Reçu à Saphirnews
L'avis de Saphirnews
Lettre à ma mère. Contre la léthargie du monde arabo-musulman, c'est le manifeste d'un fils désabusé à sa mère, métaphoriquement le monde arabo-musulman, à qui il déballe ouvertement les reproches qui lui pèse sur le cœur, de peur d'être « complice », par son silence, de la léthargie dans laquelle elle est plongée ces derniers siècles. A sa mère dont il dresse un portrait « sordide » dans une série de lettres, des critiques acerbes sont formulées afin de dénoncer, entre autres, son « cynisme », son « arbitraire politique » et son « hypocrisie religieuse ».
« Certains de mes propos vont te choquer et vont choquer certains de tes enfants, notamment les plus sensibles et ceux qui n'aiment pas la critique et la considère comme une offense ou une insulte. Et ce parce qu'ils n'arrivent pas à se libérer du mensonge dans lequel tu nous as élevés », écrit l'islamologue Moulay-Bachir Belqaïd. « Mais si je te dis ta vérité en face, aussi dure soit-elle, c'est parce que je t'aime maman. »
« Certains de mes propos vont te choquer et vont choquer certains de tes enfants, notamment les plus sensibles et ceux qui n'aiment pas la critique et la considère comme une offense ou une insulte. Et ce parce qu'ils n'arrivent pas à se libérer du mensonge dans lequel tu nous as élevés », écrit l'islamologue Moulay-Bachir Belqaïd. « Mais si je te dis ta vérité en face, aussi dure soit-elle, c'est parce que je t'aime maman. »
Un cri de révolte lancé
« Tu n'as pas évolué ni progressé d'un iota ! Au contraire, tu recules, tu régresses de pire en pire », lâche-t-il. De fait, plusieurs de ses fils - et de ses filles - « ne pensent qu'à (la) fuir » et fuir cette ambiance qui se résume « en deux mots : surveiller et punir ». Fuir au péril de leur vie, « quitte à mourir en se noyant ».
A côté, bien d'autres fils, militaires et religieux « qui se complètent et sont complices », participent à la dévastation du monde arabo-musulman. « La devise de notre maison est le despotisme », un fléau qui prend racine sur une « mentalité imprégnée par les principes de la soumission et de l'allégeance inconditionnelle » au nom d'une soi-disant Parole de Dieu qui rend des peuples réceptifs à « la résignation », vivant « leurs conditions misérables comme un destin voulu par Dieu ». Alors que la Parole de Dieu intime notamment le savoir, ce dernier est « devenu un ennemi à abattre pour tes fils militaires ».
Sa mère, « super-menteuse » qu'elle est en criant « haut et fort et sur tous les toits du monde » qu'elle est de religion musulmane, tient sa voisine, l'Occident, pour « coupable idéal » comme « pour masquer (ses) faiblesses, (ses) incompétences, (sa) fragilité et son impuissance derrière l'image » qu'elle affiche. C'est chez cette voisine, sa « mère d'adoption », que le fils désabusé dit avoir trouvé refuge. A sa mère, il écrit : « Je te regarde donc de l'extérieur et cette extériorité m'a permis de garder une distance critique par rapport à ce que tu m'as enseigné, légué comme héritage familial, comme tradition, comme instruction civique et religieuse. Je repasse tout cela au crible à travers l'esprit critique que ta voisine m'a inculqué, un esprit nourri de la culture et de la philosophie des Lumières. »
Pourtant, la voisine n'est pas exempte de critiques, eu égard notamment à l'histoire coloniale. Mais la mère se voit reprocher les belles promesses de démocratie, d'égalité, de justice ou encore de prospérité pour tous, jamais tenues aux lendemains des indépendances. Des promesses qui sonnent comme « de la poudre aux yeux juste pour nous endormir, nous anesthésier, comme si notre sommeil qui dure depuis le XIVe siècle ne suffisait pas encore ». Par l'éducation reçue aux fils, « nous attribuons toujours notre malheur à l'étranger, à l'autre, mais jamais à notre propre défaillance ».
A côté, bien d'autres fils, militaires et religieux « qui se complètent et sont complices », participent à la dévastation du monde arabo-musulman. « La devise de notre maison est le despotisme », un fléau qui prend racine sur une « mentalité imprégnée par les principes de la soumission et de l'allégeance inconditionnelle » au nom d'une soi-disant Parole de Dieu qui rend des peuples réceptifs à « la résignation », vivant « leurs conditions misérables comme un destin voulu par Dieu ». Alors que la Parole de Dieu intime notamment le savoir, ce dernier est « devenu un ennemi à abattre pour tes fils militaires ».
