L'universitaire belge Yahya Michot, fin expert de la pensée d'Avicenne et d'Ibn Taymiyya, s'est éteint mardi 1er avril aux Etats-Unis. A l'annonce du décès de ce professeur reconnu pour sa grande érudition, des hommages appuyés lui ont été rendus en Europe et outre-Atlantique, où il sera enterré.
Le professeur d'études islamiques belge Yahya Michot est décédé, mardi 1er avril, au lendemain de l'Aïd el-Fitr 2025 - 1446, à l’âge de 72 ans aux Etats-Unis, pays où il résida une dizaine d’années, a-t-on appris mercredi 2 avril par la voie d'un court communiqué de la Ligue musulmane de Belgique (LMB). Cet acteur musulman incontournable du paysage musulman francophone, plus particulièrement dans le plat pays où il est né en 1952, était un érudit respecté.
Passé spécialiste de la pensée d’Avicenne (980 - 1037) - Ibn Sina en arabe - et d’Ibn Taymiyya (1263 - 1328), ce philosophe de formation enseigna l'arabe et l'histoire de la philosophie arabe de 1983 à 1997 à l’Université catholique de Louvain (UCL) après y avoir brillamment soutenu, en 1981, une thèse sur « La destinée de l’homme selon Avicenne ». Il fut particulièrement remarqué pour ses traductions et ses travaux sur Ibn Taymiyya, qui révèlent « un théologien complexe et ouvert, modéré et indulgent, non l’excommunicateur empressé de beaucoup de militants se réclamant de lui, ni le parangon d’intolérance extrême imaginé par certains nouveaux orientalistes ».
Lire aussi : Ibn Taymiyya : des fatwas au mythe. Ou comment s'expliquer le fossé entre la réalité des textes taymiyyens et les lectures réductrices qui sont aujourd’hui souvent proposées de sa pensée, par Yahya Michot
En 1997, une polémique l’accusant de justifier le meurtre des moines de Tibhirine, en pleine guerre civile en Algérie, mit fin à sa collaboration avec l’UCL. Rejetant fermement ces accusations, l’universitaire expliquait avoir exploré, dans l’étude Ibn Taymiyya. Le statut des moines signé sous le pseudonyme Nasreddin Lebatelier, « le profond fossé séparant les textes musulmans classiques – dont ceux utilisés par le GIA (Groupe islamique armé, ndlr) – et le consensus (ijmâ‘) des condamnations contemporaines du drame de Tibhirine », ce à quoi il se disait favorable d’autant que le consensus communautaire est « la seule autorité habilitée à gérer le magistère sunnite ».
Passé spécialiste de la pensée d’Avicenne (980 - 1037) - Ibn Sina en arabe - et d’Ibn Taymiyya (1263 - 1328), ce philosophe de formation enseigna l'arabe et l'histoire de la philosophie arabe de 1983 à 1997 à l’Université catholique de Louvain (UCL) après y avoir brillamment soutenu, en 1981, une thèse sur « La destinée de l’homme selon Avicenne ». Il fut particulièrement remarqué pour ses traductions et ses travaux sur Ibn Taymiyya, qui révèlent « un théologien complexe et ouvert, modéré et indulgent, non l’excommunicateur empressé de beaucoup de militants se réclamant de lui, ni le parangon d’intolérance extrême imaginé par certains nouveaux orientalistes ».
Lire aussi : Ibn Taymiyya : des fatwas au mythe. Ou comment s'expliquer le fossé entre la réalité des textes taymiyyens et les lectures réductrices qui sont aujourd’hui souvent proposées de sa pensée, par Yahya Michot
En 1997, une polémique l’accusant de justifier le meurtre des moines de Tibhirine, en pleine guerre civile en Algérie, mit fin à sa collaboration avec l’UCL. Rejetant fermement ces accusations, l’universitaire expliquait avoir exploré, dans l’étude Ibn Taymiyya. Le statut des moines signé sous le pseudonyme Nasreddin Lebatelier, « le profond fossé séparant les textes musulmans classiques – dont ceux utilisés par le GIA (Groupe islamique armé, ndlr) – et le consensus (ijmâ‘) des condamnations contemporaines du drame de Tibhirine », ce à quoi il se disait favorable d’autant que le consensus communautaire est « la seule autorité habilitée à gérer le magistère sunnite ».
