Royaume-Uni : un rapport commandé par les Conservateurs relève l'islamophobie au sein du parti

Royaume-Uni : un rapport commandé par les Conservateurs relève l'islamophobie au sein du parti

Rédigé le 26/05/2021
Myriam Attaf

Le constat est sans appel : un rapport indépendant sur les discriminations commandé par les Conservateurs conclut que le parti du Premier ministre britannique Boris Johnson est bel et bien confronté à un problème d’islamophobie persistant.

« Le sentiment anti-musulman demeure un problème au sein du parti. C'est préjudiciable pour le parti et cela détourne une partie importante de la société », alerte le document, publié mardi 25 mai. Celui-ci s'appuie sur 1 418 plaintes pour discriminations adressées aux Conservateurs entre 2015 et 2020, relatives à 727 incidents. A l’aune de ces données, le document souligne que ce sentiment se retrouve à l’échelle local et individuel au sein du parti, sans pour autant constituer « un racisme institutionnel ». Si le document réfute l'hypothèse d’un racisme d'État, il contient en revanche plusieurs recommandations visant à éliminer les actes de discriminations qui gangrènent le parti.

Le rapport évoque, entre autres, une refonte du système de gestion des plaintes, davantage de transparence concernant leur traitement, un code de conduite clairement établi pour tous les membres du parti, des formations, et une révision des règles en matière de réseaux sociaux, impliqués par ailleurs dans 74 % des cas de discriminations mobilisés dans le cadre du rapport. Des préconisations qui devraient être examinées en interne, a assuré un porte-parole du parti.

Confié en décembre 2019 au professeur en psychologie et ancien membre d’une commission nationale sur l’égalité Swaran Singh, ce travail d’enquête a été demandé par les tenants du parti après que plusieurs affaires ont éclaboussé certains de ses membres dont Boris Johnson lui-même.

Un manque d’égard envers les communautés musulmanes

En 2018, l’actuel chef du gouvernement britannique, à l’époque ministre des Affaires étrangères, avait écrit un article dans les colonnes du Daily Telegraph dans lequel il comparait les musulmanes portant le voile intégral à des « boîtes aux lettres » ou à des « cambrioleurs de banque ». Des propos jugés « discriminants » et « inacceptables » par les personnes interrogées dans le cadre du rapport, accentuant par ailleurs le sentiment que les leaders du groupe politique classé à droite « manquent d'égard envers les communautés musulmanes ».

« Je ne dis pas que les dirigeants du parti font preuve d'indifférence à l’égard des communautés musulmanes. Je dis que cette perception est très forte », a précisé le professeur Singh à l’origine du travail d’enquête, selon des propos rapportés par le site Metro. Le Premier ministre s'est, de son côté, dit « désolé » d’avoir heurté la communauté musulmanes par ses propos. « Est-ce que j'utiliserais aujourd'hui certaines des déclarations blessantes de mes écrits passés ? Non, pas maintenant que je suis Premier ministre », a-t-il assuré dans le rapport.

Mardi 25 mai, le porte-parole du Premier ministre a affirmé que le dirigeant du parti n’était pas raciste. L’ancien ministre de l'Intérieur, Sajid Javid, a, pour sa part, exhorté son parti à adopter « sans réserve et dans leur totalité » les recommandations du rapport. « Éradiquer la discrimination, envers les musulmans ou tout autre groupe minoritaire, est une question où les partis politiques de notre pays ont la responsabilité de faire preuve de leadership », a-t-il insisté. Un point de vue partagé par Sayeeda Warsi, membre de la Chambre des Lords, pour qui le rapport est révélateur d'« un parti au mieux incapable de traiter du problème du racisme, au pire réticent à le faire ».

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