Citoyen d’honneur, le retour du fils prodigue dans l’Algérie d’aujourd’hui

Citoyen d’honneur, le retour du fils prodigue dans l’Algérie d’aujourd’hui

Par Lionel Lemonier le 06/09/2022

Prix Nobel de littérature, Samir Amin vit à Paris, loin de son pays natal, l'Algérie. Il décide d'accepter d'être fait « citoyen d'honneur » de Sidi Mimoun, la petite ville où il est né. Mais est-ce vraiment une bonne idée que de revoir les habitants de cette ville qui sont devenus, d'année en année, les personnages de ses différents romans ?

Écrivain comblé, Samir Amin vient de recevoir le prix Nobel de littérature pour son œuvre largement inspirée de sa vie d’enfant et d’adolescent à Sidi Mimoun. Mais il ne vit plus dans cette petite ville de Kabylie ni dans son pays d’origine depuis longtemps. Il en est parti à 19 ans pour éviter de faire son service militaire. Son succès grandissant en tant qu’écrivain l’a aussi habitué à bénéficier d’une aisance matérielle plus que confortable, à mille lieux des conditions de vie de ses anciens voisins.

Ours mal léché, il refuse systématiquement les invitations qui lui sont envoyées. Pour autant, un jour, il décide d’accepter de retourner de l’autre côté de la Méditerranée pour être fait « citoyen d’honneur » de sa ville natale. Le moyen pour lui de raviver quelques souvenirs, de retrouver quelques personnes et lieux fréquentés il y a longtemps. Mais l’occasion aussi de se confronter à la réalité sociale et politique d’un pays dont il n’a pas bien suivi l’évolution durant quatre décennies…

Dans cette comédie réussie, Kad Merad se fond sans difficulté dans ce personnage d’écrivain qui retourne aux sources de son inspiration. Les dialogues avec le personnage de Miloud, le copain d’enfance sont le plus souvent drôles et truculents. Fatsah Bouyahmed, l’acteur franco-algérien qui a grandi à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), joue Miloud. Il prend un plaisir évident à utiliser l’accent et les expressions « de là-bas ». Son « Je n’ai rien compris ! » attribué au général De Gaulle est un modèle du genre.

Pour autant, Mohamed Hamidi, réalisateur et co-scénariste avec Alain-Michel Blanc, ne s’est pas contenté de faire rire avec légèreté. Sans tomber dans le drame, il en profite pour évoquer les conflits sociaux et politiques que connait la société algérienne : la corruption, les services publics délabrés, une société à deux vitesses entre le petit peuple et les élites. La jeunesse en manque de perspective et confrontée aux vieux conservateurs présents à tous les niveaux du pouvoir est également bien campée par Oulaya Amamra et Brahim Bouhlel.

« J’ai fait un film sur le retour aux sources, explique Mohamed Hamidi. Je l’ai écrit en plein Hirak, le mouvement algérien contre la cinquième candidature de Bouteflika et j’ai utilisé en miroir la jeunesse militante de mon personnage. Je montre ce pays avec toutes ses richesses, son potentiel, ses espoirs mais aussi tous ses défauts. » Une comédie à déguster en famille.