant de ce qu’Allah peut faire pour quelqu’un dont la foi est inébranlable », indiquait-il après avoir décrit son parcours personnel.

François Bayrou impliqué

Le quotidien régional précise qu’un sponsor, la direction du club et l’agglomération de Pau auraient fait pression sur les propriétaires américains pour évincer le tout juste nommé manager général. « Je suis sidéré de lire les messages envoyés par votre nouveau directeur général M. Taqwa Pinero. Comment ce monsieur peut se définir comme le "pur produit d’Allah" alors que l’Élan est un club catholique à l’origine ? », aurait écrit Stéphane Carella, un investisseur et partenaire du club, le 20 mai 2022 à la direction.

David Bonnemason-Carrère, le président du club à l’époque, en aurait rajouter une couche en expliquant aux investisseurs américains que « ce type de positionnement à propos d’Allah sur les réseaux sociaux est très mal perçu, particulièrement pour un club à l’origine catholique (l’Élan béarnais est issu d’un patronage religieux, ndlr). De plus, le sujet est très sensible en France avec les attaques terroristes. Cela fait vivement réagir les gens et les sponsors ». Une réunion avait alors organisée entre les dirigeants français du club, les investisseurs américains et François Bayrou, maire de Pau et président de l’agglomération paloise, principal soutien du club.

« Le maire nous a expliqué qu’on devait écarter Taqwa, qu’il ne pouvait pas rester manager général », explique Gref Heuss, l’un des deux dirigeants du groupe CSG. « François Bayrou a indiqué qu’un musulman ne serait pas accepté localement, et politiquement, car l’Élan est une organisation catholique. Nous avons répondu qu’il était hors de question de virer quelqu’un pour sa croyance religieuse, que ce n’était pas notre façon de faire ni d’être. Le maire a insisté, nous a répété qu’il fallait qu’on écarte Taqwa. Il a redit qu’on ne comprenait pas la mentalité d’ici, que c’était impossible. »

Aujourd’hui, François Bayrou explique « avoir défendu les principes de la laïcité ». Quant à l’ancien président et à l’investisseur cités, ils nient avoir voulu faire pression pour obtenir la tête de Taqwa Pinero et indiquent que l’ancien joueur n’a pas voulu assister à la réunion du conseil d’administration et ne souhaitait qu’une chose : négocier une indemnité de départ. « La justice sera saisie, elle devra faire la lumière sur ces faits qui transpirent la discrimination », a fait savoir l’avocat Nabil Boudi dont le cabinet a été mandaté par Taqwa Pinero. Affaire à suivre.

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