Sa mère, « super-menteuse » qu'elle est en criant « haut et fort et sur tous les toits du monde » qu'elle est de religion musulmane, tient sa voisine, l'Occident, pour « coupable idéal » comme « pour masquer (ses) faiblesses, (ses) incompétences, (sa) fragilité et son impuissance derrière l'image » qu'elle affiche. C'est chez cette voisine, sa « mère d'adoption », que le fils désabusé dit avoir trouvé refuge. A sa mère, il écrit : « Je te regarde donc de l'extérieur et cette extériorité m'a permis de garder une distance critique par rapport à ce que tu m'as enseigné, légué comme héritage familial, comme tradition, comme instruction civique et religieuse. Je repasse tout cela au crible à travers l'esprit critique que ta voisine m'a inculqué, un esprit nourri de la culture et de la philosophie des Lumières. »
Pourtant, la voisine n'est pas exempte de critiques, eu égard notamment à l'histoire coloniale. Mais la mère se voit reprocher les belles promesses de démocratie, d'égalité, de justice ou encore de prospérité pour tous, jamais tenues aux lendemains des indépendances. Des promesses qui sonnent comme « de la poudre aux yeux juste pour nous endormir, nous anesthésier, comme si notre sommeil qui dure depuis le XIVe siècle ne suffisait pas encore ». Par l'éducation reçue aux fils, « nous attribuons toujours notre malheur à l'étranger, à l'autre, mais jamais à notre propre défaillance ».
Des vérités implacables en face d'une mère rongée par des métastases
Moulay-Bachir Belqaïd dénonce, entre diverses plaies, une mère qui ne parle pas d'amour, alors que la langue arabe est riche, théoriquement, en cette matière. Mais « l'amour a déserté notre demeure », jusqu'à censurer et réprimer toute expression du sentiment amoureux. Il rejoint, à sa façon, l'appel lancé par l'écrivain Jamal Ouazzani à « révolutionner l'amour grâce à la sagesse arabe et/ou musulmane » au sein des communautés musulmanes : « Il faut mettre à nu les interdits qui entravent notre action d'aimer, notre sentiment, notre langage. »
« L'inculture appauvrit et rend l'individu bête, vulnérable, incapable de prendre une distance vis-à-vis des choses, de juger par soi-même : il voit des images ou des caricatures sans savoir pour pouvoir les lire, les décortiquer et tout cela mène à des cataclysmes, à des boucheries humaines », lit-on.
« Tes fils les plus sincères, qui se battent pour toi, pour que tu trouves une seconde jeunesse, ne sont malheureusement pas nombreux », souligne-t-il. Et le défi est immense face à une mère souffrant d'un cancer avec des métastases qui se développent « d'une façon fulgurante ». Ils prennent les noms de « fondamentalisme, intégrisme, takfirisme, jihadisme » avec des ramifications qui « vont de l'Afghanistan au Yémen, du Maghreb aux communautés musulmanes d'Occident, ne cessant de répandre toujours plus loin le poison d'une religion réduite à une peau de chagrin, à une rigidité binaire halal/haram et agressive vis-à-vis de ceux qui voudraient garder un rapport libre et intelligent à la religion ».
Le livre de Moulay-Bachir Belqaïd est, à sa manière, un appel à réviser en profondeur les parts d'éducation, de culture et d'héritage sombres qui minent le monde arabo-musulman afin qu'il se réveille d'une léthargie qui n'a que trop duré. Pour l'auteur, « ce n'est jamais trop tard pour construire une belle demeure tout en sachant que ce dont tu as besoin, comme matériel et force humaine, est là. Le plus important atout que tu possèdes est celui de la jeunesse ».
Ses lettres sont autant d'invitations à un sursaut tant individuel que collectif de ses coreligionnaires. A sa mère, ses conseils que voici : « Avec le peu de souffle qu'il te reste, demande à tes enfants, et insiste beaucoup là-dessus, de ne plus commettre tes propres erreurs. Car l'éducation, c'est une valeur sûre. Demande-leur de parier sur la raison, sur l'intelligence et le bon sens. Dis-leur qu'ils accorde une place majeure à la réflexion philosophique, à la critique, à la remise en question perpétuelle, à l'interrogation, bref, à tout ce que tu as refoulé. »
« L'inculture appauvrit et rend l'individu bête, vulnérable, incapable de prendre une distance vis-à-vis des choses, de juger par soi-même : il voit des images ou des caricatures sans savoir pour pouvoir les lire, les décortiquer et tout cela mène à des cataclysmes, à des boucheries humaines », lit-on.
