Pelé, hommage à un éternel champion : se montrer digne de son héritage

Pelé, hommage à un éternel champion : se montrer digne de son héritage

Par Gianguglielmo Lozato, le 05/01/2023

Gagner. Perdre. Deux verbes essentiels au cadre du sport, qu’il soit professionnel ou amateur. Deux états qui n’ont jamais été aussi faciles à appréhender objectivement qu’au temps du roi Pelé. Quand Pelé gagnait, il forçait l’admiration. En cas de rare défaite à ses dépens, il forçait le respect par son acceptation des choses. Lorsque ses adversaires étaient vaincus, il avait la sagesse de savourer sa victoire sans écraser autrui.

Edson Arantes Do Nascimento, le monde te pleure.

Un parcours exemplaire

Le palmarès du Brésilien et son nombre de buts marqués (1 284) toutes compétitions confondues résume le caractère exceptionnel du joueur.

Toutefois, cet aspect comptable est bien trop succinct pour faire comprendre aux plus jeunes la valeur de la personne. On pourrait même dire du personnage tellement il est devenu iconique. Les exploits à relater ne manquent pas, des buts marqués à l’âge de seulement 17 ans en Coupe du monde à l’apothéose du Mondial de Mexico en 1970. Dribbles innovants, feintes de corps, distribution du jeu surnaturelle, ont permis au natif de Tres Coraçoes l’accession à l’Olympe du ballon rond. Trois fois champion du monde, celui qui cumulait la caractéristique de très bon buteur avec celle de prodigieux passeur était un exemple de fair-play et de sang-froid. Du joueur à l’homme, nous sommes en présence d’un modèle.

Divin sans être diva

Outre ses incontestables compétences de sportif de haut niveau, c’est la personnalité du numéro 10 qui fait l’unanimité.

L’excellente mentalité du meilleur joueur de football de tous les temps est incontestable. L’individualité au service du collectif, c’est Pelé. A l’image de sa passe décisive lumineuse permettant le but de Carlos Alberto lors de sa dernière finale contre l’Italie en 1970.

Le respect de l’adversaire, c’est Pelé. Sa phrase admirative reconnaissant le talent du gardien international anglais de l’époque est restée gravée dans le marbre : « Ce jour-là, j’ai marqué un but et Gordon Banks l’a arrêté. » Un hommage angélique de la part du « Brasileiro » auteur d’une tentative de tête divine. C’était ça Pelé, celui qui pouvait être divin sans être diva, état d’esprit dénotant avec les comportements de Maradona, Ronaldinho ou Neymar.

La simplicité côtoyant le génie, l’empathie envers les supporters ou les vaincus, le respect, la joie de jouer… tout ceci, c’est Pelé et son éternel sourire.

Se montrer digne de son héritage

Le prochain challenge sera de taille pour la planète football. Faire honneur à Pelé sera le meilleur moyen d’honorer son souvenir. Mais ce devoir de mémoire ne devra pas se contenter de la simple représentation sportive. L’éthique aura sa place à revendiquer. Le regretté prodige brésilien capable de jouer sur tous les fronts de l’attaque alliait l’art de son récital sur le terrain, sachant encadrer tout en mettant en valeur l’ensemble philarmonique de la samba footballistique emmené par ses comparses Garrincha, Tostao, Rivellino, Jairzinho… Cette symphonie sera très dure à réinterpréter. Ceci pour ce qui concerne le terrain et ses aspects technico-esthétiques.

Pour ce qui est des agissements, gardons en mémoire la sagesse de ce grand homme lorsqu’il eut à quitter le Mondial 1966 suite à l’agression sous forme de tacle exagéré commise par le Portugais João Morais. Ce qui contraste avec la nervosité de deux garçons pourtant joueurs d’exception qu’ont été Diego Maradona et Zinedine Zidane, qui ont déjà connu l’expulsion.

Avec le décès du plus grand footballeur à travers les époques, nous pouvons nous montrer inquiets pour l’avenir de l’esprit sportif concernant le foot. Dans un premier temps pour les gestes techniques soumis à la concurrence d’un formatage se rapprochant de plus en plus de la standardisation au niveau des formations des jeunes. Le tout avec une culture tactique qui ignore le WM – composée de trois défenseurs, deux demis, deux inters et trois attaquants – si cher aux artistes brésiliens de l’époque de Pelé, s’axant davantage sur le physique.

La récente grande compétition internationale au Qatar a révélé de nouvelles failles arbitrales. Avec des gagnants faisant preuve de la plus grande vulgarité et des perdants s’obturant tout esprit critique face aux réalités.

Génie de l’artiste, humilité de l’artisan. Cela semble le slogan idéal pour définir notre regretté champion décédé à l’âge de 82 ans. L’objectivité prônée par « O Rei », qui lui a notamment permis d’exprimer aussi bien l’accord que le désaccord quant au jeu de la Seleçao, se placera-t-elle sur la voie de la disparition ?

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Gianguglielmo Lozato est professeur d'italien et auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société.

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