Contre l'islamisme radical, l'Observatoire de la laïcité appelle à « garder son sang-froid »

Contre l'islamisme radical, l'Observatoire de la laïcité appelle à « garder son sang-froid »

Par Myriam Attaf le 18/12/2020

L'Observatoire de la laïcité a présenté, jeudi 17 décembre, ce qui pourrait être son dernier rapport annuel après sept années d'existence. L'instance y fait le bilan de ses actions menées sur l'année et soumet ses recommandations.

« L’Observatoire de la laïcité n’a de cesse de le rappeler depuis sept ans : dans le débat public, il faut sur la question laïque savoir rester objectif, garder la tête froide et ne pas céder à la surenchère. » Alors que l'instance indépendante rattachée aux services du Premier ministre voit son avenir menacé, l'appel à aborder les débats autour la laïcité avec responsabilité est martelé avec force dans son bilan annuel publié jeudi 17 décembre.

« Le contexte des attentats islamistes n’est pas derrière nous », indique l'ODL, en référence à l’assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine et à l'attentat de Nice, des drames qui « nous ont convaincu de la nécessité de "faire bloc" contre l’islamisme radical ». « Dans ce contexte, pour lutter contre l’adversaire, nous sommes intimement persuadés de la nécessité de garder notre sang-froid », fait part l'instance.

L’ODL a de nouveau salué la reprise de plusieurs de ses avis dans le cadre de son projet de loi « réconfortant les principes républicains » bien que celui-ci suscite « plusieurs points de vigilance ».

Vingt pistes d'actions égrenées

Alors que l'aspect social manque cruellement dans le projet de loi dit contre le séparatisme, l'ODL appelle à renforcer tant la mixité sociale que scolaire. « L’insuffisante mixité sociale peut conduire à la constitution de communautés relativement homogènes, porteuses du risque de pressions sociales, notamment religieuses, mettant ainsi à mal la cohésion sociale et le principe de laïcité lui-même (non-respect de la liberté de conscience, pratiques religieuses portant atteinte à l’ordre public, contraintes pour pratiquer un culte, etc.) », lit-on dans le rapport.

L'instance préconise, par ailleurs, de renforcer du statut des aumôniers, souvent précaire, dans les hôpitaux et les prisons, et de « recruter davantage d’aumôniers musulmans à temps plein (et moins à temps partiel), en particulier en milieu carcéral, pour apporter un soutien spirituel personnel aux détenus qui le demandent, face à l’influence de mouvements extrémistes ».

La nécessité d'une meilleure formation des élus, des fonctionnaires ou encore des enseignants en matière de laïcité est un point-clé régulièrement mise en avant par l'ODL. Le 7e rapport annuel n'y déroge pas. Il est aussi souhaité d'« assurer l’effectivité de l’enseignement moral et civique (de façon dédiée), et de l’enseignement laïque des faits religieux (de façon transdisciplinaire) », l'ODL ayant constaté que « la pédagogie de cet enseignement n’est pas toujours assurée à l’occasion de la formation initiale des professeurs ».

L'ODL appelle enfin à « ne pas occulter le passé colonial et prendre en compte toutes les cultures présentes sur le territoire de la République dans leur contribution à l’affirmation de la citoyenneté commune ».

L'avenir de l'Observatoire menacé

« Le principe de laïcité constitue un remarquable outil d’émancipation et de rassemblement dans la République. Alors que, comme l’a démontré l’étude de l’Observatoire de la laïcité sur l’expression et la visibilité religieuses aujourd’hui en France, se constate une certaine polarisation de la société française, (...) plusieurs actions publiques doivent être menées pour renforcer la cohésion nationale », appuie l'institution. « La polarisation de la société française actuelle sur le sujet de l’expression et de la visibilité des religions et des convictions, accentue la nécessité d’un débat serein. »

Face à l'apaisement prôné par l'ODL, ses détracteurs font feu de tout bois, la jugeant « laxiste ». En réponse, le gouvernement travaille aujourd'hui à redéfinir les contours d'une instance aujourd'hui portée à bout de bras par son président Jean-Louis Bianco et son rapporteur général Nicolas Cadène avec, disent-ils, un budget « extrêmement modeste » de 59 000 euros « pour une activité en constante augmentation ».

« Le Premier ministre m'a demandé de lui faire des propositions d'évolution sur le portage de la laïcité dans l'appareil d'État. Je lui ai fait des propositions pour faire évoluer l'Observatoire de la laïcité, pour renforcer le rôle d'une structure, qui ne serait pas forcément un observatoire, mais une structure qui porterait la parole de l'État », a déclaré Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté, dans une interview accordée à Radio J dimanche 13 décembre. « Comme l’a rappelé Mme la ministre, la décision sur l’avenir de l’Observatoire de la laïcité après le 2 avril (fin initiale de son mandat) appartient au Premier ministre », a sobrement répondu l'ODL sur Twitter.

« Dans ce contexte qui persiste, fait à la fois d’inquiétude, d’émotion mais aussi de confusions entre ce qui relève de la laïcité et ce qui relève d’autres champs, dont le radicalisme violent et le terrorisme, il est plus indispensable que jamais de dresser l’état des lieux de la laïcité avec une grande rigueur d’analyse », fait part l'institution, qui refuse de « céder au "culte de l’anecdote" ». « Il s’agit de continuer d’aider à l’application ferme et sereine des principes qui fondent la laïcité, de rappeler inlassablement le cadre légal permettant de sanctionner tout agissement qui, sans concerner directement la laïcité, s’oppose aux exigences minimales de la vie en société, et enfin, de faire œuvre de pédagogie. »

Lire aussi :
En finir avec les idées fausses sur la laïcité, par Nicolas Cadène
Face à l'ambiance de « chasse aux sorcières », l’Observatoire de la laïcité contre-attaque
Séparatismes : l'Observatoire de la laïcité (r)appelle médias et politiques à leurs responsabilités