« Tes fils les plus sincères, qui se battent pour toi, pour que tu trouves une seconde jeunesse, ne sont malheureusement pas nombreux », souligne-t-il. Et le défi est immense face à une mère souffrant d'un cancer avec des métastases qui se développent « d'une façon fulgurante ». Ils prennent les noms de « fondamentalisme, intégrisme, takfirisme, jihadisme » avec des ramifications qui « vont de l'Afghanistan au Yémen, du Maghreb aux communautés musulmanes d'Occident, ne cessant de répandre toujours plus loin le poison d'une religion réduite à une peau de chagrin, à une rigidité binaire halal/haram et agressive vis-à-vis de ceux qui voudraient garder un rapport libre et intelligent à la religion ».
Le livre de Moulay-Bachir Belqaïd est, à sa manière, un appel à réviser en profondeur les parts d'éducation, de culture et d'héritage sombres qui minent le monde arabo-musulman afin qu'il se réveille d'une léthargie qui n'a que trop duré. Pour l'auteur, « ce n'est jamais trop tard pour construire une belle demeure tout en sachant que ce dont tu as besoin, comme matériel et force humaine, est là. Le plus important atout que tu possèdes est celui de la jeunesse ».
Ses lettres sont autant d'invitations à un sursaut tant individuel que collectif de ses coreligionnaires. A sa mère, ses conseils que voici : « Avec le peu de souffle qu'il te reste, demande à tes enfants, et insiste beaucoup là-dessus, de ne plus commettre tes propres erreurs. Car l'éducation, c'est une valeur sûre. Demande-leur de parier sur la raison, sur l'intelligence et le bon sens. Dis-leur qu'ils accorde une place majeure à la réflexion philosophique, à la critique, à la remise en question perpétuelle, à l'interrogation, bref, à tout ce que tu as refoulé. »
Présentation de l'éditeur
Ma mère, dans le texte, est métaphoriquement le monde arabo-musulman. Ma lettre dénonce la léthargie de ce dernier.
Il ne s’agit pas de critique gratuite ou de haine excessive, ni non plus d’aliénation, ou de parti pris, mais plutôt de poser des questions : Quelles sont les raisons de cette malédiction qui poursuit ce monde depuis qu’il a déclaré la guerre à l’interrogation et à la philosophie ? L’échec est-il son espace vital ? Son destin ? Son horizon indépassable ? Il s’agit de questionner et de chercher à comprendre comment et pourquoi le monde arabo-musulman, malgré sa richesse matérielle et intellectuelle, arrive à ce stade de la déchéance ? Pourquoi les régimes en place ne conjuguent-ils leurs efforts que pour nuire à eux-mêmes et à leur population ?
Spécificités ? Museler les voix qui clament démocratie et justice, emprisonner l’intellectuel qui dénonce les excès de l’autoritarisme et réclame l’égalité entre les hommes et les femmes. Que faire du potentiel intellectuel, des hommes et des femmes, qui se consume petit à petit dans l’oubli, dans le mépris, dans la misère et le désespoir ? Pourquoi ne pas le traduire en facteur de puissance? Qu’ont les régimes gouvernants à perdre, au cas où ils le décideraient, de fédérer cette énergie pour le bien commun de tous ?
Il ne s’agit pas de critique gratuite ou de haine excessive, ni non plus d’aliénation, ou de parti pris, mais plutôt de poser des questions : Quelles sont les raisons de cette malédiction qui poursuit ce monde depuis qu’il a déclaré la guerre à l’interrogation et à la philosophie ? L’échec est-il son espace vital ? Son destin ? Son horizon indépassable ? Il s’agit de questionner et de chercher à comprendre comment et pourquoi le monde arabo-musulman, malgré sa richesse matérielle et intellectuelle, arrive à ce stade de la déchéance ? Pourquoi les régimes en place ne conjuguent-ils leurs efforts que pour nuire à eux-mêmes et à leur population ?
Spécificités ? Museler les voix qui clament démocratie et justice, emprisonner l’intellectuel qui dénonce les excès de l’autoritarisme et réclame l’égalité entre les hommes et les femmes. Que faire du potentiel intellectuel, des hommes et des femmes, qui se consume petit à petit dans l’oubli, dans le mépris, dans la misère et le désespoir ? Pourquoi ne pas le traduire en facteur de puissance? Qu’ont les régimes gouvernants à perdre, au cas où ils le décideraient, de fédérer cette énergie pour le bien commun de tous ?
L'auteur
Moulay-Bachir Belqaïd est né à Marrakech où il a fait ses études primaires et universitaires. Après avoir préparé un DEA en Littérature générale et comparée à l’Université de Limoges, il a soutenu sa thèse de doctorat en islamologie (Études sur le monde arabe) à Bordeaux III.
Moulay-Bachir Belqaïd, Lettre à ma mère. Contre la léthargie du monde arabo-musulman, Erick Bonnier, février 1025, 164 pages, 18 €