Des responsables musulmans vent debout contre le rapport de la droite sénatoriale sur l'islamisme

Par Lina Farelli, le 28/11/2025

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La colère des responsables du culte musulman ne faiblit pas depuis la sortie, mardi 25 novembre, d'un rapport des sénateurs de droite qui, sous couvert de la lutte contre l'islamisme, appelle à des mesures liberticides visant l'ensemble des musulmans de France.

Quelques jours après le sondage Ifop controversé sur le rapport des musulmans de France à l'islam et à l'islamisme, un nouveau coup a été porté à la composante musulmane avec le rapport de la droite sénatoriale dévoilant des propositions que d'aucuns jugent folles.

Près de 20 représentants d'associations et d'instances départementales du culte musulman, pour la plupart engagés dans les travaux du Forum de l'islam de France (Forif), ont exprimé, mercredi 26 novembre, leur « ras-le-bol » dans une lettre adressée au président du Sénat, Gérard Larcher, et publiée dans son intégralité sur Saphirnews.

« Nous le disons clairement : nous en avons assez », signifient ces acteurs de terrain, dénonçant des propositions « vécues comme des attaques contre leurs libertés fondamentales et leur place dans la société » et qui « témoignent d'une méconnaissance profonde des réalités du culte musulman ». Bien au-delà du rapport, les signataires déplorent une « production industrielle de la suspicion » qui « nourrit une perception erronée, contraire à la réalité vécue quotidiennement par nos concitoyens musulmans et l'ensemble de la société française ».

« Aucune communauté, aucun culte, aucune minorité ne peut accepter d'être évalué et décrit essentiellement par des détracteurs », poursuivent les responsables, se déclarant « pleinement disponibles et engagés pour contribuer à tout travail sérieux, équilibré et constructif ». Excluant ainsi de ce champ le rapport sénatorial.

Des propositions visant à instaurer une « police des mœurs musulmanes »

La Grande Mosquée de Paris s'est fendue, de son côté, d'un communiqué, jeudi 27 novembre, dénonçant un rapport qui porte « atteinte aux libertés fondamentales, et stigmatise une communauté de foi tout entière ».

« La majeure partie des propositions du rapport souhaite instaurer une surveillance généralisée des familles et des lieux de culte musulmans. (...) Tenter de restreindre exclusivement des pratiques musulmanes, dont beaucoup sont par ailleurs communes aux autres religions monothéistes, revient à définir un régime d’exception pour les musulmans de France », estime le recteur Chems-Eddine Hafiz. « L’application des mesures proposées supposerait l’instauration d’une véritable police des mœurs musulmanes, intrusive et inégalitaire », lâche-t-il.

« Plus grave encore, ce rapport, avec ses recommandations, confond religion et idéologie, foi et radicalisme. Il stigmatise d’avance des familles, des quartiers, des mosquées, sans distinguer les croyants pacifiques des extrémistes. Il choisit un coupable idéal : l’islam. Une telle démarche, en plus d’être injuste, menace la cohésion sociale, encourage l’exclusion et cultive la défiance », indique le recteur.

Une « rupture profonde » avec le principe de laïcité

« Outre l’étude des voies et moyens légaux pour la défense du droit », la GMP appelle « à défendre la laïcité qui protège toutes les religions » et « à promouvoir des politiques d’inclusion, de dialogue, de respect, et non des mesures discriminatoires, stigmatisantes, coercitives ».

Le Conseil des mosquées du Rhône (CMR) a exprimé, pour sa part, « une indignation grave et solennelle » face au rapport sénatorial dont les propositions sont « en rupture profonde avec la conception républicaine de la laïcité et avec l’équilibre des libertés publiques ».

« Ces mesures, si elles devaient être appliquées, excèdent manifestement le champ d’action légitime du législateur et instaurent un précédent dangereux pour l’équilibre des libertés publiques, ouvrant la voie à une régulation des consciences incompatible avec les principes républicains », signale l'instance, qui dénonce « un climat politique national où certains responsables publics n’hésitent plus à présenter les citoyens musulmans comme un facteur de désordre ou un ennemi intérieur »

Le CMR, qui en appelle à une parole forte du chef de l'Etat, Emmanuel Macron, « rappelle que la France a déjà connu, durant les années 1930 et 1940, les effets tragiques d’une désignation progressive d’une minorité religieuse – en l’occurrence les citoyens juifs – comme problème national » et que, depuis, « la République s’est construite sur la promesse solennelle que jamais plus une communauté ne serait stigmatisée en raison de sa foi ».

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