Songe, un road-movie poétique à travers la Palestine occupée

Par Hanan Ben Rhouma, le 02/04/2025

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Avec « Songe », Rashid Masharawi signe un road-movie touchant qui dessine un portrait réaliste de la société palestinienne, où le désir de préserver les rêves et les espoirs se heurte à la réalité difficile engendrée par l'occupation israélienne.

Sami, 12 ans, vit dans le camp de réfugiés de Kalandia, en Cisjordanie occupée, tout près du mur de séparation, aussi identifié par les Palestiniens comme le « mur de la honte » ou « de l'apartheid ». Son pigeon a disparu depuis trois jours, ce qui le chagrine énormément au point de partir de son domicile à la recherche de l'oiseau auquel il s'est tant attaché. Parce qu'il est hors de question pour lui d'en avoir un autre. Et que personne ne tente de le duper, il saurait reconnaître son pigeon voyageur d'entre tous les autres.

Sa quête est désespérée aux yeux d'adultes mais il parvient à embarquer dans l'aventure son oncle Kamal qui vit à Bethléem, celui-là même qui lui avait offert le pigeon. Il lui raconte que l'oiseau est retourné sur son lieu d’origine, pensant pouvoir arrêter son neveu... sans succès. Leur périple les conduit alors jusqu'à Haïfa, en territoire israélien, en passant par la vieille ville de Jérusalem.

A travers des yeux d'enfant, Songe offre aux spectateurs une balade à travers des territoires palestiniens morcelés par le mur, les colonies et les checkpoints. Avec son road-movie, Rashid Masharawi nous amène aussi à la rencontre de ces tranches de vie qui reflètent bien la réalité des Palestiniens. Chaque rencontre, même furtive, fait écho au quotidien difficile vécu sous l'occupation par les habitants de Cisjordanie.

Le cinéma, « une langue capable de préserver nos rêves »

Pour Rashid Masharawi, « le voyage de Sami avec son oncle et sa cousine, à la recherche d'un pigeon disparu, est bien plus qu’une simple quête. C’est une exploration des liens humains, des lieux et des souvenirs. C’est aussi une tentative de préserver les rêves, malgré la dureté de la réalité et l’absurdité du quotidien ». Le périple de Sami devient « une découverte de la beauté qui réside en chaque être humain et dans chaque endroit, une manière d’inventer l’espoir et de forger des protections intérieures contre les désillusions constantes, issues de l’inconnu et de l’irrationnel. »

Rashid Masharawi, invité d'honneur de la 20e édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO) est une grande figure du cinéma palestinien. Originaire de Gaza, il est dernièrement à l'initiative de l'œuvre collective From Ground Zero, qui raconte l'enclave palestinienne de l'après 7-Octobre à travers 22 courts-métrages.

Songe dessine, avec poésie, un portrait à la fois réaliste et complexe de la société palestinienne, avec des histoires faites de blessures et que la fiction, genre choisi ici par le cinéaste, fait bien de relever pour sensibiliser autrement le monde. « Parce que le cinéma est une langue capable de préserver nos rêves, notre identité et notre mémoire, il est crucial, en tant que Palestiniens, de réinventer notre patrie sur le plan cinématographique. Cela passe par des récits audacieux et novateurs qui nous représentent et participent à la construction de notre histoire. »