Valence : une école musulmane dépose plainte pour discrimination

Valence : une école musulmane dépose plainte pour discrimination

Rédigé le 04/10/2022
Lina Farelli

L'école musulmane Valeurs et Réussite avait obtenu en juin dernier de la municipalité de Valence la vente d’un terrain. Trois mois après cette décision, la désillusion est totale pour les responsables de l’établissement scolaire implanté dans les locaux de la grande mosquée de Valence depuis son ouverture en 2012. Le conseil municipal de Valence a en effet annulé, lundi 3 octobre, sa délibération, officiellement sur un motif lié à l'urbanisme à la demande de la préfecture de la Drôme. « Un scandale d’Etat et à la fois un cas d’école de discrimination à l’égard de la communauté musulmane de France », a fustigé Me Nabil Boudi, l’avocat de l’école, qui a annoncé le dépôt d’une plainte pour « discrimination ».

« Durant les premières années de fonctionnement, des contrôles inopinés ont été effectués à la demande du rectorat de l'académie de Grenoble et tous se sont révélés favorable à l'époque pour l'école. Au vu du succès engrangé par cette école et des résultats honorables obtenus par les enfants qui y sont scolarisés, l'école a souhaité s'agrandir en s'implantant dans de nouveaux locaux, quitter la grande mosquée et passer sous contrat », explique l’avocat dans un communiqué. « Toutes les enquêtes administratives et vérifications nécessaires à l'ouverture de cette nouvelle école ont connu une issue favorable. »

C’est après la publication d’un article dans Charlie Hebdo en juillet, trois semaines après l’adoption de la délibération, que la situation bascule. L’article contenait pourtant, selon l’avocat, « des informations purement mensongères concernant l'école, l'accusant, entre autres, de communautarisme sans même avoir cherché à se rapprocher de l'association pour vérifier ses affirmations ». Or « absolument rien, dans les activités menées par l'association Valeurs et Réussites, ne permet de confirmer les allégations de cet article ».

Le maire (LR) Nicolas Daragon, « avec qui l'association entretenait jusqu'ici d'excellentes relations, a subi des pressions de la part des services de l'État après la parution de l'article », sachant que « la préfète n'avait émis aucune objection à l'ouverture de cette nouvelle école et avait même reçu les membres de l'association en son cabinet ».

Un signe qui ne trompe pas : le maire « s'est borné à lire une déclaration pour justifier son revirement », rapporte France Bleu. « Nous regrettons sincèrement que cette absence de clarté, de cohérence et de constance dans la ligne de conduite adoptée par l'État nous ait aujourd'hui contraints à cette situation, a-t-il fait savoir. Après tout, si l'État mettait en conformité ses paroles avec ses actes, les réserves qu'il émet aujourd'hui n'auraient-elles pas dû conduire l'État à exiger la fermeture de cette école alors qu'elle a pu effectuer tranquillement sa 11e rentrée ? »

« À travers cet acharnement, les services de l'État portent une atteinte préoccupante au vivre ensemble », signifie Nabil Boudi. Outre la plainte pour discrimination, l'association Valeurs et Réussites a saisi le Défenseur des droits et entend déposer une autre plainte, cette fois pour diffamation contre Charlie Hebdo.

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