Une immense contribution académique doublée d'un engagement pour la reconnaissance des musulmans en Occident
Un nouveau chapitre de sa vie s'ouvra néanmoins après ce fâcheux épisode. Ses compétences et son érudition l’emmenèrent à poursuivre sa carrière universitaire dans la prestigieuse université d’Oxford, en Grande-Bretagne, où il enseigna la langue arabe et la théologie musulmane durant dix ans, entre 1998 et 2008. En plus du français, de l'anglais et de l'arabe, il maitrisait l'italien et, dans une autre mesure selon son CV académique, le turc, le persan, l'espagnol, l'allemand, le néerlandais, le latin et le grec ancien.
En 2008, il rejoignit l'Université internationale de Hartford pour la religion et la paix (HIU), dans le Connecticut, aux Etats-Unis. Appelée Hartford Seminary jusqu’en 2021, elle est la première faculté de formation des aumôniers musulmans reconnue par le gouvernement fédéral américain. Il y sera professeur des études islamiques et des relations islamo-chrétiennes jusqu’à sa retraite en 2018.
Auteur de nombreux ouvrages relatifs à Avicenne et à Ibn Taymiyya, Yahya Michot, né Jean avant qu'il ne se choisissent un nouveau prénom lors de sa conversion à l'islam, était un acteur engagé dans le dialogue interreligieux. Il s'est aussi longtemps distingué en œuvrant pour la reconnaissance des musulmans de Belgique. Il présida entre 1995 et 1998 le Conseil supérieur des musulmans de Belgique (CSMB), une instance fondée en 1991 à l’issue d’élections organisées à travers des mosquées mais que le gouvernement belge refusa de reconnaître. La structure céda lentement sa place à l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), qui obtint la reconnaissance officielle en 1999.
En 2008, il rejoignit l'Université internationale de Hartford pour la religion et la paix (HIU), dans le Connecticut, aux Etats-Unis. Appelée Hartford Seminary jusqu’en 2021, elle est la première faculté de formation des aumôniers musulmans reconnue par le gouvernement fédéral américain. Il y sera professeur des études islamiques et des relations islamo-chrétiennes jusqu’à sa retraite en 2018.
Auteur de nombreux ouvrages relatifs à Avicenne et à Ibn Taymiyya, Yahya Michot, né Jean avant qu'il ne se choisissent un nouveau prénom lors de sa conversion à l'islam, était un acteur engagé dans le dialogue interreligieux. Il s'est aussi longtemps distingué en œuvrant pour la reconnaissance des musulmans de Belgique. Il présida entre 1995 et 1998 le Conseil supérieur des musulmans de Belgique (CSMB), une instance fondée en 1991 à l’issue d’élections organisées à travers des mosquées mais que le gouvernement belge refusa de reconnaître. La structure céda lentement sa place à l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), qui obtint la reconnaissance officielle en 1999.
Des hommages appuyés
Eu égard à son indéniable contribution dans le domaine des études islamiques, il reçut de nombreuses invitations et distinctions à travers le monde. De premiers hommages - qui en suivront de nombreux autres - lui ont été rendus à l'annonce de son décès. Le théologien belge Mustafa Kastit a salué sur ses réseaux sociaux la mémoire d'un « chercheur passionné et infatigable ».
« Son décès constitue pour nous, musulmans d'Europe et d'Occident, une immense perte. Car nous perdons un frère mais également un éminent chercheur universitaire », a-t-il écrit. Beaucoup ne manquent pas de souligner son sens de l'humour ; celui-ci l'amena notamment à écrire pour Saphirnews ce billet inspiré de la « love affair » qui secoua l'Elysée en 2014 du temps de François Hollande.
Pour la LMB, « le Professeur Yahya Michot, en plus d'être un érudit, a été un acteur intègre et incontournable de l'islam de Belgique ». « Penseur méticuleux, il a offert des perspectives révolutionnaires sur Ibn Taymiyya et Ibn Sina, remettant en question les interprétations dominantes tout en maintenant un profond respect pour les différences savantes - une marque de son humilité intellectuelle », a assuré l'Assemblée britannique des savants et des imams (BBSI).
L'Université de Hartford a rendu, mercredi 2 avril, un bel hommage au professeur émérite, une distinction que « seul un nombre restreint de professeurs » obtiennent. Yahya Michot, qui a passé du temps ses dernières années en Turquie, « était non seulement un érudit et un enseignant modèle, qui poussait ses étudiants vers l'excellence, mais il nous faisait aussi réfléchir, sourire et rire autour de la table », a fait part le président de HIU, Joel N. Lohr. « Le monde pleure aujourd'hui la disparition d'un homme qui a tant donné à l'université, au monde, et plus particulièrement à Hartford. Qu'il ne soit pas oublié. Et que Dieu soutienne sa famille, et en particulier Louise. »
Une prière funéraire sera organisée vendredi 4 avril, après la prière hebdomadaire, à la mosquée de Berlin, ville du comté de Hartford, avant son enterrement au cimetière de Cheshire, toujours dans le Connecticut. En hommage au défunt qui laisse derrière lui une femme et deux enfants, un appel aux dons a été lancé en faveur de l'ONG World Central Kitchen (WCK), qui intervient dans des zones sinistrées par des conflits et des catastrophes naturelles pour fournir des repas aux populations dans le besoin.
« Son décès constitue pour nous, musulmans d'Europe et d'Occident, une immense perte. Car nous perdons un frère mais également un éminent chercheur universitaire », a-t-il écrit. Beaucoup ne manquent pas de souligner son sens de l'humour ; celui-ci l'amena notamment à écrire pour Saphirnews ce billet inspiré de la « love affair » qui secoua l'Elysée en 2014 du temps de François Hollande.
Pour la LMB, « le Professeur Yahya Michot, en plus d'être un érudit, a été un acteur intègre et incontournable de l'islam de Belgique ». « Penseur méticuleux, il a offert des perspectives révolutionnaires sur Ibn Taymiyya et Ibn Sina, remettant en question les interprétations dominantes tout en maintenant un profond respect pour les différences savantes - une marque de son humilité intellectuelle », a assuré l'Assemblée britannique des savants et des imams (BBSI).
L'Université de Hartford a rendu, mercredi 2 avril, un bel hommage au professeur émérite, une distinction que « seul un nombre restreint de professeurs » obtiennent. Yahya Michot, qui a passé du temps ses dernières années en Turquie, « était non seulement un érudit et un enseignant modèle, qui poussait ses étudiants vers l'excellence, mais il nous faisait aussi réfléchir, sourire et rire autour de la table », a fait part le président de HIU, Joel N. Lohr. « Le monde pleure aujourd'hui la disparition d'un homme qui a tant donné à l'université, au monde, et plus particulièrement à Hartford. Qu'il ne soit pas oublié. Et que Dieu soutienne sa famille, et en particulier Louise. »
Une prière funéraire sera organisée vendredi 4 avril, après la prière hebdomadaire, à la mosquée de Berlin, ville du comté de Hartford, avant son enterrement au cimetière de Cheshire, toujours dans le Connecticut. En hommage au défunt qui laisse derrière lui une femme et deux enfants, un appel aux dons a été lancé en faveur de l'ONG World Central Kitchen (WCK), qui intervient dans des zones sinistrées par des conflits et des catastrophes naturelles pour fournir des repas aux populations dans le besoin.